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Notre exploration de St Denis pour nous rendre compte de ce que sont devenues les cases créoles présentant un intérêt patrimonial a été enrichie le 30 Mai 2010.

DPR974

Légende:

En violet, les bâtiments patrimoniaux démolis devant être reconstruits.

En jaune, les maisons d’intérêt architectural ou de grand intérêt architectural qui ont connu des sorts divers (abandon, reconstruction à l’identique, plus souvent remplacement par des immeubles pseudo-créoles.)


Entretien avec Edith WONG HEE KAM

Edith Wong Hee Kam, professeur de lettres et sinologue réunionnaise (1), a étudié l’implantation de la communauté chinoise à La Réunion, au XIXe et au XXe siècle principalement. Ses travaux posent la question de la préservation de la culture chinoise et de l’intégration à La Réunion, avec l’ouverture à la culture créole et française. Cette quête identitaire peut se lire à travers l’histoire des écoles franco-chinoises à La Réunion. Nous avons eu le plaisir de l’interroger sur ce sujet.

 

 

1. A quelle date et dans quel contexte les écoles franco-chinoises ont-elles été créées ?

E. WHK : La première a été créée en 1927, mais l’âge d’or des écoles franco-chinoises date d’après la guerre sino-japonaise qui éclate en 1937 et qui amène le retour à La Réunion d’un grand nombre d’enfants que l’on avait envoyés en Chine.

Au départ, les Chinois étaient venus temporairement à La Réunion. La majorité d’entre eux vivaient dans l’optique du retour en Chine où ils avaient laissé les leurs. C’est dans ce but que très souvent, vers 6 ans, les enfants, en particulier les garçons, étaient envoyés en Chine pour pouvoir maîtriser la langue, l’écriture, la culture chinoises.

Autre aspect historique, lors de la 2ème Guerre mondiale, La Réunion est dans une situation de blocus et du coup les gens sont amenés, à la fois pour des raisons externes et internes, à créer ces écoles.

2. A la Réunion, qui envoyait les enfants dans les écoles franco-chinoises ?

E.WHK : Dans la mesure où l’éducation dans la tradition chinoise et confucéenne a une immense importance, pratiquement tous les Chinois s’efforçaient d’y envoyer leurs enfants. C’étaient des parents de couples endogamiques ou mixtes. Ils avaient aussi la possibilité d’envoyer leurs enfants à l’école de la République française, ce qui se faisait souvent en début de scolarité pour certains. D’autres n’ont connu que les écoles franco-chinoises.

Ecole franco-chinoise de Saint-Paul (2)

Ecole franco-chinoise de Saint-Paul (2)


3. Où se sont-elles implantées à La Réunion ?

E.WHK : Si on distingue la période historique des années 40 au début 50, il y a eu la création à Saint-André d’une grande école où il y avait des Cantonais qui étaient scolarisés en internat pour ceux qui n’étaient pas de l’Est. L’autre groupe de chinois, les Hakka, a eu plusieurs écoles, dont celle de Saint Pierre créée en 1942 et qui était une grande école du sud. Il devait y avoir une douzaine d’écoles avant les années 1950. Après, il y en a eu d’autres, en particulier celle de Saint Paul, qui était soutenue par l’église et le Kuomintang. Elle était dirigée par le père Antoine Lang, lequel avait dû quitter la Chine au moment de la prise du pouvoir par les communistes en 1949.

4. Qui étaient les enseignants ?

E.WHK : Les enseignants étaient des gens venus de Chine, en général, et avaient eu une scolarité en Chine. A La Réunion, c’étaient souvent les parents qui devaient financer leur travail et, vu qu’ils étaient payés avec des salaires de misère, ils étaient amenés souvent à avoir une autre activité  de commerçants. Certains ont laissé parfois des souvenirs d’une très grande sévérité puisque les châtiments corporels étaient autorisés. D’autres ont été des pédagogues remarquables. Un ingénieur se souvient de son maître comme étant quelqu’un de très intelligent, consciencieux et patient qui lui a donné le goût de la langue et de la culture chinoises et lui a appris qu’il était important d’utiliser la « patience et la douceur plutôt que la force ».

 

5. Quel type d’enseignement était dispensé dans ces écoles ?

E.WHK : À La Réunion, on avait essentiellement le cursus de l’école primaire. Six années où tous les enseignements « classiques » étaient dispensés en chinois. A savoir : écriture, calcul, mathématique, histoire, géographie – de la Chine -, et gymnastique. La journée débutait par un chant au drapeau, un défilé. Tous les ans, en fin d’année, il y avait aussi le théâtre en chinois, des saynètes à caractère politique ou moral jouées par les élèves.

Ces écoles n’avaient elles pas aussi un programme de culture française ?

E.WHK : Théoriquement, d’après la législation, il aurait fallu puisque ce ne sont pas des écoles chinoises mais franco-chinoises. Mais de fait, la partie française était réduite à la portion congrue. Il y avait souvent une maîtresse d’école âgée qui donnait un peu d’enseignement… Mais ce n’était pas la parité entre enseignement du français et du chinois. Pour les enfants, l’enseignement du français ne servait pas à grand chose, leur milieu familial les poussait à s’investir plutôt dans le chinois.

L’ironie de l’histoire, c’est que dans les années 80, c’est exactement l’inverse qui s’est produit. Les parents disaient alors que ça ne sert à rien d’apprendre le chinois : « C’est pas ça qui va leur donner un métier ».

Ecritures

Ecritures


6. De quand date et qu’est-ce qui explique le déclin des écoles franco-chinoises ?

E.WHK : Vers 1954/60, nombre d’écoles ferment. On fait encore quelques cours du mercredi ou du week-end. Dans les années 60, le déclin est inexorable. Les jeunes qu’elles forment ne trouvent pas de débouchés. Le choix des parents se tourne vers l’école française qui permet d’avoir le brevet, le Bac, de faire des études supérieures, d’accéder au statut de fonctionnaire. Dans les années 90, il n’y a plus aucune école franco-chinoise.

7. Quel bilan de ces écoles ?

E.WHK : Elles ont contribué au maintien de la culture chinoise. Ces écoles ont évité un fossé trop profond générateur de violence et de déséquilibre. Elles ont aidé les élèves à ne pas avoir une déculturation totale et permis une acculturation par paliers à la culture créole et française. Elles ont été des lieux de rencontre pour les Chinois. Par exemple celle de Saint-Pierre était un lieu de vie de la communauté chinoise du sud, où on célébrait mariages et fêtes.

Boulier

Boulier


8. Peut-on aujourd’hui parler de permanence, de recul, d’intérêt renouvelé pour la culture chinoise  et pour la langue ? 

E.WHK : Les parents de la première génération avaient un lien très fort avec la Chine ; pour les gens de la 3ème, 4ème génération, ça paraît loin. C’est un constat dans l’ordre des choses. On note cependant que, vers 40 ans, un mouvement existentiel se produit : on s’interroge sur son identité.

Aujourd’hui, les jeunes sont beaucoup plus occidentalisés, créolisés. Mais on est actuellement dans une bascule nouvelle. Presque tous les parents veulent que leurs enfants suivent des cours de mandarin en disant que la Chine est un pays émergent, qu’elle sera amenée dans l’avenir à occuper un rôle important au plan mondial. Ils envoient les enfants suivre des stages en Chine, y faire des études supérieures. En 2050, la moitié de la planète parlera le chinois.  Comme dit la fable : «La raison du plus fort est toujours la meilleure». Le développement de l’option Chinois dans les écoles traduit la loi de La Fontaine.

10. Vous même, avez vous fréquenté une école franco-chinoise ?

E. WHK : Non. Pas à plein temps à la différence de mes aînés ; mais on suivait des cours le mercredi après-midi, à Saint-Pierre, dans une classe unique à plusieurs niveaux.

D’où vous vient votre profonde connaissance de la Chine et de la communauté chinoise de La Réunion ?

E. WHK : De la famille. Mon père était un homme cultivé. Il ne parvenait pas à expliquer, car sa maîtrise du créole et du français était insuffisante, mais, par osmose, il arrivait à faire passer sa passion pour son pays d’origine. Cette culture vient aussi de ma mère, des fêtes qu’on célébrait, de la nourriture chinoise, de la fréquentation des temples de Saint-Pierre, d’émissions de radio, de lectures…

11. Le mot de la fin ? Votre triple culture (chinoise, créole, française) est-elle vécue comme conflit ou richesse ?

E.WHK : Il n’y a pas de conflit ouvert ou violent. Peut-être des réactions que je ne comprenais pas très bien… Cette triple culture m’a plutôt permis d’entrer en contact avec les gens de toutes origines. L’école a été un moment de bonheur avec mes camarades… On allait cueillir des goyaves, manger des bouts de cannes. On n’était pas dans une société de consommation. On vivait dans une Réunion pauvre mais on avait l’impression d’être heureux ensemble.

 

Avec nos remerciements à Edith WONG HEE KAM pour son accueil chaleureux    

Entretien réalisé pour DPR 974 (3) par Marie-Claude DAVID FONTAINE

(1) Ouvrages d’Edith WONG HEE KAM:

La diaspora chinoise aux Mascareignes : le cas de La Réunion, co-édition Université de La Réunion – L’Harmattan, 1996 .

L’engagisme chinois, combat contre un nouvel esclavagisme, Océan éditions, 1999.

Entre mer de Chine et Océan Indien, 1999, Orphie, réédition 2011.

Pierre le métis, Orphie, 2005.

De Confucius à Qu Yuan, Azalées éditions, 2006.

Guan-Yu – Guan Di, Héros régional, Culte impérial et populaire, Azalées éditions, 2008.

L’arbre aux étoiles, édition privée, 2012.

 

(2) L’école franco-chinoise de Saint-Paul s’est installée dans la grande demeure appartenant à l’origine à la famille Desbassayns, puis ultérieurement à l’évêché de la Réunion. Vendu à un office notarial, le domaine est plus récemment revenu à la Mairie de Saint-Paul. Depuis 1984 la façade et la toiture sont classées ; le portail d’entrée, le jardin et la fontaine sont inscrits sur la liste supplémentaire des Monuments historiques.

(3) Articles du site dpr974, en particulier : La Réunion et la Chine, 30/09/2012.

(4) Photos privées. 


Vous avez des problèmes d’humidité dans votre intérieur ? Des tâches, des auréoles ou des moisissures sur vos peintures ? Pour tenter d’en finir avec les infiltrations et autres problèmes de condensation, voici quelques astuces et conseils du CAUE.
Avec un taux d’humidité compris entre 60 et 85%, les dégâts liés à ce fléau sont quasiment inévitables dans les logements à la Réunion.

Quels sont les signes d’humidité ?

Souvent, l’humidité présente dans votre maison se manifeste par un jaunissement de la peinture, un soulèvement du papier peint, l’apparition de cloques et d’auréoles sur les murs ou bien par la présence de salpêtre, reconnaissable par un dépôt de sels minéraux en bas des murs ou encore de suintements d’eau le long des parois.
Ces signes sont avant-coureurs de conséquences encore plus graves si l’on ne prend pas de mesures efficaces pour stopper l’installation de l’humidité et supprimer les causes !

Justement, quelles sont les causes de l’humidité ?

L’humidité à des origines variées, mais elle est principalement due à :

• Des infiltrations d’eau

Elles sont liées au passage de l’eau de pluie dans la toiture ou à travers les murs de la maison. Les parois se gonflent d’eau et des auréoles apparaissent sur les murs.

• Des remontées capillaires

On parle de remontées capillaires lorsque de l’eau naturellement présente dans le sol remonte dans les murs. Ceux-ci se transforment alors en éponge et l’absorbent, parfois jusqu’à 1,5 mètre de hauteur. Les plinthes se décollent, les enduis gondolent.
N’hésitez pas à contacter un professionnel pour établir un diagnostic efficace et agir avec précision, une expertise est généralement nécessaire.

• La condensation

Elle est fréquente et se forme souvent dans les maisons mal isolées ou mal aérées. L’humidité présente naturellement dans l’air se condense sur les surfaces froides et prend la forme de gouttelettes, visibles sur les fenêtres et les murs.

Quelles sont les solutions pour éviter toutes ces dégradations ?

Pour éviter les problèmes d’humidité dans votre maison, le plus efficace reste la prévention. Grâce à quelques mesures simples, il est possible de chasser l’humidité et de garder un intérieur sain : entretenez votre logement en vérifiant régulièrement les joints de robinet, le bac à douche, la charpente, la toiture, etc. Aérez toutes les pièces de votre maison (particulièrement la cuisine et les pièces d’eau) au moins une fois par jour afin d’éviter la formation de condensation. Vous pouvez également utiliser un déshumidificateur pour garder une atmosphère saine.

Comment puis-je traiter l’humidité déjà installée chez moi ?

Pour la condensation…

Si votre logement présente déjà des signes d’humidité liés à la condensation, la première étape consiste à ventiler au maximum les pièces de la maison. Si votre habitation ne permet pas une bonne ventilation naturelle, utilisez une Ventilation mécanique contrôlée (VMC).

Pour les remontées capillaires…

Vous pouvez avoir recours à la pose de silicone ; directement injectée dans les capillaires des murs. Cette technique est bien adaptée aux murs très humides.
Reste ensuite la solution la plus classique mais sans doute la plus difficile : la création d’une barrière étanche. Il faut percer des trous au bas des murs. On visse alors des pipes qui vont permettre d’introduire dans le mur un produit hydrofuge. Le problème ? Le temps de travaux et de séchage est long (de 6 à 18 mois) : veillez donc à prévoir le temps nécessaire et faites appel à des professionnels.

 

Pour les infiltrations d’eau…

La première étape consiste à vérifier l’état de votre toiture. Assurez-vous qu’elle n’est pas recouverte de mousses qui pourraient y retenir l’eau. Si c’est le cas, passez un produit destiné à les détruire et si c’est un peu plus sérieux, passez une peinture d’étanchéité.
Vérifiez également que vos conduits d’évacuation ne sont pas bouchés. Colmatez les éventuelles fissures. Remplacez votre gouttière si elle est vraiment trop abîmée.
L’étanchéité des ouvertures est également un élément important. Vérifiez les joints de vos portes et fenêtres. Si ils sont trop abîmés, refaites-les avec du mortier hydrofuge.
Pour vos murs, soit vous les ré-impermabilisez, soit vous faites quelques « retouches » au niveau des fissures en les rebouchant avec du mortier ou un enduit spécial, puis en appliquant un produit hydrofuge.
Dans tous les cas, assainissez le pourtour immédiat de votre maison en canalisant les eaux pluviales et en les éloignant du bâtiment. Évitez également de planter contre vos murs des végétaux qui nécessitent un arrosage fréquent !

 

Y a t-il des risques pour la santé si mon logement est touché par l’humidité ?

L’humidité peut entraîner, en plus des odeurs désagréables, quelques problèmes de santé comme des rhumes chroniques, des allergies, des maladies ORL (otite, sinusite,…), ou respiratoires comme des bronchites ou de l’asthme. Il est donc important d’agir rapidement, d’autant que, plus le problème est avancé et plus le coût des traitements est élevé !
Le Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement est gratuitement à votre disposition pour vous informer sur ce sujet. Pour prendre rendez-vous avec l’un de ses architectes-conseillers, téléphonez au 0262 21 60 86.

 

Avec les remerciements de DPR974.


 

Chacun de nous a en mémoire les tragiques événements de Port-Louis envahi par les eaux, au cours desquels onze personnes ont perdu la vie…

L’émotion fut très grande et elle perdure, mais l’heure est maintenant à la réflexion, à la recherche des causes  de cette catastrophe et  aux responsabilités. Les décideurs ont vite fait d’invoquer le changement climatique ou la fatalité. Le blog de notre correspondant mauricien "Maurice, derrière la carte postale" démontre que les raisons auxquelles on a recours ne résistent pas à l’analyse, que  la fatalité que l’on invoque sans pudeur, sert essentiellement à détourner l’attention de la responsabilité des hommes et en particulier des grands décideurs.

Cette catastrophe chez nos voisins et amis, doit nous servir de leçon, à nous Réunionnais. Sommes-nous irréprochables en matière d’environnement ? Ne comble-t-on pas dans notre île des ravines avec des déblais pour agrandir son pré carré ? (Cf. le scandale du grand Hazier, article du 8 avril 2013) Ne construit-on pas allègrement dans des zones à risques ? Que faisons-nous contre ce projet  aberrant de la nouvelle route du littoral qui nous mènera droit à la catastrophe, humaine, environnementale et financière ? Il est grand temps, pour nous Réunionnais, de changer de comportement (1), de respecter notre patrimoine naturel et d’empêcher que l’irréparable ne soit commis.

(1) Les municipalités, les collectivités générale et régionale, l’État remplissent-ils leurs devoirs dans ce domaine ?

 DPR974

 

Le Passage reliant les buildings de la Place d’Armes au centre commercial du Caudan. 
Le passage de la mort.
 

Alors que 11 personnes sont mortes et que la capitale mauricienne a été ravagée par des torrents d’eau boueuse, l’heure est à la peine et à la colère.

Cela ne nous empêche pas de penser.
Les Mauriciens savent que les "inondations" du 30 mars 2013 n’en sont pas. Il ne s’agit pas d’un phénomène naturel, mais
- d’une part, de l’absence de politique urbanistique et architecturale de la part de l’état mauricien et
- d’autre part, de l’incivisme des Mauriciens, qui font ce qu’ils veulent, où ils veulent, comme ils veulent.
Port Louis, chef-lieu de l’ile Maurice depuis trois siècles, situé au pied d’un cirque de montagne, dans une ile au climat sub-tropical très arrosée de janvier à mars et sujette à des cyclones violents tous les 15-20 ans, fut parfaitement conçu et aménagé à l’époque coloniale pour contrer ces phénomènes. Les gouvernements coloniaux successifs firent construire des drains et caniveaux en pierre de taille le long de chaque maison de chaque rue de la ville. Les rivières et ruisseaux furent aménagés, toujours en pierre taillée au cordeau, jusqu’à la mer. Les bâtiments eux mêmes devaient répondre à des normes architecturales précises, toitures en pente, gouttières, varangues protégeant les façades, perrons en pierre surélevant et protégeant  les habitations.
Et puis…
Trois siècles plus tard, alors qu’une machine accomplit en une heure ce que cent hommes réalisaient jadis en un jour, les dirigeants de cette ile et sa population s’acharnent à:
- 1/ détruire le travail des 250 années précédentes
- 2/ faire le plus de dégâts possibles sur le plan visuel et environnemental.
La plupart des victimes, 6, ne sont pas mortes n’importe où, mais dans l’une des infrastructures les plus modernes et neuves de la ville, le passage qui relie la Place d’Armes au Caudan, les deux endroits les plus fréquentés de la ville.
Alors, que s’est-il passé?
La réponse ne date pas du 30 mars, mais de bien avant:
- L’état laisse tout le monde faire ce qu’il veut en matière architecturale et urbanistique.
- La population en profite pour construire et aménager n’importe quoi, n’importe où.
- Pollueur devant l’éternel, le Mauricien jette là où c’est le plus facile: sacs en plastique, bouteilles en plastique, réfrigérateurs, carcasse d’animal, tout ce qui l’ encombre.
- Et puis, certains Mauriciens volent les pierres de taille des ouvrages anciens: pierres des ponts, pierres des caniveaux, pierres des ruisseaux aménagés qui sont ensuite vendues à des amateurs qui ne se posent pas de question, hôtels, entreprises ou particuliers. Les aménagements nécessaires des siècles passés sont fragilisés ou rendu inefficaces, sans compter le dommage fait à notre patrimoine.
- Pour couronner le tout, en ce moment même, l’état fait construire une file additionnelle à la voie rapide qui tranche la ville en deux. Celle-ci enjambe plusieurs canaux en pierre de taille aménagés aux XVIIIe et XIXe siècles. Ces canaux magnifiques étaient à ciel ouvert jusque vers 2002, lorsqu’ils furent recouverts et transformés en rivières sous-terraines (par la municipalité de Port Louis, par la société Rogers etc). Ainsi cachés de la vue, ces canaux indispensables à l’évacuation des eaux de pluie "n’existaient plus". Il ne restait qu’à les détruire tout à fait, ce qui était en train d’être fait: afin de construire cette troisième voie, des caterpillars ont travaillé depuis le début de l’année à les boucher avec du remplissage (voir: Le “remplissage”, une bombe écologique pour Maurice)
ET MAINTENANT?
- L’etat prendra t-il ses responsabilités? Rien n’est moins sûr quand on sait que le premier ministre attribue officiellement le drame du 30 mars au "changement climatique", un mensonge mais surtout une insulte à la mémoire des disparus.
- Les Mauriciens changeront-ils leur comportement? Passé l’élan de solidarité de ces derniers jours,  notre maitre à tous, l’argent, redeviendra le plus fort. Le Mauricien continuera à vouloir toujours plus de béton, partout, et ne manquera pas de balancer le "remplissage" issu de ses travaux là où c’est le plus facile.
VOIR NOTRE ARTICLE DE FEVRIER 2012 QUI DENONCAIT CETTE PRATIQUE: Le “remplissage”, une bombe écologique pour Maurice

avant
après: remplissage en cours

Vœux pieux ou publicité mensongère ?

Vœux pieux ou publicité mensongère ?

 

1 • Le mensonge de la modernité

C’est un projet totalement inadapté au monde du changement climatique. Les politiques d’adaptation qui se mettent en place partout dans le monde pour relever les grands défis qui s’annoncent, utilisent les critères de la « vulnérabilité » au changement climatique pour déterminer si un grand projet constitue un investissement viable ou non. Les investisseurs publics ou privés postulent désormais que tout grand projet d’infrastructure doit être jugé sur sa capacité pendant sa durée de vie, à relever les défis du Changement Climatique. Donc il faut s’interroger sur la pertinence d’un projet qui sera au mieux opérationnel en 2020 : qu’en sera-t-il du prix des carburants et de la dépendance énergétique de La Réunion en 2030, 2040, etc. ? La NRL est à peu près aussi « moderne » que l’était la ligne Maginot en 1940.

2 • Le mensonge de la gratuité

La Région vante sa capacité à réaliser une route sans péage, or, cette route il va falloir la payer. Dans le financement prévu par les Accords de Matignon, sur les 1,6 milliards officiellement annoncés, la Région devra débourser 669 millions d’euros sans pouvoir espérer une rallonge de l’Etat en cas de dépassement puisque aucune clause d’actualisation n’est prévue.
 Or, les trois grands chantiers routiers précédents, les deux premières routes du littoral et la Route des Tamarins, ont tous connu un dépassement de + 70 %. Au bas mot, la NRL devrait coûter entre 2,5 et 2,7 milliards d’euros, soit environ 1 milliard à la charge des contribuables. Mais, on sait que la collectivité régionale est endettée et si on rapporte le montant de sa dette au nombre de foyers fiscaux imposés, c’est même l’une des plus endettées de France (484 millions d’euros en 2010 contre 390 millions en 2009). Tous les Réunionnais, même ceux qui ne l’emprunteront pas, vont devoir payer cette route.

3 • Le mensonge de la sécurité

 

Le passage en mer n’est pas sécurisable !…

Le passage en mer n’est pas sécurisable !…

 

 

C’est l’argument ressassé ad nauseam par la Région qui n’hésite pas à se servir cyniquement des victimes de cette route pour justifier son projet. Mais c’était déjà l’argument pour construire la seconde route du littoral celle de 1976 qui fut un échec et fut aussi meurtrière que la première. En quoi un viaduc, plus long que celui de Millau et culminant à 30 m au dessus de l’Océan Indien sera-t-il « sûr » ? En quel sens une infrastructure reposant sur des digues monumentales sera-t-elle sécurisée ? Une route à six voies pour partie sur viaduc en mer, est-elle à l’épreuve des cyclones ? L’augmentation prévisible de leur puissance ainsi que la montée des océans sont des éléments qui risquent de rendre obsolète ce projet pharaonique avant même que des travaux soient achevés. Le passage en mer n’est pas sécurisable.

4 • Le mensonge de la création des emplois locaux

Il manque à La Réunion 150.000 emplois, or la Région estime que le chantier créera 1400 emplois directs, essentiellement dans le BTP qui en a perdu 10.000 depuis le début de la crise. Ce qui veut dire que ce chantier ne résoudra même pas le problème de l’emploi dans ce secteur d’activité. Avec les emplois indirects, la Région table au total sur 2500 emplois par an sur six ans. Mais ces chiffres pourraient être remis en question si la version avec deux viaducs est au final préférée à celle des deux digues car l’essentiel des emplois locaux se fera grâce à la construction de ces dernières. Autant un projet de train est générateur d’emplois pérennes pour les Réunionnais, autant une route ne donne aucune garantie que les emplois créés seront des emplois locaux, encore moins qu’ils seront pérennes.

 

5 • Le mensonge du respect de l’environnement

 

Un nouveau record réunionnais : le littoral de notre île est le plus bétonné de tout l'outre-mer!

Un nouveau record réunionnais : le littoral de notre île est le plus bétonné de tout l’outre-mer!

 

 

 

Le Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel (CSRPN) de La Réunion, instance constituée de 22 spécialistes locaux reconnus pour leurs compétences scientifiques, a émis un avis clairement défavorable. Les digues notamment, d’une longueur cumulée de 6,9 km, vont accroître l’artificialisation du littoral réunionnais, le plus bétonné de l’outremer, contribuant ainsi à l’érosion des côtes. Le Conseil Scientifique note aussi les impacts environnementaux irréversibles et doute que la perte de l’écosystème d’une « falaise unique au monde » puisse être compensée comme le prétend le maître d’ouvrage. Enfin, l’une des digues va détruire le banc corallien des Lataniers, une « formation remarquable sur le plan écologique », dont l’Autorité Environnementale rappelait dans un avis de 2009, qu’il devait être impérativement sauvegardé. Quant aux baleines à bosses qui étaient de retour depuis quelques années, les nuisances engendrées par la construction des piles du viaduc leur feront à nouveau, et peut-être pour toujours, déserter les côtes réunionnaises. Enfin cette véritable autoroute sur la mer, située à 30 m au-dessus de la mer, va non seulement défigurer le paysage unique de la falaise basaltique mais elle mettra aussi en péril le site historique et patrimonial de la Grande Chaloupe avec, juste en face, la réalisation d’un double échangeur. La NRL est une monstruosité sur le plan écologique.

6 • Le mensonge de la route pour tous les Réunionnais

Ce projet ne sert pas l’intérêt collectif. Il y a vingt ans, au début des années 90, le transport collectif à La Réunion représentait encore près de 30 % (bus et notamment le taxi), aujourd’hui, il ne représente plus que 6 %. Un Réunionnais sur trois en âge de conduire, n’a pas d’automobile. Le prix du permis, de l’achat, de l’assurance, de l’entretien, etc. constituent un obstacle infranchissable. Ce qui signifie donc que l’Etat et la Région veulent investir une somme pharamineuse dans le plus gros projet jamais réalisé à La Réunion mais un projet qui ne concerne pas la fraction de la population la plus précaire. La Région argue du projet Trans Eco Express pour justifier un soit disant intérêt collectif de la NRL. Or, la TEE est un « projet croupion » qui sert uniquement d’alibi : avec les nouveaux Accords, c’est à peine 14 % des financements qui sont dévolus à quelques travaux d’aménagements routiers pour des bus. La NRL est bien un ouvrage dédié au tout automobile.

7 • Le mensonge de la solution aux embouteillages

Début 2009, 48 000 véhicules empruntaient chaque jour l’actuelle route du Littoral. Avec l’entrée en service de la route des Tamarins et l’appel d’air créé par cette infrastructure, ce sont aujourd’hui 55 000 véhicules qui empruntent désormais chaque jour la route du littoral, soit en moyenne + 7000 véhicules/jour. La polémique récente entre la Région et le Maire de Saint-Denis vient de le rappeler, le projet NRL ne traite pas la question pourtant essentielle de l’entrée de Saint-Denis, pas plus qu’il ne traite le problème du pont de la Rivière des Galets. Didier Robert se comporte comme un plombier amateur qui pense qu’il suffit d’ouvrir les robinets pour déboucher la canalisation.

Un tel projet engagerait La Réunion pour des dizaines d’années, il renverrait aux calendes grecques tout projet de transport en commun sur rail et ferait peser de graves menaces et sur la biodiversité de notre île et sur les finances de la collectivité régionale donc sur les contribuables réunionnaisSur le plan politique, la prise de conscience et la mobilisation contre ce projet de route pharaonique doit s’amplifier.

Jean-Pierre Marchau

 

N.B. Cette tribune libre de Jean-Pierre Marchau a été publiée, en primeur, par le site : http://www.7lameslamer.net/


 

 

 

Nous avons reçu de notre ami J. Varondin une tribune libre qui pose le problème de l’introduction non contrôlée d’espèces animales dangereuses dans notre île.

 

Quand La Réunion était encore l’Éden de cette partie du monde et non pas la poubelle qu’elle est devenue à cause du consumérisme dont elle s’est fait un idéal à pérenniser, l’île ne connaissait aucune faune indigène nuisible, dangereuse et pullulante. Quand le navigateur anglais Chatterton la découvrit – quiconque arrivait pour la première fois à La Réunion prétendait l’avoir découverte ! – il baptisa l’île vierge England forest et dans la relation de sa visite, il fut surtout question d’un climat curatif, de tortues colossales, d’anguilles herculéennes, de poissons gigantesques, d’oiseaux aux multiples splendeurs, d’arbres dignes des Hespérides et de tant d’autres merveilles. A aucun moment l’Anglais n’a fait mention de fauves, de serpents terrestres ou aquatiques, d’araignées, de sangliers, d’iguanes et autres bébêtes dangereuses ou repoussantes d’aspect. Ni de cochons ni de cabris sauvages. Pas d’écologistes ni de parc national non plus, en ces temps de bonheur paradisiaque.

Trois siècles et demi plus tard, peu ou prou, tout ce monde « paulévirginien » avait disparu. Aucune terre n’étant une île entièrement refermée sur elle-même, notre île entra en contact avec le monde extérieur. Avec les hommes et tous ceux qui les accompagnent ordinairement, animaux domestiques, nuisibles divers, rats, poux, puces, punaises, morpions, maladies variées avec leurs supports pathogènes, virus, microbes, bactéries et leurs vecteurs. Mais pas de singes ni de cerfs, ni de serpents, ni de tarentules. Néanmoins La Réunion restait malgré ces hôtes indésirables mais inévitables, un pays où l’on pouvait poser ses fesses n’importe où pour piqueniquer sans encourir aucun risque autre que d’être mordu par une fourmi rouge. Pas même par un centpieds ni un scorpion. L’île n’était plus enchantée mais encore agréable. Il n’y avait toujours pas d’écologistes ni de parc national ni d’Oberon des pitons en ces temps rudes et frustes. Ici nous insistons pour confirmer que le substantif « écologiste » n’est pas une marque déposée ni brevetée.

Depuis une quinzaine d’années, tout a changé. Surtout les goûts des indigènes. Contentons-nous de parler des   « animaux familiers » aujourd’hui rebaptisés « pets » pour faire moderne. Hier nos compatriotes cajolaient un tichien, un timimite, trois ou quatre oiseaux, un cobaye ou, rarement et à la campagne, un ticabri ou un timouton préféré. De nos jours ils ont tourné leur tendresse vers l’exotisme le plus perverti. Et les voilà qui collectionnent des serpents, des araignées, des tortues, des iguanes, des ragondins, des sangliers et autres bestiaux allogènes des plus répugnants d’aspect ou des plus dangereux de nature. Nous avons vu dans une « ménagerie »  vendre des rats, des serpents d’eau, des tortues aquatiques carnivores, flasques et horribles d’aspect et bien d’autres créatures nuisibles, définitivement indésirables. En un mot  on vend tout ce qu’il faut pour transformer notre Éden d’hier en forêts, jungles et brousses tropicales infestées de toutes sortes de créatures répugnantes et dangereuses. Le problème devient très grave lorsque ces amateurs morbides de « pets » à l’odeur fétide n’en ayant plus un jour le cœur plein de leurs animaux favoris, les balancent dans la nature réunionnaise qui n’en veut pas. Nous non plus ! Et personne dans le monde des gens d’importance ne gueule ! Nous sommes intervenus auprès du préfet Maccioni. Il nous a promis de jeter un œil sur ce problème. Il est reparti avec son œil indemne et le problème est resté entier. Son successeur ayant confondu les serpents égarés dans nos sous-bois et nos voiries  avec les lutins et les elfes dansant sur la lande, s’en est allé danser ailleurs sans avoir voulu sortir sa tête de ce côté. Et ces écologistes qui n’hésitent pas à foutre le feu à la forêt pour protéger l’arbre, que font-ils ? Rien ! Motus et bouche cousue ! Sauf en matière politique. Pis on fait une publicité tapageuse pour que le zozo ambiant achète ces saloperies alors qu’il ferait mieux d’adopter un matou pour courir après les rats de son immeuble ! Pis et re-pis ! Nous lisons dans les gazettes qu’il va y avoir une exposition exotique de ces horribles et dangereuses bestioles avec parmi elles « 300 serpents » dont les espèces ne sont pas précisées. Nous avons bien lu : Trois cents ! Des bébêtes qui demain se retrouveront dans la nature et dans nos demeures à « siffler sur nos têtes » car leurs propriétaires, un peu hors cadre, n’auront pas la patience de les laisser vieillir en cage à côté de leurs fauteuils roulants quand leurs enfants les auront rejetés de leur héritage.

 

Joseph J.A. Varondin


( Suite de l’interview de J.P. Marchau sur la route du littoral)

Dpr : pouvez-vous nous expliquer pour quelle raison l’actuel Président de la Région a abandonné le projet de tram-train, alors que les Réunionnais y sont très majoritairement favorables ?

J-P M : cette décision du Président de la Région m’a vraiment étonné ; il y avait un relatif consensus droite-gauche  sur le tram-train ; d’autant plus que l’ancienne Région prenait à sa charge la construction des gares à la place des communes. Puis quand Didier Robert est arrivé à la direction de la droite, il a pris prétexte, pour abandonner le projet, du manque de dotation de l’État (que l’on aurait certainement obtenue). Pour moi, Didier Robert avait mission d’attaquer le tram-train car l’État ne voulait plus payer. Les premiers accords de Matignon, du temps de Vergès, étaient très avantageux pour La Réunion  car l’État s’était engagé à payer en cas de dépassement de l’enveloppe budgétaire prévue. Se doutant du risque d’un important surcoût l’État ne voulait plus soutenir ce projet. Didier Robert a fait le sale boulot consistant à saborder le tram-train. En lieu et place de ce projet il relance une nouvelle route du littoral plus chère que le projet initial (1 milliard 600 millions, sans engagement pour l’État en cas de dépassement éventuel) ; il obtient en contrepartie 250 millions d’euros pour un trans-éco-express qui ne concerne que l’amélioration, l’élargissement de petites portions de route en TCSP (Transport Commun en Site Propre) et fait miroiter aux yeux de l’électorat la mise en service de 2000 bus. Où sont d’ailleurs passées ces cohortes de bus ?

Dpr : êtes vous sûr de ce que vous avancez ?

J-P M : il est évident que ni la Région, ni M. Fillon ne l’admettront, mais le résultat est là : abandon d’un projet  d’avenir, écologique, porteur d’emplois, utile à La Réunion pour un projet de route bien moins intéressante voire dangereuse, mais qui devrait en pratique coûter bien moins cher à l’État. Pour moi de deux choses l’une : ou bien M. Didier Robert est le dindon de la farce, ou bien il s’est fait complice d’une manœuvre politicienne. En définitive ce sont les Réunionnais qui feront les frais d’une opération qui ne va absolument pas dans le sens de leurs intérêts bien compris.

Dpr : est-ce la seule raison possible ?

J-P M : il y a effectivement une autre raison, mais qui n’exclut pas la première qui est majeure : si Didier Robert a fait ce choix, c’est qu’il soutient le lobby des importateurs automobiles et celui des transporteurs : imaginez, en effet,  une décroissance des importations de véhicules d’une part et d’autre part le risque des compagnies de bus de voir leur clientèle s’amenuiser…

Une digue au départ, une digue à l’arrivée et entre les deux un immense viaduc comme un défi à l’océan.

Une digue au départ, une digue à l’arrivée et entre les deux un immense viaduc comme un défi à l’océan.

 

 

Dpr : ce projet de nouvelle route du littoral ne trouve pas grâce à vos yeux.  Que lui reprochez-vous du point de vue écologique, du point de vue financier, du point de vue de la sécurité ?

J-P M : du point de vue écologique d’abord : les gens le savent peu, mais il y a à La Réunion une instance qui s’appelle Le Conseil Régional Scientifique du Patrimoine Naturel, composé de 22 scientifiques. Cette instance aurait dû être consultée pour avis sur le projet de nouvelle route du littoral. Cela n’a pas été fait. Pourquoi ? Le Conseil s’est alors autosaisi et a émis son avis. (Rappelons que le projet comporte une première digue de 5 km puis un grand viaduc et se termine par une nouvelle digue avant la Possession.) Le Conseil scientifique a condamné à l’unanimité et sans appel le tracé prévu pour différentes raisons :

1)   La biodiversité de cette falaise est unique au monde et elle serait irrémédiablement détruite par les deux digues qui vont « confiner » la falaise. Comme la route serait plus loin de la falaise il y aurait diminution notable des embruns qui créent un micro-climat particulier.

2)   Où va-t-on trouver la masse colossale de remblais nécessaires pour ces digues ? On ne le sait pas encore et surtout ces digues risquent de modifier les courants marins qui vont provoquer et accélérer l’érosion des plages. Au pire, si on veut faire cette route, il faudrait choisir la variante avec deux viaducs pour diminuer l’emprise des digues.

Il faut aussi mentionner que la digue vers La Possession détruira le Banc de corail des Lataniers. L’autorité environnementale du Ministère de l’Écologie avait déjà en 2009 mis en garde contre la destruction de ce banc de corail.

3)   Sur le plan paysager, un viaduc qui va s’élever entre le rivage de la Grande Chaloupe et la mer, plus un double échangeur et de grands murs de protection anti-bruit auront un impact certain sur un site qui vaut, outre son patrimoine naturel, par son importance culturelle

(éléments de l’histoire de La Réunion ; présence des Lazarets, gare du ti-train lontan, chemin des Anglais… )

Le site naturel et culturel de la Grande Chaloupe défiguré.

Le site naturel et culturel de la Grande Chaloupe défiguré.

 

 

 

Dpr : Ce projet  nuisible à l’environnement peut-il encore être stoppé ?

J-P M : Je le pense. La Région doit en effet encore obtenir l’autorisation d’utiliser le Domaine public maritime et ce n’est pas évident qu’elle l’ait, étant donné les rejets  de matériaux pollués dans la mer lors du chantier. Il faudra donc une dérogation à la directive européenne sur l’eau qui a été introduite en droit français. Cette directive est extrêmement précise et cela constitue le talon d’Achille du projet de la Région…

Dpr : et du point de vue financier ?

J-P M : les choses me paraissent évidentes : cette route coûtera bien plus que le milliard 600 millions prévus ; elle coûtera de 2,5 à 2,7 milliards (toujours les 70% traditionnels !) Il faut avoir en mémoire que l’État est décidé à ne pas apporter un centime d’euro de plus que ce qu’il a prévu pour sa participation (690 millions). Il faut savoir aussi que la Région tout comme  le Département sont très endettés. Pour évaluer le poids de la dette il faut la rapporter au nombre de gens qui paient les impôts. Si on établit ce ratio, on constate que La Réunion est une des régions les plus endettées de France. Si donc La Réunion doit demain affronter des surcoûts importants, il faudra instituer un péage, ce que la Région ne fera pas parce que ce serait très impopulaire. Il y aura donc obligation d’augmenter fortement les impôts.

Dpr : quid de la sécurité ?

J-P M : il n’y a pas de sécurité totale pour une route construite sur la mer ; ainsi à l’île de Ré, quand le vent approche les 90 km/h on réduit la circulation qui est alors interdite aux piétons et aux cyclistes. A 100km/h on envisage l’arrêt de toute circulation… Imaginons les risques liés au réchauffement de la planète : cyclones, tsunamis, raz de marée… Les ingénieurs sont à priori toujours sûrs de leur techniques et de leurs calculs jusqu’au jour où… Regardez ce qui s’est passé pour le magnifique pont de la Rivière Saint-Etienne !

A mon avis la plus grande absurdité, l’erreur stratégique, a été d’implanter la route au pied de la falaise et aujourd’hui encore on persévère dans l’erreur. Il aurait fallu, il faut encore aujourd’hui, soit le passage par le haut de la montagne soit la solution du tunnel.

Quelle sécurité pour une route construite en plein Océan ?

Quelle sécurité pour une route construite en plein Océan ?


 

 Dpr : que représente pour vous le projet de cette nouvelle route du littoral ?

J-P M : ce projet est insensé ; c’est un défi à l’entendement ; une illusion coupable en matière de sécurité, une faute irrémédiable  au plan écologique et un gouffre financier qui obérerait pour longtemps l’économie réunionnaise. Ce serait, si elle se réalisait, une véritable catastrophe pour La Réunion. Laisser faire une pareille route serait irresponsable en une époque, en plus, où en France métropolitaine de nombreux projets routiers sensés sont, faute de moyens, mis sous le boisseau.

Dpr : Merci M. Marchau pour votre éclairage… Espérons que le bon sens l’emportera !

Interview réalisée par Dpr974

 

Note: les illustrations sont des images de synthèse réalisées par les promoteurs du projet.


Monsieur Jean-Pierre Marchau, écologiste, a étudié de près les problèmes liés à la construction de la nouvelle route du littoral, projet de la Région Réunion, présidée par M. Didier Robert. Il a bien voulu répondre aux questions de Robert Gauvin pour les lecteurs de dpr974.

Dpr974 : pouvez-vous nous faire un bref historique de la première route du littoral ? Et d’abord comment faisait-on avant qu’elle ne soit construite ?

J-P M : il faut savoir que le  franchissement de la montagne entre La Possession et Saint-Denis  a toujours posé problème aux Réunionnais. Au départ l’on a fait le trajet par la mer en utilisant de grandes chaloupes, puis on a tracé vers 1876 un chemin le long de la falaise ; c’était plutôt un sentier ou un chemin muletier qu’on a baptisé route Laugier du nom de celui qui l’a créée.

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Ensuite, à la fin du 19ème siècle on a construit le chemin de fer entre Saint-Benoît et Saint-Pierre via Saint-Denis (1). Il fut inauguré en 1882. Ce train était la solution au problème et rendit de grands services à La Réunion, mais on estima au milieu du 20ème siècle qu’il revenait trop cher. Il fut alors décidé de construire la route du littoral. Celle-ci fut inaugurée en 1963.  Cette construction occasionna un surcoût de l’ordre de 70%. Elle était en outre relativement dangereuse.

Quelques années plus tard les politiques ont pensé qu’il fallait construire une autre route plus éloignée  de la falaise. On l’a faite également plus large sur des digues beaucoup plus hautes. Elle fut terminée en 1976. Elle reste néanmoins exposée à certains endroits à des chutes de pierres. Il est bon également de savoir, on l’ignorait à l’époque, que la première et la deuxième route confinaient la falaise et que le ravinement de l’eau ne se faisant plus naturellement dans la mer, cela fragilisait la falaise.

Dpr : Pourquoi le train a-t-il été abandonné ?

J-P M : Il faut dire que les années 60 voient le triomphe de l’idéologie de la voiture. D’un point de vue économique les constructeurs automobiles poussaient dans ce sens et les importateurs réunionnais ainsi que les transporteurs y avaient tout intérêt. Sans compter les arrière-pensées politiques : mettre à mort le train c’était par là-même porter un coup décisif à une masse syndiquée et revendicative (pour l’essentiel cheminots et dockers du Port  qui représentaient une force considérable.)

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Dpr : Comment a-t-on procédé à l’abandon du train ?

J-P M : On a d’abord supprimé en 1955 la ligne qui menait de Saint-Pierre au Port, puis en 1956 la partie qui allait de Saint-Denis à Saint-André et le dernier tronçon le fut en 1963. Contre le train on a fait jouer l’ampleur du déficit sans chercher vraiment à le résoudre et l’on vantait en contrepartie le côté pratique des camions et des bus qui pouvaient emmener marchandises ou passagers tout près de l’endroit désiré.

Dpr : vous parliez tout à l’heure d’un surcoût important pour la première route du littoral. Qu’en a-il été pour la seconde qui date de 1976 ?

J-P M: Il y a eu pour la première route des coûts de construction très importants et qui ont nettement dépassé les prévisions, mais il ne faut pas oublier non plus les coûts élevés de l’entretien de cette première route. Pour celle de 1976 les dépassements atteignent également 70%. Il en fut de même pour la route des Tamarins. La 3ème route, projet de la Région, est estimée à 1milliard 600 millions mais il y a fort à parier que le surcoût sera également de l’ordre de 70%.

Dpr : Quels sont les problèmes que nous connaissons sur la route actuelle ?

J-P M : ils sont de plusieurs ordres : en matière de sécurité il y a les chutes de pierres ; lors des houles cycloniques les vagues la recouvrent en partie. La circulation devient difficile voire impossible. On est alors obligé de fermer partiellement ou totalement  la route, ce qui handicape sérieusement l’économie de l’île.

On a certes fait des progrès ; on a installé des grillages de protection sur la falaise et l’on s’efforce de fermer le moins possible cette route qui est vitale, mais tout est loin d’être parfait et la mer a montré lors du dernier cyclone Felleng qu’elle constitue, elle aussi, un danger considérable. D’ailleurs si cette deuxième route du littoral est abandonnée, cela n’est pas la peine de la détruire – c’est une évidence – la mer va s’en charger !

Dpr : le problème de cette route n’est-il pas aussi la difficulté que pose l’entrée des villes ?

La mer à l’assaut de la route (Cyclone Felleng).

La mer à l’assaut de la route (Cyclone Felleng).

J-P M : En effet. J’étais favorable à la  construction de la route des Tamarins. Être écologiste ne signifie pas être systématiquement opposé à tout projet routier. Je le rappelle, c’est le Vert Yves Cochet,  Ministre de l’Ecologie, qui en 2002 a signé la Déclaration d’Utilité Publique de la Route des Tamarins.  Il y a cependant un problème qui n’a pas été résolu : la rapidité de la route fait que  beaucoup de véhicules convergent aux mêmes heures vers l’entrée des villes et que se constituent alors des entonnoirs, à l‘entrée de la route du littoral à l’ouest de Saint-Denis, mais aussi à l’Est, à l’entrée de Saint-Paul etc…

En fait, il faut considérer l’ensemble du problème de la circulation à La Réunion : a-t-on pensé, par exemple, au problème des radiers ? Lors du passage de Felleng la route a été bloquée à plus d’un endroit du fait que les radiers étaient submergés. On peut sans doute en remplacer certains par des ponts. Mais il faut arriver à faire décroitre le  Tout automobile… (À suivre  bientôt  in :  LA ROUTE DE TOUS LES DANGERS)…

Dpr974

 

Note :

1) Il faut mentionner aussi l’utilisation possible au 20ème siècle de la route en lacets interminables passant par la Montagne : il fallait bien une heure pour faire le trajet entre La Possession et Saint-Denis !

2) La carte postale avec le petit train fait partie de la collection Éric Boulogne ; la photo de la mer déchaînée est de J.M. Hoarau . Nous les remercions pour leur aimable autorisation. Dpr974.

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