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Archive for mai 2014


Plus de 10 000 Réunionnais ont été engagés pendant la guerre 14-18. Ils ont vécu l’éloignement, la boue des tranchées, côtoyé la maladie et la mort, mais aussi rencontré des hommes et des espaces nouveaux. Pendant ce temps, comment les Réunionnais de l’île vivaient-ils ? Et après guerre quel hommage ont-ils rendu à leurs soldats ? Nous avons eu le plaisir d’interroger sur ce sujet Rachel MNEMOSYNE-FEVRE, docteure en histoire contemporaine, qui a soutenu en 2006 sa thèse (1) intitulée « Les soldats réunionnais dans la Grande Guerre 14-18 » (2).

Entretien avec Rachel MNEMOSYNE-FEVRE (suite)

II-1. Comment les Réunionnais ont-ils vécu au quotidien pendant ces 4 années de guerre ?
R. M-F : Les Réunionnais se mobilisent pour envoyer des contributions financières, réconforter les soldats et soutenir l’effort de guerre à La Réunion. On organise des loteries, des événements pour récupérer de l’argent. On fait notre guerre à nous dans l’île. Le gouvernement s’organise au cas où il y aurait un débarquement allemand. Par exemple protéger le Trésor Public dans les hauts de Salazie si nécessaire, mettre une drague dans le port pour éviter l’entrée des corsaires, interdire la TSF à tous les navires qui arrivent. Et, ce qui est très drôle, interdire l’atterrissage de tout aéronef, sachant que le 1er avion atterrit à La Réunion en 1929 ! Dès 1917, le premier monument aux morts se met en place à la Rivière Saint-Louis.
Dans la vie quotidienne, il va y avoir pas mal de problèmes de ravitaillement puisque il y a des pénuries. Et les prix augmentent. Il y a des soucis plutôt au niveau des denrées alimentaires. Le riz, qui est quand même l’aliment de base, pouvait manquer. Il y a des heurts, justement par rapport à ces « montées » du prix du riz et on va s’en prendre à une certaine population de l’île, notamment les chinois. La guerre signe le retour des cultures initiales qu’il y avait à La Réunion : manioc, maïs, en tout cas tout ce qui est racines. Et le gouverneur va faire stagner les prix. Il y a pénurie de pétrole. Sur l’île, les Réunionnais vont s’organiser pour trouver des palliatifs, par exemple l’essence de cannes, le rhum…

Carte postale : Le rêve qui console

Carte postale : Le rêve qui console

II-2. Quel impact la guerre a-t-elle eu sur l’économie de l’île ?
R. M-F : On pourrait croire que la guerre va impacter négativement l’économie de l’île. En réalité, comme les champs de betteraves, en France, sont plutôt vers l’est, ils ont été ravagés et donc l’économie sucrière a été florissante à La Réunion. Ce n’est pas qu’on produisait plus, mais on vendait plus cher. On exporte énormément, le rhum et le sucre et à des prix élevés puisque ces denrées deviennent rares.
Ce qui fait que les familles de producteurs sucriers vont faire encore plus de richesses pendant la guerre. Pour l’économie c’est pas si mal mais cela creuse encore plus le fossé entre les propriétaires et les autres. Les propriétaires peuvent se payer ce qu’ils veulent-en terme d’alimentation- alors que la population continue à être en état de pénurie.

II-3. Quel impact la guerre a-t-elle eu sur les modes de pensée ?
R. M-F : A leur retour, les soldats retrouvent leur famille, certaines dans des difficultés. Puisqu’ils n’étaient pas là, en général, les femmes ont pris le relais comme en Métropole.
Les hommes reviennent pour certains avec de nouvelles idées. Ils ont pu être au contact d’autres cultures. Il y a eu des confrontations d’idées. Et on voit au lendemain de la guerre, dès 1918, un article de journal qui parle de départementalisation alors qu’on est sous un régime colonial et que la départementalisation n’interviendra qu’en 46. Donc, on est dans un principe d’assimilation revendiqué un peu partout dans les colonies, pas qu’à La Réunion. C’est un vent. On a payé l’impôt du sang. Maintenant on a montré qu’on est Français, on a besoin de cette reconnaissance. Globalement, à la fin de la guerre, les colonies veulent l’assimilation. Et après il y aura le rejet, la demande de décolonisation. Les guerres mondiales ont contribué à la décolonisation finale.

Apparemment, il y a eu pas mal de traumatismes de cette 1ère guerre mondiale. Ce qui pourrait expliquer peut-être – je dis bien peut-être – le Régime de Vichy qui s’installera plus tard en 1940 à La Réunion puisqu’on a peur de rentrer dans une 2ème guerre mondiale. Donc on suit le gouvernement avec toujours cette idée de fidélité à la France. Ce qui est intéressant, c’est la réaction des soldats qui avaient fait la 1ère guerre à l’annonce de la 2ème. Une dame me racontait que son père s’est enfermé plusieurs jours quand il a appris qu’on entrait en guerre contre l’Allemagne en 1939.
II-4. Qu’en est-il de l’armistice et des hommages aux soldats ?
R. M-F : En novembre 18, à l’annonce de l’armistice, il va y avoir de grandes manifestations dans les rues avec des défilés pour fêter la victoire. C’est spontané. Mais les soldats ne sont pas encore revenus, il n’y a pas eu de retour massif. L’année suivante, en 1919, il y a une grosse commémoration du 11 novembre et on va commencer à avoir des soldats. On va rendre hommage, certes aux soldats, mais surtout à la victoire française. Et puis on va bien rappeler à la France métropolitaine qu’on a participé, contribué. Il faut bien voir à chaque fois en filigrane ce besoin de reconnaissance.
Dès 1917, il y a déjà le premier monument aux morts à la Rivière Saint-Louis. Ensuite il va y avoir les monuments de Saint-Denis, Saint-Pierre. C’est plutôt dans les années 20/30 qu’il y a réellement commémoration avec hommage aux soldats par le biais des monuments aux morts qui vont se développer. Il y a une espèce de vague qui existe à La Réunion et en Métropole. Les mairies vont ériger des monuments. Il y aura normalement les noms des soldats des communes. Ils n’y sont pas tous. Pourquoi ? On n’en sait rien. Par la suite, il y a les commémorations systématiques du 11 novembre qui se font partout.

Monument aux Morts de Saint-Louis (détails)

Monument aux Morts de La Rivière Saint-Louis (détails)

III-2. Dans la conscience réunionnaise le traumatisme de la grippe espagnole n’a-t-il pas relégué au second plan le traumatisme de la guerre ?
R. M.F : En 1919, le Madona ramène les soldats avec la grippe espagnole. Grippe qui fait plus de 7 000 victimes que je mettrai sur le compte de la guerre car, si les soldats n’étaient pas revenus avec la grippe, on n’aurait pas eu autant de victimes sur l’île. Là, pour le coup, ce sont des civils qui vont pâtir de la guerre.
Cet épisode reste marqué dans les esprits puisque les Réunionnais restés sur l’île ont vécu la guerre de loin, à 10 000 km, même si, par le biais des soldats, on a perdu un être cher. Mais en même temps, on ne voit pas trop l’horreur du front. Là, on est sur une île cloisonnée, avec une diffusion fulgurante sur Saint-Denis, Saint-Pierre… Les Réunionnais sont frappés de plein fouet. Et directement. Enfants, femmes et quelle que soit la classe sociale. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, on entend encore parler de cimetières-la-peste. Ils restent dans les esprits alors qu’on n’entend pas forcément parler de la 1ère guerre !
En fait, la grippe espagnole est une des conséquences directes de la guerre. Elle serait venue des Etats-Unis ou du Mexique. Elle a été quelque chose de phénoménal ! Elle a fait énormément de ravages et de victimes partout dans le monde, sur le Front de l’Est notamment. On les compte par millions.

Monument aux Morts de Saint-Louis (détails)

Monument aux Morts de Saint-Louis (détails)

III-3. Le mot de la fin : pourquoi et comment commémorer et enseigner ?
R. M-F : Le problème, c’est que l’homme va avoir tendance à avoir la mémoire courte. Il faudrait se rappeler que – sans faire de patriotisme acharné – des soldats sont allés défendre une cause et ils y ont quand même laissé leur vie. C’est une question de respect pour ces hommes et ce qu’ils ont dû subir, abandonner. C’est une leçon à ne pas réitérer – belles paroles dirons-nous -. Aujourd’hui ce serait pire vu ce que l’on est capable de faire !
Enseigner ce n’est pas rester sur le fait de guerre. Enseigner les tranchées, certes, mais cela reste très abstrait. A la limite, je préfère que les élèves regardent un film, un extrait d’Un long dimanche de fiançailles (3), c’est très représentatif. Mais pour comprendre vraiment, il faut s’imprégner réellement des choses – ce qu’on n’a pas le temps de faire clairement en classe -. Expliquer aux élèves quelles étaient les raisons. Se poser la question : est ce que ça valait le coup de laisser des millions de victimes pour finalement se rendre compte que la 1ère guerre c’est ni plus ni moins des intérêts économiques qui sont en jeu?
Le problème, c’est qu’actuellement, les guerres, la 1ère (et la 2ème), sont enseignées de façon binaire, et on reste dans l’idée : ça c’est les méchants, ça c’est les gentils. On a fait la guerre pour récupérer l’Alsace/Lorraine. Oui, c’est une des raisons. Sinon, il y a une grande guerre économique. Il y a tout l’enjeu colonial, il y a quand même tout cela derrière qui n’est pas abordé. Il faut aller plus loin. Ce n’est pas facile. Il faut relever le niveau de réflexion de l’élève, qu’il ait une vue plus globale pour avoir une vraie idée de ce qui a pu nous amener là et de ce qu’il faudrait éviter. Une connaissance un peu plus critique de la guerre et de l’histoire en général.

Avec tous nos remerciements à Rachel MNEMOSYNE-FEVRE

Entretien réalisé pour dpr par Marie-Claude DAVID FONTAINE

1. Thèse dirigée par les professeurs Yvan Combeau de l’Université de La Réunion et Jules Maurin de l’Université de Montpellier. Soutenue en 2006, à l’Université de La Réunion.
2. Lire le début de l’entretien dans l’article annexe de dpr : Les soldats réunionnais pendant la guerre 14-18.
3. Un long dimanche de fiançailles, film de Jean-Pierre Jeunet, 2004.
4. Photos de Marc David. Carte postale de la collection Hilaire Fontaine.

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Marlène Tolède est l’auteur d’une thèse sur Gustave Oelsner-Monmerqué, un jeune Franco- Allemand qui a séjourné à La Réunion, pardon, à Bourbon, de 1842 à 1845, au temps où sévissait encore l’esclavage… Outre sa thèse elle a traduit en collaboration avec d’autres germanistes le roman écrit par Gustave Oelsner-Monmerqué qui a pour cadre notre île : « Noirs et Blancs. Esquisses de Bourbon ». Ce jeune homme de 28 ans nous offre dans ses écrits un regard extérieur sur La Réunion d’alors et sur les rapports humains qui y régnaient… Robert Gauvin a eu plaisir d’interviewer Marlène Tolède pour nos lecteurs. dpr974.
Robert Gauvin : Comment avez-vous « découvert » Gustave Oelsner – Monmerqué, ce jeune Franco-Allemand qui a vécu à Bourbon et dont les Réunionnais ignoraient jusqu’au nom et l’œuvre à plus forte raison?
Marlène Tolède : J’étais à la recherche de traces littéraires germanophones à La Réunion, à l’époque île Bourbon. À la Bibliothèque nationale de France (B.n.F), à Paris, j’ai mis la main sur un livre de deux explorateurs allemands von der Decken et Kersten qui ont exploré l’Afrique de l’est et ont, à cette occasion, passé deux mois à Bourbon en 1863. Dans leur bibliographie je suis tombée sur ce nom d’Oelsner-Monmerqué qui m’a intriguée. Cet homme était cité comme l’auteur d’un ouvrage intitulé « Schwarze und Weisse ; Skizzen aus Bourbon » (1) ». Ce fut, pour moi, le début d’une passionnante enquête policière…

De l’île Bourbon à Berlin (2)…(1ère de couverture).

De l’île Bourbon à Berlin (2)…(1ère de couverture).

R.G : Vous avez fini par découvrir qui était réellement cet homme …
M.T : Oui, mais cela n’a pas été chose aisée : je suis partie quasiment de zéro. Son père était quelqu’un de connu. Il avait vécu à l’époque de la Révolution française, était diplomate, chroniqueur et a envoyé beaucoup d’articles sur la Révolution française en Allemagne. Par contre, du fils, je ne connaissais rien, ni sa date de naissance ni celle de son décès, ni s’il était Allemand ou Français. J’ai commencé alors un périple qui m’a conduite aux Archives, à La Réunion, à Paris, à Aix-en-Provence, en Allemagne à Berlin et Coblence et j’ai même trouvé un fonds en Pologne, à Cracovie…
C’est comme cela que j’ai appris qu’il était né à Paris en 1814 d’un père allemand et d’une mère issue de l’aristocratie alsacienne. Elle parlait le français, l’alsacien et pas l’allemand. La langue maternelle de Gustave était donc le français ; il a vécu ses premières années à Paris. Sa vie a été marquée par des deuils qui ont concerné sa famille proche : sa mère meurt alors qu’il n’a que six ans, sa sœur décède également. Puis son père disparaît. Le jeune Gustave a alors quatorze ans. Il ira vivre en Allemagne, à Breslau, sous la tutelle de son oncle paternel.
R.G. : Quelles sont les influences qui ont marqué sa jeunesse ?
M.T. : Certainement les personnalités de son père et de son oncle : son père était protestant, mais il était avant tout libre-penseur. Il était favorable à la Révolution française, dont il désapprouvait cependant les excès. Ce qui l’a obligé à s’enfuir en Suisse. Il était aussi très hostile à Napoléon 1er. Il avait également beaucoup de contacts avec des gens partisans de l’abolition de l’esclavage. À la mort de son père, le jeune Gustave a été recueilli par son oncle de Breslau ; celui-ci avait l’esprit ouvert, était franc-maçon, ce qui n’était pas le cas de son père.
À Breslau, le jeune Gustave a, au début, du mal à maîtriser l’allemand et c’est dans une lettre écrite en latin ( !) qu’il expose ses difficultés dans ce domaine. Il étudie, outre le latin, le grec, plus tard le turc et entre temps passe son doctorat ès lettres à Iéna.
R.G : Comment se fait-il qu’il décide un beau jour de débarquer à Bourbon, cette île du bout du monde, où règne l’esclavage, ce qui ne correspond pas à ses idées ?
M.T. : On ne possède pas de sources à ce sujet, mais Gustave Oelsner-Monmerqué parle de contacts qu’il aurait eus avec des amis bourbonnais. On peut supposer que cela lui a donné envie de se rendre compte par lui-même de ce qu’était un pays esclavagiste. D’autre part son activité à Bourbon démontre abondamment sa volonté d’agir, sa volonté d’être utile…
Avait-il des contacts directs avec Lacaussade, le poète réunionnais qui eut à souffrir de son métissage et de ses idées ? C’est fort possible. On peut noter qu’il arrive quelques mois après Lacaussade à Bourbon et l’on connaît tous les efforts qu’il a déployés pour faire connaître Lacaussade dans son île natale, dans la « Feuille hebdomadaire de l’île Bourbon » et en Allemagne. Dans une de ses conférences tenues par la suite à Berlin, il déclamera, en effet, plusieurs strophes du poète.
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R.G. : Dès qu’il met le pied sur le sol bourbonnais, Gustave Oelsner-Monmerqué déborde d’activité…
M.T : En effet, à peine quinze jours après son arrivée, le 29 septembre 1842 il signe son premier éditorial en tant que rédacteur en chef de la « Feuille hebdomadaire de l’île Bourbon », ce qui rend plausible la thèse suivant laquelle il disposait de certaines relations influentes. Sa collaboration au journal durera jusqu’en janvier 1844.
Le 8 mai 1843 il devient professeur d’histoire au Collège Royal. Puis se rendant compte de la nécessité que les élèves de Bourbon puissent suivre des cours de philosophie afin de passer leur baccalauréat, il milite pour la création d’une chaire de philosophie qui lui sera confiée. Parallèlement à ces activités il deviendra l’un des secrétaires du Conseil colonial et créera l’Institut colonial qui doit « seconder le progrès industriel et moral de la population de couleur ». Faute de soutien local et métropolitain, cet établissement sera un échec.
R.G. : C’est un homme jeune, fougueux, instruit, aux idées ouvertes qui tombe dans un milieu colonial, étriqué et autoritaire. Les choses n’ont pas dû être faciles pour lui. Il a certainement déplu à pas mal de monde. Il a dû être critiqué, d’autant plus qu’il venait de l’extérieur et qu’il était Allemand.
M.T. : Vous avez raison quant à ses difficultés dans un milieu fermé, mais je n’ai vu nulle part que sa germanitude lui ait posé problème. On ne peut d’ailleurs pas parler de sentiment anti-allemand au milieu du XIXème siècle. En outre il était certes de père allemand, mais ce fait n’était pas très connu et on l’appelait couramment Mr de Monmerqué…En fait il était Franco-Allemand et possédait parfaitement les deux langues…
Ce qui a le plus posé problème c’est qu’il ne partageait pas les opinions majoritaires des Bourbonnais. Il était, en particulier dans la « Feuille hebdomadaire de l’île Bourbon » obligé d’avancer avec beaucoup de prudence. Mais ce qu’il écrivait, même modéré, était déjà trop osé pour les Bourbonnais du haut du pavé.
Dans ce monde insulaire, conservateur et fermé il a beaucoup souffert de l’isolement. Peut-être est-ce la raison pour laquelle il a épousé une Créole, pour « entrer dans une coterie » et se faire ainsi mieux accepter. Mais cette Créole était propriétaire de dix-huit esclaves ce qui le mettait dans une situation fausse, même si le contrat de mariage stipule que ce sont ses esclaves à elle. Trois mois après son mariage (3) il quitte Bourbon et le professorat pour « régler des affaires personnelles en France ». Ce départ est considéré par sa hiérarchie, comme un abandon de poste.
Le poste de proviseur du Collège Royal devenant vacant pendant son séjour à Paris, Oelsner-Monmerqué se porte candidat avec l’intention de réformer l’établissement. Après un certain nombre de péripéties il est nommé à ce poste par le ministre de la Marine et des Colonies, mais renonce finalement à l’occuper étant donné que ses ennemis à Bourbon sont trop puissants et qu’il n’aura pas, dans son action, les coudées franches et l’appui total du ministère.

De l’île Bourbon à Berlin…(4ème de couverture).

De l’île Bourbon à Berlin…(4ème de couverture).

R.G : Dès lors que fait-il en Europe ?
M.T : Il « navigue » entre Berlin où il est employé aux Affaires maritimes, la France et… le Brésil. Il écrit des articles et fait des conférences à la Société de Géographie de Berlin sur Bourbon, les Comores et Madagascar, publie en allemand, fin 1847 son roman « Noirs et Blancs. Esquisses de Bourbon ». En 1848 il donne une conférence sur l’homme bourbonnais, intitulée « Der Kreole »….
Après des missions diplomatiques à Paris, en 1848 et 1849, pour le compte de la Prusse et du Pouvoir central provisoire de Francfort, il devient le correspondant du « Journal des débats » pour l’Allemagne. Il est ensuite nommé vice-consul de France au Brésil en1852 d’où il revient gravement malade et meurt en 1854 à Montpellier à l’âge de 39 ans !
Notes :
1) « Noirs et Blancs. Esquisses de Bourbon ».

2) Ce recueil de textes a été publié à l’Harmattan en 2008. Il contient en particulier sous le titre « L’expérience bourbonnaise » l’importante étude (P.23 à 188) de Marlène Tolède consacrée à Gustave Oelsner-Monmerqué.

3) Ce départ ressemble beaucoup à une fuite. Aucune explication plausible de cette séparation n’est donnée : ce n’est que plus tard qu’il sera fait allusion dans un journal autrichien au tempérament irascible (« jähzornig ») de la dame.
Nous remercions chaleureusement Marlène Tolède de l’interview qu’elle a bien voulu nous accorder concernant cette existence hors du commun. Dans un prochain article nous aurons l’occasion de revenir plus en détail sur le roman « Noirs et Blancs. Esquisses de Bourbon » de Gustave Oelsner-Monmerqué.

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Il y a 100 ans, c’était la Grande Guerre. Les Réunionnais ont vécu eux aussi les souffrances de cette 1ère grande guerre mondiale. Plus de 10 000 d’entre eux ont été engagés sur les fronts. Le sujet a été traité par l’historienne et docteure en histoire contemporaine, Rachel MNEMOSYNE-FEVRE dans sa thèse (1) intitulée « Les soldats réunionnais dans la Grande Guerre 14-18 » et soutenue à l’Université de La Réunion en 2006. Nous avons eu le plaisir de l’interroger pour dpr974 (2).

Entretien avec Rachel MNEMOSYNE-FEVRE

I-1. Dans quelles circonstances les hommes ont-ils été mobilisés en 1914 ?
R. M-F : A La Réunion, en 1914, on va apprendre la nouvelle de la mobilisation 2 jours après la mobilisation officielle métropolitaine du 3 août 1914. La patrie appelle et on répond à l’appel. Selon moi, l’élite réunionnaise était bien au courant de l’imminence de la guerre, puisque dès 1913 il y a pas mal de propagande dans les journaux contre les Allemands. Peut-être les idées sont-elles diffusées aussi dans les hauts, dans les coins reculés par le biais des églises et peut-être à l’école avec l’idée de revanche suite à la perte de l’Alsace/Lorraine.
Au moment où sonne la mobilisation, à la Réunion, on est à 170 000 habitants, dans une situation de paupérisme extrême. D’où des taux de recrutement qui sont très bas. On va s’en rendre compte en 1913 avec les conscriptions obligatoires. Quand les hommes arrivent dans les bureaux, c’est une des premières fois où on voit vraiment l’état de la population, puisqu’ils passent devant les médecins militaires. Un état physique difficile, dû notamment à la malnutrition, au paludisme endémique, à pas mal de maladies et à l’alcoolisme qui fait des ravages. Sur la classe 1913, il n’y a que 17% d’aptes, puis 54% d’aptes en moyenne à partir de 1915 avec l’application de la loi Dalbiez qui baisse les exigences physiques.
Pour l’appel de 1914, il y a énormément d’absents – à peu près 25% – parce qu’il y a un taux d’illettrisme important (proche de 80%). Pour pallier cela, il y a quelqu’un qui vient de la mairie sur la place publique prévenir, crier l’ordre de mobilisation. Il y a aussi le fait que, parmi les particularités de La Réunion, on a la conscription obligatoire à partir de 1913 seulement. Donc c’est très neuf. Il y a pas mal d’hommes qui doivent se demander « Est-ce que vraiment ça me concerne ? » puisqu’ils n’ont pas l’habitude de faire leur service militaire.
Et est-ce que l’ensemble de la population se sent concerné ? C’était la grande question de ma thèse. Une élite, oui. Il y a un élan patriotique qui est décrit dans les journaux et notamment par Charles Foucque dans ses mémoires de guerre (3). Il y a des volontaires qui se présentent, oui. Mais est-ce que cet élan est généralisé dans l’île ? Je n’en suis pas certaine…

Extrait d’un Livret individuel d’homme des troupes coloniales

Extrait d’un Livret individuel d’homme des troupes coloniales

I-2. Quelles ont été leurs affectations ? sur quels fronts ? dans quels régiments ?
R. M-F : 14 355 hommes sont partis, 10 094 sur les fronts métropolitains et d’Orient. Les Réunionnais arrivent vraiment sur les fronts en mars 1915. Tard, vu le temps de mobiliser. Ensuite ils vont sur Madagascar pour suivre une préparation militaire. Et ils font un mois de trajet entre La Réunion et Marseille. Ils vont être dispatchés dans différents régiments. Dans les régiments d’infanterie coloniaux, dans l’artillerie et à l’arrière dans les services auxiliaires. Ils ne formeront absolument pas de régiment spécial.
Ils sont affectés sur les fronts de l’Est. On va les voir sur Verdun, la 2ème Bataille de la Marne.
Ils vont être aussi beaucoup dans les Dardanelles sur le front d’Orient. En fait, les bataillons créoles sont principalement utilisés sur ce front pour une raison très simple. C’est qu’on pense qu’en Orient il fait moins froid, donc qu’ils résisteraient mieux – sauf que l’hiver 1915 a été un des hivers les plus froids -. Et on pensait surtout, vu le paludisme endémique à La Réunion, qu’ils seraient plus résistants que les troupes européennes en Orient, où il y avait un paludisme virulent.
Quand ils sont sur les fronts de l’Est, dès qu’il commence à faire vraiment froid, l’Etat-major est obligé de les retirer. On les met dans des camps de regroupement coloniaux dans le sud de la France : Bordeaux, Marseille, Saint Raphaël, etc. Et dès que c’est à nouveau supportable, on les renvoie sur les fronts. Ce n’est pas spécifique aux Réunionnais. On va faire la même chose avec tous les coloniaux qui sont sensibles au froid.

 Présence des Réunionnais sur les fronts Nord-Est. Source R. Mnémosyne-Fèvre

Présence des Réunionnais sur les fronts Nord-Est. Source R. Mnémosyne-Fèvre

I-3. Quelle réputation avaient-ils ? Comment se sont-ils comportés ?
R. M-F : Ça peut être un peu choquant. En fait, à ce moment là, l’armée avait classé les coloniaux par races (4) et en fonction de leurs compétences et de leurs capacités guerrières. Le top du top, c’étaient les Spahis avec leurs chevaux et les Tirailleurs sénégalais. Ceux-là étaient des troupes de choc. Et ils faisaient peur en plus. Les Réunionnais, éparpillés dans différents régiments, sont considérés par l’armée comme « n’étant pas une force de frappe ». Sauf qu’il y en a quand même pas mal qui ont été nommés et cités à l’ordre du bataillon pour actes de bravoure. Un homme reste un homme, une fois qu’il est face au danger, face à la guerre, qu’il soit Européen, Sénégalais, Réunionnais… On a 154 médailles qui ont été remises aux Réunionnais avec des citations. On a Roland Garros. Et on a d’autres héros de guerre qui ont fait acte de bravoure.
Maintenant, est-ce qu’ils ont participé aux mutineries de 1917 ? Je ne pourrais pas le dire. Je n’ai pas trouvé plus de 3 à 4 déserteurs. Par contre, c’est vrai qu’à partir de 1917, quand ils commencent à revenir à La Réunion pour des permissions, on voit se multiplier le nombre de demandes de sursis pour ne pas repartir. Cela montre aussi que, comme tout le monde, les Réunionnais vont avoir, je pense, ras le bol de la guerre. Il y en a assez !

Présence des Réunionnais sur le front d’Orient. Source R. Mnémosyne-Fèvre

Présence des Réunionnais sur le front d’Orient. Source R. Mnémosyne-Fèvre

I-4. Quelle était la vie des soldats au quotidien pendant la guerre ?

R. M-F : La vie au front va être la même pour tout le monde. Les tranchées, le froid, la boue, l’horreur, je ne vais pas m’éterniser là-dessus car on connaît déjà tout cela.
La seule différence, c’est qu’on va essayer pour les coloniaux et notamment pour les Réunionnais, quand c’est possible, de leur donner du riz. C’est ce que disait l’Etat-major. Je ne suis pas sûre que, sur le front, on leur fournisse à eux particulièrement du riz, mais, quand on arrive sur l’arrière, dans les camps d’hivernage, ce sera plutôt le cas.
Le quotidien, c’est aussi l’hôpital pour les blessés et les malades. Parce qu’il y en a quand même pas mal.
Ensuite, les hommes vont avoir aussi une vie à l’arrière du front. La très grande majorité des Réunionnais n’a jamais vu la France métropolitaine. Donc en fait, la guerre et l’arrière vont être l’occasion de découvrir ce monde et d’être au contact avec de nouvelles idées. Etre au contact avec les coloniaux quand ils sont dans les camps d’hivernage et être au contact aussi des métropolitains. Quand ils vont avoir des permissions courtes, ils vont pouvoir aller visiter – dans la mesure du possible – un petit peu la France. Il y en a qui vont rencontrer des marraines de guerre avec qui ils vont garder des contacts même bien après. Et puis certains vont trouver leur femme.

I-5. Que peut-on dire des lettres et cartes échangées avec les familles ?
R. M-F : Des cartes postales sont envoyées. Cela permet aux familles de « voyager avec le soldat » – si on peut dire -. Les lettres vont rassurer. Les soldats vont demander des nouvelles de la famille, se projeter, sortir de la guerre. Ça remonte le moral. De leur côté, ceux qui sont à La Réunion envoient non seulement du courrier mais aussi des colis avec des petits pulls qui sont brodés, avec de la nourriture de La Réunion. Quand c’est possible. Je ne pense pas que tout le monde ait pu le faire. Pour les illettrés, la difficulté était de communiquer avec la famille ? En l’occurrence, des camarades écrivaient pour ceux-là et à La Réunion, sur place, on lisait pour la famille (5).
Les lettres permettent aussi aux Etats-majors de faire un bilan du moral des soldats. Il existe à ce moment-là au niveau de l’armée un contrôle postal. La censure militaire ne permet pas de parler des positionnements.

Carte postale/photo de soldats envoyée de Salonique (6)

Carte postale/photo de soldats envoyée de Salonique (6)

I-6. Que peut-on dire des permissions ?
R. M-F : Elles interviennent surtout en 1917. Parce que le service militaire obligatoire était de 3 ans. Le problème est que le Réunionnais qui part en permission est parti 3 mois (2 mois de bateau pour l’aller-retour et une permission de 25 jours). Avec des risques parce que tout le long du voyage, il y a des corsaires allemands. On est quand même dans une guerre maritime poussée. En Méditerranée, il y a des mines sous-marines. La Mer Rouge est un enjeu pour le contrôle de Suez, etc. En 1917, le Yarra, paquebot des messageries maritimes, a été coulé avec des créoles à bord. Il y a eu 600 disparus. Ce qui veut dire que, même en partant en permission, les soldats peuvent y rester. Donc les permissions vont être données avec parcimonie. Et en Métropole, elles sont courtes.

I-7. Quel bilan peut-on dresser à la fin de la guerre quant aux morts, survivants et retours ?
R. M-F : Il y a les morts pour la France – sur un champ de bataille – et il y a tous les autres disparus, morts de maladie, coulés notamment sur les bateaux, etc. J’en ai dénombré un peu plus de 1 600. Et en 1919, le Madonna ramène les soldats avec la grippe espagnole qui fait plus de 7 000 victimes que je mettrai sur le compte de la guerre. Là, pour le coup, ce sont des civils qui vont pâtir de la guerre.
Pour le retour, on ne peut pas démobiliser tous les hommes d’un coup. On attend qu’il y ait plein de marchandises sur les bateaux pour les ramener. Quelques-uns ne reviennent pas parce qu’ils ne sont pas plus mal « là-bas ».
Les derniers soldats réunionnais rentrent en 1921. Ce qui s’explique facilement. Si ils ont été mobilisés en 18, il faut qu’ils aient fait leurs 3 ans de service obligatoire. Sur la période de 1918 à 21, ils vont en fait garder la zone récupérée dans l’Est de la France, le Bassin de la Ruhr en Allemagne. Ils vont, avec les autres troupes coloniales, s’occuper de la reconstruction de la France.
Des survivants revenus dans l’île, quelques uns se sont retrouvés gazés, estropiés. Sans doute pas la majorité. Il y aura pas mal de blessés. Normalement, les soldats avaient droit à une indemnité de guerre (2).

Avec tous nos remerciements à Rachel MNEMOSYNE-FEVRE pour cet entretien riche et chaleureux et pour les cartes des fronts qui accompagnent cet article.

Entretien réalisé pour dpr par Marie-Claude DAVID FONTAINE

1. Thèse dirigée par les professeurs Yvan Combeau de l’Université de La Réunion et Jules Maurin de l’Université de Montpellier.
2. Nous vous invitons à lire prochainement la suite de l’entretien dans l’article annexe portant sur La Réunion pendant la guerre 14-18 et le souvenir de la Grande Guerre.
3. Charles Foucque, Quelques notes et souvenirs, 1914-18, éd. Paoli et fils, 1931, Tananarive.
4. Terme discutable à replacer dans l’idéologie coloniale de l’époque.
5. Certaines lettres écrites par les soldats eux-mêmes sont de remarquables témoignages sur cette guerre.
6. En ce qui concerne les illustrations :
Les cartes des fronts sont de Rachel Mnémosyne-Fèvre.
Les photos 1 et 4 sont de Marc David. Les documents étant de la collection de Marie-Annie Fontaine que nous remercions. Le livret individuel d’homme de troupe coloniale indique que le soldat Irénée Fontaine (à gauche) a été en France, en Allemagne et en Orient.

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La maison Larée et sa varangue (Saint-Louis , La Réunion)

« Varangue », d’où nous vient ce mot étrange ?  L’esprit  se laisse aller, vagabonde, imagine Pondichéry, Goa, Chandernagor…

Qui donc a eu en premier l’idée de monter varangue sur la terre de La Réunion ? Son nom a  depuis longtemps disparu, englouti dans le « fénoir » (1)  mais, aujourd’hui encore, sous la varangue, la lumière entre à flots. La verdure déborde. On croirait être à l’extérieur…

… Certes…mais sous la varangue, on peut aussi se protéger du soleil, s’abriter de la pluie ; on est donc à l’intérieur !… Pas vraiment…C’est comme si l’on était à l’intérieur !

À la fois au dedans et au dehors : l’on est sous la varangue !

Observez à présent comment la varangue fait la fière, prend la pose, fait des manières. Cela ne l’empêche pourtant pas, en  vraie varangue qu’elle est, de vous accueillir dans ses fauteuils de rotin, d’être  d’accord pour que l’on vous serve une tasse de café ou pour vous laisser faire la sieste dans la touffeur du mois  de janvier.

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Sous la varangue…

C’est là que grand-père jouait aux cartes, c’est là qu’il lançait à la cantonade toutes sortes de sirandanes (2) pour mettre à l’épreuve l’imagination des enfants. C’est encore là qu’il racontait des histoires à mourir de peur, à mourir de rire, les histoires de Ti-jean défiant grand Diable à la fesse en or….Cela fait bientôt trente ans que grand-père s’en est allé vers d’autres cieux, mais son fauteuil-pliant est toujours là qui l’attend, au cas où il lui prendrait envie de revenir.

À la brune les amis débarquent : les bonbons-piment poiquent les lèvres (3), les premières pistaches (4) en appellent d’autres, le rhum arrangé délie les langues. Par delà le barreau (5), de l’autre côté de l’océan, loin là-bas, la misère, la violence, la guerre : la terre tourne de travers !

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Maison Drouhet (Fond de la rivière Saint-Denis) avant le passage des vandales.

A présent la nuit tombe… Vous qui passez dans la rue, hâtez le pas !… Ne  faites surtout pas de bruit, les enfants ! L’affaire est sérieuse !

Avec quelques amis, sous la varangue, laissez nous refaire le monde !

Robert Gauvin

Adapté du créole réunionnais (extrait de « La Rényon dann kër », UDIR 2007)

Notes :

(1) Le fénoir : la nuit, les ténèbres.

(2) La sirandane, le kosa-in-shoz : la devinette.

(3) poikent : brûlent.

(4) Les pistaches : les cacahuètes

(5) Le barreau : le portail.

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Inspirés des décors en fonte de fer ou en bois découpés alors à la mode dans les villes de villégiature européennes, les lambrequins font leur apparition dans l’île fin du 19ème siècle – début du 20ème siècle. Il est devenu au fil du temps un élément original de l’architecture réunionnaise.

Définition

Le lambrequin, « lambroquin » ou encore « dentelle la case » est un ornement découpé et souvent ajouré, en bois, en tôle ou aujourd’hui en plastique, apparaissant en bordure des toits et des auvents et à l’entrée des varangues. C’est souvent par la présence de ces frises décoratives que l’on désigne hâtivement la case traditionnelle.

Lambrequins (détails)

Lambrequins (détails)

Un style européen

Déjà au Moyen âge, les lambrequins désignaient des lambeaux d’étoffes (motif ornemental) stylisés attachés au casque du combattant médiéval. Il devient à partir de la Renaissance un élément très décoratif.

Au 19ème siècle, le lambrequin trouve sa place en bordure de toit des maisons. Plus élaboré en architecture, il conserve sa fonction décorative et devient à la mode en Europe, puis partout dans le monde. En France, en Autriche, en Espagne, en Inde, entre autres, de nombreuses cases se voient décorées de ces frises dont les formes s’inspirent du végétal, du style art déco ou de l’architecture victorienne.

Le lambrequin à la Réunion : fruit des artisans locaux

A la fin du 19ème siècle, mais plus probablement encore dans la première moitié du 20ème siècle, le style « lambrequins » se propage également sur l’île Bourbon. On en trouve encore aujourd’hui sur les petites et grandes cases traditionnelles.

Tout naturellement, c’est par la mer que les premiers lambrequins arrivent à la Réunion (aucun autre moyen de transport n’existait !). Toutefois, contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les charpentiers de marine qui les ont fabriqués et introduits dans l’architecture réunionnaise. Cet amalgame provient certainement de la supposée présence du décor sur les varangues des navires.

En réalité, ce sont les artisans locaux (ferblantiers et menuisiers), qui grâce à leur savoir faire et leur abondante créativité, vont développer un riche répertoire de lambrequins sur l’île. Ils deviendront ainsi un élément significatif de l’architecture réunionnaise.

Fonction décorative et utilitaire

Contribuant à introduire une note de fantaisie dans les maisons créoles, les lambrequins dessinent sur la façade des ombres dont la forme évolue avec l’inclinaison du soleil. Leur réalisation suit la fantaisie des artisans et les exigences du propriétaire : plus riches sur le devant des maisons, ils sont souvent plus modestes sur les côtés. La beauté et la finesse de l’ouvrage reflétaient à l’époque la fortune et le rang du propriétaire. Joindre l’utile à l’agréable, cette notion s’applique aussi à ce décor : lorsqu’il n’y a pas de vent, les lambrequins servent à canaliser l’eau de pluie afin de protéger la façade de l´humidité. Ils jouent en quelque sorte le rôle des gouttières actuelles.

 

Case Repiquet (rue de Paris)

Case Repiquet (rue de Paris)

Une tradition qui perdure et évolue

Les évolutions technologiques (pose de vitrages extérieurs ou de volets roulants) en ont fait disparaître un certain nombre, mais beaucoup sont encore en place. Aujourd’hui, les lambrequins sont encore fabriqués par une poignée d’artisans. Si les formes sont restés les mêmes, les modes de fabrication ont complètement changé : la scie sauteuse a remplacé les outils traditionnels, le bois et la tôle ont laissé place au PVC, plus facile d’entretien.

Pour autant, les Réunionnais restent très attachés à ce décor traditionnel. Beaucoup d’entre eux choisissent d’habiller leur maison de lambrequins. Une manière, selon eux, de faire revivre les cases lontan.

Guétali à Hell-bourg

Guétali à Hell-bourg

 

Le Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement  est gratuitement à votre disposition pour vous informer. Pour prendre rendez-vous avec l’un de ses architectes-conseillers, téléphonez au 0262 21.60.86.

 

Avec les remerciements de DPR974 au CAUE ( http://www.caue974.com/ )

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