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Archive for septembre 2019


          Zot i ansouvien, kan nou té marmay, koman nou té koup par santié dann bitassion Méssié Fénouss ? Nou té amuz pa pou kass son kann-Bonbon ; nou té fé le vif pou shaboul kou d’galé son mang-drajé. In zié té i vol mang, lot zié té i vèy si gardien té vien pa…La pèr té sér le vantr, mé lanvi té tro for, lèrk nou lavé diz an.

Zot i rapèl ankor, lané nout kinz an, kan nou té sar kass zambrozad par koté la rivière ? Le kèr té i kongn dann do, la jamb té i  tranm, lèrk nou té rod kosté sanm inn ti manmzel  bien pommé. Ah ! Bordaj la rivière ousak le zié lamour la komanss rouvèr !

Apréla nou la suiv in kantité shemin-kass-kontour : nou té toujour a dmandé kosa navé par déryér tournan-la, kèl kaskad delo-d’arjan, kèl plato-dé-flèr té i atann anou ? Mé plu souvandéfoi, déryér premié tournan navé arienk in ot tournan kashièt…Parèy dan la vi…Inn vi nou té kroi konprann : nou lavé 20 an !

Depusa le tan la passé ; défoi la pente té rèd, réspirassion té i mank, galé té i déboul sou nout pié ; nou té avanss  piang-an-piang, mésoman nou la gingn ariv  o bout. Là, anlér piton, nu gingn woir par dann fon nout péi an kado devan nou èk tout shemin nou la fine traversé. Le zié i brul, le kèr i gonf, fierté èk regré melanjé.

Shemin La Rényon, shemin nout péi…Sa la amont anou koman i lé la vi !

Robert Gauvin.               

la Rényon dann kèr

LES SENTIERS DE DÉCOUVERTE

 

Vous souvenez-vous du temps de notre enfance, quand nous prenions des raccourcis à travers les champs de Monsieur Fénousse ? Nous avions vite fait de chaparder une ou deux cannes bonbon. En moins de deux, à coups de galets, nous faisions aussi tomber ses mangues dragées. D’un œil on volait des mangues ; l’autre oeil servait à monter la garde au cas où un gardien arriverait…La peur nous serrait le ventre, mais l’envie était trop forte quand nous avions dix ans.

Vous rappelez-vous encore l’année de nos quinze ans quand nous allions cueillir des jameroses au bord de la rivière ? Le cœur battait à tout rompre, la jambe flageolait quand on essayait d’aborder une demoiselle bien pommée. Ah ! Les bords de rivière où, pour la première fois, les yeux de l’amour se sont ouverts !

Par la suite nous avons emprunté de nombreux chemins aux multiples lacets : nous en étions toujours à nous demander, quelle cascade argentée, quel « Plateau des Fleurs » nous attendait encore. Mais la plupart du temps, derrière le premier tournant, ne se cachait qu’un autre tournant, comme dans la vie…Une vie que nous pensions comprendre : nous n’avions alors que 20 ans !

Depuis lors le temps a passé ; parfois la pente était raide, le souffle venait à manquer, nous sentions les galets se dérober sous nos pieds. Nous avancions tant bien que mal, mais nous sommes malgré tout, arrivés au bout. Là, du haut du piton, nous pouvions découvrir notre pays, offert à nos regards, avec tous les chemins que nous avions parcourus. Nos yeux brûlaient, notre cœur se gonflait, fierté et regrets mélangés.

Sentiers de La Réunion, sentiers de notre pays, vous nous avez appris à connaître la vie !

Traduction : R. Gauvin et H. Payet

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Aou Bondië,

La pa ou-minm

La rantr architèk pou aranj Luniver ?

La pa ou-minm la-niabou démay

Tout sak, premié débu, té anmayé ansanm an dézord ?

La gingn sépar la tér èk la mér,

Le jour èk la nuite ?

La pa ou-minm la invant solèy ?…

(Photo Marc David)

Alorss trouv pa drol,

Si jordi mi domann aou in grin la lumièr

Srèss in mti klerté,

Pou moin konprann ousak mi lé,

Pou devine, dann fénoir, mon shemin,

Kan sréti in mti santié koudkongn,

Provik obout mi apersoi,

In Koin Trankil, in Bassin la Pé !

 

Parss la, toudbon, zafér lé sérië ;

Ogard ou-minm laba Manhattan :

D’anlèr le sièl in lavalass defë

La likid demoun par milié.

Par koté Jérusalem, linsandi lé pankor paré pou tinn ;

Déryér la montagn Kaboul nüaj la guér l’apo antassé

Minm si na pü tro gran shoz pou krazé.

(Photo Marc David)

Shak koté i prétan,

Sa in batay rant le Bien èk le Mal :

Le Bien lé dan zot kan, par lot koté le Mal.

Shak koté i avanss san tranblé :

Zot lé sür-é-sertin, azot zanfan Bondië,

Anfass la rass le diab ;

Shak koté i doute pa : Bondië lé avèk zot !

Kër klér, pou Bondië, zot lé paré pou tué,

Pou Bondië, kër klér, zot lé paré pou mor.

 

Bondië ! Ou i antann amoin là ?

Dieu, Allah, Yahweh, Vishnou,

Aou minm mi koz !

Ou té pa pou la pé, ou ? Ou té pa pou la vi ?…

Bann-la le fou, la tête la bloké !

Ou va lèss azot ankor lontan anserv out nom

Pou anbrouy léspri demoun ?

Pou fé pète la guèr ?

Pou fé gingn la mor ?

 

Di in mo, fé in jèss !…

Amont anou out shemin galizé,

Amont anou koman i fo fèr,

Pou k’nu gingn viv

An frér…                                                                                    Robert Gauvin.

 

 

 

 

 

A propos du poème :          « BONDIË LA PA OU LOTËR ? »

 

 

C’est le titre du poème final du recueil La Rényon dann kër de Robert Gauvin, que nous vous invitons à relire dans le désordre du monde d’aujourd’ui.

En effet, il nous faut bien constater que ni les armes, ni la violence, ni l’exclusion de l’autre – celui qui de soi diffère par son identité ou ses croyances –, ni les velléités d’impérialisme et la volonté de puissance ne se sont tues depuis la parution de ce poème en 2007 après la tragédie du 11 septembre et l’effondrement des tours de Manhattan. Guerres, exécutions, mutilations ou exils accablent toujours les hommes, hélas.

 

Alors, quand le monde s’ébranle, on voudrait retrouver le chemin de l’humanité. Mais sur qui compter ? Qui appeler au secours ? De qui attendre raison, soulagement ou compassion pour les malheurs du temps ?

 

C’est la grande question posée par ce poème en vers libres, avec les mots et les images qui sont les armes d’un poète dont la plume audacieuse semble osciller entre apostrophe, humilité ou colère, supplique, scepticisme ou accusation, voire mise en demeure de Dieu. Ce qu’on peut lire à bien des signes du texte, parmi lesquels la récurrence des formes interrogatives présentes dès le titre : Bondië, la p’aou lotër ?

 

Si l’apostrophe à ce Bondië peut paraître vive et caustique, dès même les premiers vers, qui font écho à la Génèse, peut-être est-ce en vertu de la toute puissance de ce dieu, considéré tel l’architecte de l’univers et cependant impuissant au regard des fléaux qui affligent le monde actuel. De quoi susciter une angoisse métaphysique, exaspérée chez le poète, par la pensée que, dans ce monde, on attise la haine de l’autre et la violence des conflits au nom même de Dieu, lequel devient alors la mesure du « Bien » et du « Mal », dans le combat qui oppose les « zanfan Bondiëu » à « la rass le diab ». Voilà qui fait enfler la voix de l’écrivain qui en vient à interpeller nommément « Bondiëu, DIEU, ALLAH, YAHWEH, VISHNOU ». Voilà aussi qui donne une portée nouvelle à la question de la responsabilité et de la toute puissance de Dieu, quand cette dernière passe par les mains des hommes qui prétendent agir en son nom : « Ou va less azot ankor lontan ansèrv out nom ? »

 

Sur ce point cependant, le poème ne lève pas les ambiguités. Mettre Dieu sur la sellette, le mettre en demeure de répondre de la folie des hommes qui le trahissent et lui refuser toute parole en suspendant le verbe divin, c’est renvoyer à un non-dit du texte. Poser la question Bondië, la p’aou lotër ?– le responsable – c’est à la fois laisser penser qu’il pourrait l’être mais aussi, peut-être, ne pas l’être. Alors, si « la p’aou loter », Bondië, qui donc le serait ? Serait-ce nous, les hommes, dont ces « zot », ceux-là qui sont évoqués dans le poème, tous emportés par la folie et l’inconscience ? A défaut de réponse, une seule voie s’impose esquissée par la voix même du poète, sur un ton plus humble et suppliant : l’espérance d’un monde plus fraternel, dans lequel « viv an frèr ».

 

Finalement, ce poème, qui donne à lire beaucoup de questions sans réponses, laisse à chacun une part de liberté pour interpréter les mots comme pièce à charge ou à décharge contre un Dieu dont le texte souligne ou le mutisme ou l’indifférence, ou l’impuissance, ou les manipulations qu’en font les hommes. Ce qui laisse ouverte la porte à la question même de son essence, voire de son existence.

 

Il y a donc à une belle pluralité de sens qui peut toucher ou heurter selon la force, la faiblesse ou l’absence des convictions religieuses de chaque lecteur. Peut-être, peut-il affecter certains d’entre nous, Réunionnais, de manière plus particulière par son caractère iconoclaste, ou par la force du dialogue intime noué avec Dieu, au vu des relations que nombre de Réunionnais entretiennent avec le Bondië, ou tel des dieux ou saints vénérés dans notre île.

Au-delà des sens ouverts par ce poème, il convient de rappeler qu’au terme de l’œuvre, ce texte met un point final à la section « Kan la kolér i lèv », dans laquelle Robert Gauvin interroge les maux d’une société réunionnaise aux miroirs trompeurs. Ainsi, entre l’intime et les manières d’être et de vivre d’une société créole affectée par la modernité, ce recueil s’inscrit-il dans une dimension plus large en reliant notre île au monde.

 

Marie-Claude DAVID FONTAINE

 

 

SEIGNEUR DIEU, QUI DONC EST RESPONSABLE ?…(1)

 

Dieu,

N’es-tu pas celui

Qui  s’est fait architecte

Pour mettre de l’ordre dans l’univers ?

N’es-tu pas celui qui a réussi à démêler

Le chaos originel ?

Celui qui a séparé la terre de la mer,

Le jour de la nuit ?

N’es-tu pas celui qui a fait naître le soleil ?…

 

Alors, ne t’étonne pas,

Si aujourd’hui je te demande un rien de lumière

– Ne serait-ce qu’un soupçon de clarté –

Qui me permette de me repérer,

De deviner dans l’obscurité mon chemin

– Même si ce n’était qu’un sentier coups-de-cognes- (2)

Pourvu  que j’aperçoive au loin

Un Coin Tranquille, un Bassin La Paix ! (3)

 

Car, à la vérité, la situation est grave :

Regarde toi-même vers Manhattan :

Du haut du ciel, un déluge  de feu

A liquidé des vies humaines par milliers.

Proche de Jérusalem l’incendie n’est pas près de s’éteindre,

Derrière les montagnes de Kaboul

Les nuages de guerre continuent à s’amasser,

Même s’il ne reste plus grand’ chose à écraser.

 

Chaque camp prétend

Qu’il s’agit d’une lutte entre le Bien et le Mal.

De ce côté-ci le Bien, de l’autre le Mal.

Des deux côtés on avance sans trembler :

Tous sont sûrs et certains d’être les enfants de Dieu

Face à l’engeance du Mal.

Le doute n’effleure aucun des deux camps : Dieu est avec eux !

Le cœur serein, pour Dieu, ils sont prêts à tuer,

Pour Dieu, le cœur serein, ils sont prêts à mourir.

 

Seigneur Dieu, m’entends-tu ?

DIEU, ALLAH, YAWEH, VISHNOU…

C’est à toi que je parle !

Ne voulais–tu pas la paix ?

Ne défendais-tu pas la vie ?

Ces gens ont perdu la raison!

Ils sont devenus fous furieux !…

Les laisseras-tu encore longtemps se servir de ton nom

Pour  semer la confusion dans l’esprit des Hommes,

Pour faire éclater la guerre ?

Pour faire triompher la mort ?

 

Dis un mot ! Fais un geste ! Indique nous le droit chemin !

Montre-nous ce qu’il faut faire,

Pour que nous puissions vivre

En frères !

 

                                                                                           Traduction DPR974.

  • Le texte et le titre en créole datent de 2007, une époque où l’auteur était sous le coup de l’émotion et de l’indignation suscitées par les attentats du 11 septembre. La traduction en français (faite en 2019) témoigne de son évolution, même si la situation mondiale ne s’est guère améliorée…
  • – Sentier coups-de-cognes : sentier parsemé de cailloux auxquels se heurtent les pieds nus.
  •  Lieux-dits de La Réunion aux noms évocateurs.

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