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On dit souvent que « la cabane d’un charbonnier est son château ».  Que dire alors de la case d’un Réunionnais ?… Car on n’entre pas sans crier gare dans cette case-là : avant d’entrer dans la case il faudra d’abord franchir l’allée… que garde  le barreau. Un barreau ce n’est pas une quelconque  barrière…C’est à vrai dire une frontière. Que dis-je ? C’est un symbole ; mieux encore… quelque chose de sacré !

Ne faites surtout pas comme ces ignorants, ces êtres frustes qui n’ont pas été touchés par la grâce de la  civilisation, ces gens qui viennent de derrière le soleil ! Ces personnes dépourvues de tout savoir-vivre, ouvrent le barreau, pénètrent dans le cour, longent la maison, s’avancent, s’avancent encore, s’avancent toujours…Mais grands Dieux, jusqu’où iront-ils ? Ils vont finir par entrer dans la cuisine ! Et pourquoi pas dans la chambre  tout à l’heure? Halte-là! Arrière ver de terre !… Tout bon Réunionnais vous dira qu’une personne bien élevée doit rester plantée devant le barreau et se mettre à appeler, à appeler encore, à appeler toujours…Elle criera une fois, deux fois , vingt fois s’il le faut :

« Na poin persone ? »

« Na poin persone? »

« Na d’moune ? »

Appelez de toutes vos forces, criez sur les toits si cela vous chante, distendez vous les cordes vocales si vous le voulez, mais de grâce, n’ouvrez pas ce barreau ! N’y touchez pas!…Un barreau, cela commande le respect….Il arrive des fois, par coup de chance, qu’un chien dérangé dans son sommeil se mette à aboyer ; quelqu’un sortira alors de la maison, viendra à votre rencontre. Si vous êtes un démarcheur ou un oiseau de malheur : bonjour, bonsoir, bien vite le barreau se refermera. Mais si vous êtes un petit cousin au… vingtième degré, si vous êtes l’ami d’un ami d’un ami, si vous êtes « quelqu’un comme il faut »,  alors on vous recevra, les bras, le cœur, le barreau grands ouverts.

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D’aucuns nous accusent d’être des passéistes, des rétrogrades, des égoïstes arc-boutés sur leurs privilèges, nous qui voulons défendre le patrimoine architectural réunionnais ? C’est assurément une manière un peu simpliste sinon caricaturale de voir les choses, car pour nous, défendre  le patrimoine, c’est prendre le parti de ce qui fait la beauté, l’originalité de nos villes et qui est bien menacé ; nous voulons par exemple dans la zone patrimoniale de Saint-Denis, œuvrer à la restauration d’un « quartier créole » comme on parle du « Carré français » de la Nouvelle-Orléans. Nous pourrions pour cela nous inspirer de ce que des villes et villages du monde entier, en France, en Allemagne, en Italie ont su faire ; nous pourrions restaurer nos cases créoles avec leurs varangues, leurs barreaux, leurs jardins, leurs guétalis, leurs fontaines ? Ne serait-ce pas là une belle contribution au patrimoine de l’humanité ?

Défendre notre patrimoine, c’est  aussi, bien sûr, un moyen de connaître notre histoire et ceux qui nous ont précédés : la case créole, par exemple, révèle bien des choses sur les relations sociales, sur un certain art de vivre, sur la capacité de s’adapter au climat, sur le sens  esthétique  de ceux qui avaient les moyens d’en faire construire une, mais la case créole est aussi la preuve vivante du  génie de nos artisans, de nos charpentiers, bardeautiers, tailleurs de pierre. L’architecture créole est le patrimoine commun de tous les Réunionnais.

(Il est à ce sujet une idée propagée par certains, qui nous paraît complètement stupide en ce 21ème siècle, qui tenterait de dresser les uns contre les autres le peuple et les nantis, les « gros-blancs » contre les « ti-métis » et vice-versa . Que répondre à ceux-là ? D’abord que les cases créoles appartiennent aujourd’hui à des gens qui sont loin d’être des nantis du sucre et de l’import-export et les « grands blancs » qui les possèdent ont souvent toutes les couleurs de notre arc-en-ciel créole. En outre, lorsqu’un promoteur fait table rase d’une maison créole, il a encore plus vite fait de renverser à coup de bulldozer les longères (1) en moellons qui abritaient la vie de tout un peuple modeste. Bref c’est l’histoire de tous les Réunionnais qui disparaît.)

Ce qui reste de la longère de la maison De Palmas.

La défense du patrimoine architectural va également pour nous dans le sens de l’économie de notre île. Quel intérêt aurait le touriste à visiter un Saint-Denis privé de ses cases créoles, une ville ressemblant à s’y méprendre à une quelconque banlieue impersonnelle comme il en  est tant de par le monde ? Cet intérêt serait bien mince assurément ! Ce que les touristes recherchent dans une ville, c’est ce qui fait son charme, son originalité, ce qui les fait rêver. Nombre de villes ont su en tirer profit matériel dans le Périgord, au Pays basque, en Corse, en Alsace et ailleurs… Elles ont compris en effet, comme l’a si bien dit John Ruskin,  que  le rôle de«  l’architecture  d’une ville est d’émouvoir et non d’offrir un simple service au corps de l’homme » (2)

Passéistes nous ? Autant nos villes feraient bien de respecter leur patrimoine, autant elles auraient intérêt à se lancer dans une architecture d’avant-garde, quand les lieux s’y prêtent : pourquoi ne pas aborder une opération comme celle du Pôle Océan en faisant preuve d’audace ? Il faut en finir avec le médiocre et l’étriqué : il est des villes comme Sydney dont le seul nom fait surgir l’image de son opéra, vaisseau cinglant toutes voiles dehors. Saint-Denis n’est pas Sydney ni Dubaï, sans doute! Mais il faut ouvrir un concours d’architecture au niveau international et prendre le meilleur projet, car la ville de  Saint-Denis a besoin d’une image de marque, d’une « figure de proue », d’un signal  fort qui la fasse  exister dans le réel et dans l’imaginaire collectif. Le maire de Saint-Denis s’honorerait en voyant grand et laisserait son nom et son œuvre à la postérité. Il créerait ainsi le patrimoine de l’avenir.

R-D.G.

(1) Bâtiments de forme basse et allongée situés au fond des cours.

(2) Il y a effectivement une urgence cruciale, c’est de loger décemment des milliers de familles réunionnaises, mais à notre connaissance ce n’est pas le souci premier des promoteurs en centre ville ; il serait d’ailleurs particulièrement instructif de connaître le prix d’un F2 dans une construction  comme celle projetée au 157 rue Juliette Dodu.

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Alphonse Allais, écrivain et humoriste célèbre, était passé maître en l’art de la formule à la logique imparable : constatant que l’air des villes était pollué alors que l’air de la campagne était pur et vivifiant, il avait fort justement proposé que l’on construisît les villes à la campagne !

Nos édiles dionysiens, au premier rang desquels notre délégué à l’urbanisme, ne veulent pas être en reste. Ils sont entrain de parvenir au même résultat et d’obtenir un air pur en faisant en sorte que la nature à son tour, entre dans la ville ; cette innovation révolutionnaire voit le jour en plein Saint-Denis, dans la rue Sainte-Anne ; elle s’opère là où se trouvent la maison Hugot et le terrain Bundervoet.

C’est là, en effet, sous nos yeux, que la nature reprend ses droits : la cour de la maison se transforme en riche pâturage, tandis que sur le terrain voisin, les cassis deviennent quasiment des arbres de haute futaie. Vue des airs la propriété Bundervoet ressemble à s’y méprendre à la canopée (1) de la forêt amazonienne.

Il va sans dire que dans un milieu naturel aussi favorable toute une faune, ailée ou non, à quatre pattes ou davantage se développe, se multiplie, prospère à loisir, entre autres les charmants moustiques zébrés du Chik ou de la dengue (dont se plaignent des voisins peu respectueux de la nature !) Une intéressante faune à deux pattes fréquente également ces lieux propices à des ébats de toutes sortes, picole, rigole et batifole, grimpe sur les toits et escalade les murs au mépris du danger.

Dans une telle expérience novatrice il se trouve toujours, hélas, des mauvais coucheurs ennemis du progrès, pour se plaindre de l’insécurité ou de l’insalubrité. Pour notre part nous ne pouvons qu’encourager la municipalité de Saint-Denis à tenir bon et à poursuivre son œuvre régénératrice de la nature à une époque où l’on déplore — à juste titre – la disparition de pans entiers de le forêt amazonienne et par suite la déperdition de la diversité biologique.

(1) Canopée: sommet de la forêt tropicale humide qui grouille de vie.

DPR974

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Il n’y a pas si longtemps, les filaos chantaient encore sur la route de l’Hermitage jusqu’au Trou d’eau, au moindre souffle de brise ; les branches s’inclinaient  au passage des enfants, comme pour leur caresser les cheveux.

Dans les jardins de la Saline le cardinal, rouge d’amour et de colère,  donnait la chasse aux oiseaux qui se risquaient trop près de son nid ; au loin, par delà les raisins de mer, l’océan jouait à cache-cache ; une seconde durant, on entrevoyait entre deux lataniers, son mouvement bleu frangé d’écume. Et soudain, alors qu’on s’y attendait le moins, l’horizon s’ouvrait en grand pour nous offrir le large, le rêve, la liberté.

C’en est fini de tout cela! Les jardins ont pour la plupart disparu ;  il n’y a plus guère de filaos ; on les a décimés. A leur place s’élèvent des murs si hauts, des murs si laids, des murs montés comme à dessein pour arrêter la vue, pour barrer la voie, pour exclure !

Mais pour quelle raison, grands dieux ? Peut-être a –t-on construit ces murs pour atténuer les bruits de la circulation, à moins que certains n’aient été gagnés par la tremblade à la seule idée de la délinquance… Quoiqu’il en soit, ces murs ont un langage, un langage qu’il est aisé de comprendre. Il disent à tous ceux qui passent :   «  Fichez le camp ! Dégagez ! Il n’y a rien à voir ! » Et de toute façon l’on n’a guère envie de rester, tant ces murs font mal aux yeux et chagrinent le cœur.

Mais franche vérité, ne serait-il pas  grand temps de mettre un terme à l’enlaidissement de notre île !  Ce ne devrait pas être permis de masquer ainsi le paysage ! La beauté de notre pays, il faut la respecter, il faut en prendre soin,  il faut la partager avec les autres. Si la beauté charme l’œil, elle rend aussi le cœur content. ; elle en arriverait presque à  nous faire faire la  paix avec nous-mêmes.

Traduit du créole par R. Gauvin.

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Je ne me hasarderai pas à prétendre définir ce qu’est le beau en architecture tant les goûts diffèrent ; je me contenterai simplement de constater qu’à Saint-Denis ou à Saint-Pierre ou ailleurs encore, il est fréquent de voir des touristes brandir leur appareil-photo pour garder le souvenir des cases créoles (1); cela correspond pour eux à l’image de ce qui est beau, de ce qui est original, de ce qui fait le charme de la Réunion.

Et nous Réunionnais, laisserions disparaître dans l’indifférence générale, pour le seul profit des promoteurs, ces témoins de notre histoire, ces cases auxquelles nous sommes profondément attachés ? Il n’en est pas question !

En pensant à elles nous reviennent en mémoire les vers du poète qui disait avec tant de justesse :

« Objets inanimés, avez vous donc une âme, Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? »

Il me semble évident que ceux qui ont la chance de posséder une case créole, ont le devoir de l’entretenir et de lui garder son charme. Et ils sont nombreux à le faire avec passion…Il serait d’ailleurs normal que les décideurs en matière politique et en matière architecturale veillent à la protection de ces maisons et viennent en aide aux propriétaires qui contribuent à l’entretien et à l’attrait de la ville. (Sinon, dites-moi, quel intérêt aurait pour le visiteur la ville de Saint-Denis sans ses cases créoles ?)

Les propriétaires de tels joyaux ont aussi un autre devoir, celui de partager cette beauté avec les passants, les touristes. Certes, chacun veut être en sécurité et il est de tradition que des murs épais protègent les jardins et les maisons créoles, mais une belle grille peut être tout aussi efficace et une haie de bougainvillées est souvent le meilleur argument contre des intrus.

La case créole est en définitive le patrimoine commun de tous les Réunionnais. Il nous revient à tous de la protéger.

R-D G

(1) Il semblerait que cela soit bien plus rare pour des immeubles modernes ! N’est-il pas ?

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UN PROMOTEUR AU DESSUS DES LOIS

ou l’affaire de la case De Palmas (suite).

Au 157 de la rue Juliette Dodu un chantier controversé est en cours ; Là se trouvait autrefois la maison De Palmas, une case créole qui a été démolie et qui aurait dû être reconstruite à l’identique. Dans cette affaire Mr Gauvin a fait valoir par l’intermédiaire de son avocat  que le permis de construire n’était pas conforme car la construction projetée ne possédait pas d’assainissement autonome; c’est en effet une obligation légale étant donné que la station d’épuration de Saint-Denis est saturée.

Par ordonnance prise le 28 avril 2010 le Tribunal Administratif de Saint-Denis prenait sa décision. Cette décision a été notifiée par lettre recommandée en date du 3 mai; elle est parvenue au plus tard le 5 mai  à Mr Roux (le constructeur-promoteur), à la Commune de Saint-Denis qui a délivré le permis de construire contesté et à Mr Gauvin le plaignant.

Le Tribunal Administratif stipulait que le permis de construire était suspendu, ce qui signifie en d’autres termes l’arrêt de la construction, en attendant « qu’il soit statué sur la requête à fin d’annulation ».

Voilà une décision on ne peut plus claire. Et que se passe-t-il dans les faits ? Depuis la notification de la décision les travaux continuent, continuent de plus belle. On dirait que les ouvriers du chantier redoublent d’énergie, qu’ils ont été incités à travailler plus vite, plus fort, plus longtemps. A croire qu’une véritable course contre la montre est engagée. Se pourrait-il que le concepteur-constructeur-promoteur escompte mettre la justice devant le fait accompli ?

En tant que citoyens respectueux des lois et des décisions de justice nous pouvons  pour le moins nous étonner de voir comment le concepteur-constructeur-promoteur peut s’asseoir de la sorte sur une décision de Justice, défier les lois de la République et se moquer de l’opinion publique.

Il s’agit ici d’un véritable scandale et l’on attend des responsables (dont la mairie de Saint-Denis) qu’ils fassent en sorte que les lois de la République s’appliquent aussi au 157 de la rue Juliette Dodu. Il faut à tout prix éviter que les justiciables ne perdent confiance en l’application de la justice et soient tentés de rechercher d’autres moyens de faire triompher leur bon droit.

Collectif pour la défense du Patrimoine.

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Abandonnée depuis dix ans, taggée, squattée, portant des marques de dégradations et d’incendie, elle a quand même fière allure cette maison du 6 de la rue Sainte-Anne, au cœur de Saint-Denis.

Il s’agit, vous l’avez reconnue, de la maison Hugot dont l’architecture, aux influences multiples, est tout à fait originale. Elle en impose par ses dimensions : 25m par 25 soit 625 mètres carrés au sol, par les colonnes de ses immenses varangues ouvertes du rez-de chaussée et de l’étage, par son patio, par son implantation au milieu d’un vaste jardin. Tout cela lui a valu d’être qualifiée par le Service Départemental d’Architecture d’«élément remarquable de l’architecture du 20ème siècle. »

Après la disparition de ses anciens propriétaires la maison fut mise en vente et un promoteur qui zieutait le terrain se désista quand il apprit que le bâtiment se trouvait dans le périmètre protégé de l’église de l’Immaculée et qu’il ne pourrait bétonner à tour de bras. De nombreux projets virent le jour qui ne se concretisèrent pas et le prix de la propriété baissa considérablement ; elle finit par trouver acquéreur en 2001 pour la somme de 7 millions de francs.

Depuis lors commença le long déclin de la maison ; en 2006 cependant le propriétaire annonça à Alain Dupuis, journaliste au Jir (1) son intention de l’aménager en bureaux, mais nous voilà en 2010 et rien n’a bougé. Dans l’état où elle se trouve la maison pose au voisinage des problèmes d’insécurité et d’insalubrité, d’autant plus qu’à l’ouest de la maison se trouve un terrain à l’abandon où l’on pourrait sans problème nourrir un troupeau de cabris.

Affaire à suivre…

Bref historique de la maison Hugot :

En 1937 Mr Emile Hugot achète une vieille maison créole appartenant aux demoiselles d’Epinay.

Il imagine lui-même les plans de la maison et du jardin en s’inspirant en particulier du château Labourdonnais à Maurice. La guerre 39-45 retarde la réalisation du projet auquel l’architecte Pierre Fonterne, venu de Madagascar, apportera son concours. La maison sera construite par l’entrepreneur Charles Isautier.

Après le décès des époux Hugot, la maison sera vendue en 2001 pour 7 millions de francs. Elle est depuis en quasi-abandon.

(1) cf. article JIR du 17 Novembre 2006 : » Nouvelle vie pour la maison Hugot ? »

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