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Archive for the ‘coup de gueule’ Category


Prenez le temps d’observer la manière dont les gens déambulent dans les rues de Saint-Denis !… Ils avancent de quelques pas, s’arrêtent un moment, contemplent les vitrines, échangent des plaisanteries, se mettent à rire. Ce sont des gens comme vous et moi. Mais supposons un instant que quelqu’un d’entre nous, s’asseye dans une auto, mette le contact, s’empare du volant et, immédiatement, il change du tout au tout. Il devient un être complètement différent ; il appartient désormais à la catégorie des « automobilistes ».

Pour certains d’entre eux, particulièrement les hommes, plus l’auto est imposante et mieux c’est. Plus le moteur est puissant et plus le conducteur se sent fort. Plus la marque du véhicule est réputée, plus l’homme qui la conduit prend de la valeur. Vous qui avancez cahin-caha, qui allez à pieds ou vous échinez sur un vélo, vous n’avez qu’à céder la place. Prenez garde! C’est un Monsieur qui passe… Sous le capot 300 chevaux de course piaffent d’impatience. Ils ne tiennent littéralement plus en place, s’apprêtent à foncer. L’homme appuie sur l’accélérateur, libère brusquement ses chevaux-vapeur. C’est à peine si les roues du véhicule touchent encore le sol. Le conducteur, lui aussi, plane.

Mais que se passe-t-il donc ? Là, devant lui un demeuré traîne sa carcasse… Il n’atteint même pas les 120 kilomètres à l’heure. Le conducteur colle alors à l’arrière–train de celui qui le précède. L’autre, sous pression, terrorisé, s’empresse de se ranger : « Il était temps que tu comprennes ! Et voici une petite queue de poisson pour t’apprendre à vivre ! » Et là-dessus il prend le large !

Mais que se passe-t-il encore ? Un embouteillage à présent ! Il ne manquait plus que cela. On ne me la fait pas à moi ! Il s’engage alors par le bas-côté sur un lit de gravillons. Arrivé au bout, il reste coincé. Il va se mettre alors à presser, à pousser, à forcer le passage. Il volera le tour s’il le faut, mais quoiqu’il puisse en coûter, il passera devant. Ah, vraiment grâces soient rendues à l’auto qui a révélé quel HOMME il était !

Son auto, il l’adore ; il la fait reluire. Il la bichonne, il la soigne bien mieux qu’un enfant : c’est pour lui son deuxième Bon Dieu. Mais pour ce nouveau Dieu il faut toujours de nouveaux sacrifices ; il faut de l’argent, en veux-tu, en voilà ; il faut aussi du sang : il ne se passe pas de jour sans qu’il y ait des victimes d’accidents… Ne serait il pas temps de revoir notre comportement ? Ne devrions-nous pas nous servir de nos deux jambes ou de prendre les transports en commun ? Et s’il nous faut, malgré tout, utiliser l’auto, au lieu d’agir comme ces « automobilistes », ne vaudrait-il pas mieux conduire nos voitures comme des êtres humains, dignes de ce nom ?

Adapté du créole réunionnais par DPR974.

Illustration Huguette PAYET

Illustration Huguette PAYET

IN NOUVO BONDIË

Pran la pène agard in kou demoun apo marsh dan la vil Sin-Dni !… I avanss in bout, i arèt in kou, i louk in tour dann vitrine, i kass la blag, i rir. Sa demoun konm nou-mèm. Mé di sëlman in moun konm nou-mèm i rant dann loto, i mèt kontak, i souk son volan dë min, toutsuit pou toutsuit lü shanj, lü vien in ot kalité demoun, sak i apèl « automobiliste ».

 

Pou désertin, bann bononm sürtou, plüss loto lé bel, plüss le méyër. Plüss motèr-là lé for, plüss le boug i san son kor. Plüss la mark loto lé rekonü é plüss sé lü k’ na la valër. Sak i avanss piang-an-piang, i tap a pat osinon i ral le kor desü békane, sort azot devan ! Tansion pangar, in Mëssië i pass… Sou son kapo 300 sheval-lékourss l’apo perd passians, i tienbo pü an plass, i rod pou rashé. Lü pèz sü laksélératër, lü larg la bann sheval-vapër. Toujüss si la rou i toush ankor atér. Alü osi anlér !

Mé kosasa ? Là, devan lü, in san-konprann l’apo trènn son kor : i ariv mêm pa 120 a l’ër ! Lü sé d’kol dann déryér le boug. L’ot, mank in pë, i gingn sézisman ; i fé le vif pou bord son karkass : « Toué la konpri, don ? Atann atoué, jüss in mti kë poisson pou aprann atoué la vi ! » Aprésa, filé ki di !

Mé kosa l’ariv ankor-là ? In lanboutéyaz astër ! Sa lé bon pou lézot, pa pou lü ; lü anbèk dann graviyon par la droite. Ariv o bout, na poin la plass pou passé ; va poussé, va forssé, va vol le tour, sof koman-koman, va niabou koup devan !

Ah poudbon, granmersi loto, lü st’in Onm !

Son loto-là, lü ador sa ; lü fé briy sa, lü aranj sa vèy pa koman, lü soign sa mië k’in zanfan : sa son déziènm Bondië. Soman pou Bondië nouvo-là, sakrifiss i anfini pü ; i fo larjan an pounndiak ; i fo le san osi : touléjour demoun i mor dann laksidan… Sré pa tan dapré zot, anserv in pë nout dë janm, osinon prann transpor an komun ? É si i fo nü pran loto, olèrk viv konm se bann « z’automobilis-là », sré pa méyër amène loto konm demoun ?

 

Extrait de « La Rényon dann kër » de Robert Gauvin.

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Quand je pense à la ville de Prétoria en Afrique du Sud que je n’ai vue qu’une fois dans ma vie et que je ne reverrai peut-être jamais, resurgissent aussitôt à mon esprit les milliers de jacarandas ombrageant les rues de la cité du mauve de leur floraison.

Pourquoi, me direz-vous, aller chercher si loin la beauté ? N’avons-nous pas ici, à La Réunion même, de beaux arbres, de belles réalisations paysagères : que l’on pense aux flamboyants  qui accueillent en été les visiteurs du Tampon, aux routes fleuries de francicéas vers Montvert et la Petite-île, aux alignements de badamiers  et de palmiers à Saint-Denis après le rond-point Vauban et à tout l’aménagement paysager qu’on ne se lasse pas d’admirer entre Sainte-Marie et Saint-Benoît : un effort méritoire a été fait par les aménageurs pour intégrer la route dans le paysage, pour la végétaliser, offrant de quoi séduire et l’œil et l’esprit et le coeur .

Le palmier rouge à lèvres (Cyrtostachys lakka).

Le palmier rouge à lèvres (Cyrtostachys lakka).

 

Cela vaut pour l’extérieur des villes, mais il en va différemment pour le cœur des cités. De beaux arbres, il y en a encore -mais la plupart du temps isolés – dont la floraison, la forme ou l’originalité peuvent plaire. Je mentionnerai par exemple à Saint-Denis le cyrtostachys lakka, communément appelé palmier rouge à lèvres, dont un exemplaire se trouve derrière l’Immaculée Conception dans la rue Roland Garros ou encore le majestueux baobab de la cour de l’Equipement, les lataniers à « écailles » à la direction de la Culture du Conseil Général, rue de Paris, ou le cytise couvert de ses milliers de papillons jaunes dans la rue Monseigneur de Beaumont. Mais autant on admire ces arbres isolés, autant on se dit que rien n’est plus beau qu’un ensemble d’arbres ou de buissons. Cependant l’évolution à laquelle nous assistons ne va pas forcément dans le bon sens.

Le cytise de la rue Monseigneur de Beaumont.

Le cytise de la rue Monseigneur de Beaumont.

Où est passée la ville-jardin ?

Saint-Denis, par exemple, était autrefois une ville-jardin, avec ses arbres, ses parterres fleuris, ses fontaines jaillissantes ; elle l’est de moins en moins. Il y a 15 ou 20 ans de cela on pouvait, au cœur de l’été, marcher à l’ombre des arbres. C’est de plus en plus difficile, car on bétonne en largeur, on bétonne en hauteur, on bétonne en profondeur.

Bien entendu les décideurs en matière de PLU (Plan Local d’Urbanisme) ont, dans leur immense sagesse, décrété, qu’il fallait dans certains quartiers « maintenir l’implantation des maisons au centre des parcelles pour conserver la densité des espaces verts » (2). On ne sait que trop bien comment, avec la complicité des services de l’Abf et  de la mairie, ces principes sont battus en brèche : on affirme quelque chose et en misouk (3) on tolère le contraire… Le plus souvent on abat les arbres, ces empêcheurs de spéculer en rond. On éradique  le manguier du 141 de la rue Juliette Dodu. Dans la rue Monseigneur de Beaumont on met à bas un arbre à pain, un manguier, un letchi en état de produire. Devant la BNP on sacrifie un magnifique palmier royal de plus de dix mètres de haut et on le remplace par un multipliant qui se prépare une destinée de Bonsaï. Au boulevard Lacaussade on tronçonne sans trembler un flamboyant qui égayait la ville en  décembre. Pour ce faire toutes les raisons sont bonnes. Il arrive certes que des arbres soient cariatés (attaqués par les termites), mais en général les carias ont bon dos. La plupart du temps ce sont des promoteurs qui veulent rentabiliser le moindre mètre carré de terre et pour eux tout prétexte est bienvenu.

Palmier royal remplacé par des multipliants (devant la BNP à Saint-Denis).

Palmier royal remplacé par des multipliants (devant la BNP à Saint-Denis).

Massacre à la tronçonneuse

A côté de ceux qui veulent faire place nette pour engranger le maximum de profits, se trouvent, hélas, des gens qui ne sont pas forcément mal intentionnés, mais dont l’action n’est pas particulièrement heureuse : je veux parler des élagueurs.  Je ne nie pas qu’il y ait parfois nécessité d’élaguer, en particulier avant la période cyclonique pour éviter que des branches ne portent atteinte aux fils électriques ou aux lignes téléphoniques, mais on élague trop souvent  en dépit du bon sens et de l’esthétique (4): il y a quelque temps de cela, une entreprise au nom prédestiné, Jardinator (5), s’attaquait à l’élagage des filaos du Collège Juliette Dodu : le combat fut sans pitié. Je ne prétends pas que le filao soit une essence précieuse ; qu’il soit nécessaire de le discipliner, je l’admets volontiers, mais était-ce vraiment utile de procéder à ce massacre à la tronçonneuse du côté de la rue Sainte-Marie ?

Si le filao ne convient pas, que l’on trouve une autre essence d’arbre plus adaptée, et  que l’on replante d’urgence une haie  le long des rues Sainte-Marie et Juliette Dodu car il y a nécessité d’abriter les murs du collège d’un soleil trop ardent et d’atténuer les bruits de la circulation. Sans parler de l’aspect esthétique !

le letchi supplicié de la rue Juliette Dodu.

le letchi supplicié de la rue Juliette Dodu.

Pour conclure je voudrais soumettre à votre réflexion  une citation de Théodore Monod, naturaliste et savant français de renom, à propos de la place de l’arbre dans la ville : « L’arbre en ville, est porteur de messages. Tout d’abord en tant que symbole de la vie dans un paysage artificiel de béton, d’asphalte, de verre et de métal. Ensuite par sa beauté née du contraste entre le vivant et l’inanimé. Mais il évoque également le silence dans un univers de bruit. Enfin il devrait inspirer le respect de la vie. Le mot respect n’étant pas pris dans le sens affaibli qu’il a aujourd’hui, mais dans celui de révérence tel qu’Albert Schweitzer l’avait employé en espérant qu’il deviendrait, si l’homme s’humanisait, la base d’une morale nouvelle et d’un essor de l’humanité. »

 

Robert Gauvin.

Notes

(1) C’est le titre  d’une belle chanson de Maxime Leforestier qui aborde cette question sous un angle sensiblement différent.

(2) Cf. PLU de Saint-Denis : Secteurs UPC, UPD.

(3) En misouk : (créole réunionnais) signifie en cachette, en douce.

(4) Normalement n’est pas élagueur qui veut. Il y a toute une formation à suivre… Qu’en est-il à La Réunion, terre de grande liberté ?

(5)  Terminator, Mediator, Jardinator… On ne se méfie jamais assez de ces termes en – tor qui apparemment cachent quelque chose de destructeur et d’irréversible.

AMIS LECTEURS : A VOS PLUMES !!!

L’arbre fait partie de votre vie et de votre patrimoine ; il en est qui ont marqué durablement votre  enfance, votre jeunesse, votre vie. Faites nous part de votre expérience ! Nos colonnes vous sont ouvertes !

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Vingt ans et mutilé…

Vingt ans et mutilé…

 

 

Nous empruntons ce titre au dernier numéro du magazine municipal de notre chef-lieu (ICI Saint-Denis, N°21). Dans cet article, le magazine offre à nos concitoyens la vision d’avenir de la municipalité en matière de protection des arbres, une vision éclairante, convaincante, prophétique qui s’appuie sur tous les bienfaits apportés à l’homme par les arbres et permet tous les espoirs. L’auteur cite les différents rôles des arbres :

  • « Leur rôle est essentiel – nous dit-il – dans le cycle de l’eau,
  • dans la purification de l’air,
  • dans le maintien de la biodiversité puisqu’ils nourrissent et abritent de nombreux oiseaux. (1)
  • Mais ce n’est pas tout :
  • les arbres structurent nos espaces,
  • créent des repères dans la ville,
  • favorisent les lieux de vie,
  • nous protègent du soleil.
  • Enfin ce sont des témoins de l’Histoire
  • et ils nous montrent le temps qui passe grâce au marquage des saisons… » . (2)

Bravo, bravissimo !…

Ce qui ne laisse pas néanmoins d’étonner c’est le fait que cette multitude de bienfaits de l’arbre dans nos villes soient entassés, empilés les uns sur les autres, tant et si bien que l’on ne sait plus où donner de la tête, qu’on n’arrive plus à distinguer l’essentiel de l’accessoire (3). Ceci étant dit, nous ne pouvons que nous rallier aux orientations qui guident apparemment l’action de nos édiles municipaux. L’auteur de l’article de « ICI Saint-Denis » poursuit en effet : « Aujourd’hui plus que jamais, protégeons nos arbres ! Pollution, bétonisation (quelle audace dans le néologisme !), élagage sauvage ou dégradations. Soyons vigilants et pensons aux générations futures ! 

 

le flamboyant éradiqué (a)

le flamboyant éradiqué (a)

 

Qui ne souscrirait à un tel programme ?

Bravo donc à Mr le Maire du Chef-lieu, à son équipe municipale où figurent nombre d’écologistes fort connus, dont Mr Espéret, Marchau et Mme Duchemann, auxquels nous devons rendre hommage pour leur efficacité : L’arbre en ville de Saint-Denis trop souvent menacé, est sauvé : Alleluia !

 

Pour illustrer concrètement son propos l’auteur de l’article d’ « ICI Saint-Denis » tourne son regard vers les arbres remarquables du chef-lieu, et plus précisément, vers quelques uns d’entre eux : le flamboyant du restaurant Roland Garros, (Delonix regia), le baobab (Adansonia digitata) de la cour de la DEAL ( La Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) et le couple flamboyant-arbre de l’intendance (Ficus microcarpa) qui s’enlace sans pudeur excessive sur le square Leconte de Lisle. …

Notons, en passant, que l’auteur focalise son attention sur quelques arbres. Il applique ainsi la technique bien connue de « l’arbre qui cache la forêt », l’essentiel étant masqué par un détail. Tout sert à camoufler le fait que Saint-Denis, connue il y a quelques années encore, comme une ville verte, est en passe de devenir un désert végétal : entre administrations, entreprises et particuliers on s’est entendu ces dernières années, comme larrons en foire, pour sacrifier les arbres au profit du béton et des spéculateurs.

Les disparitions récentes d’arbres à Saint-Denis ne manquent pas :

 

Palmier royal remplacé par des multipliants (devant la BNP à Saint-Denis).

Palmier royal remplacé par des multipliants (devant la BNP à Saint-Denis).

 

 

  • D’abord la municipalité couvre de sa complicité tous les abattages d’arbres quand se font des constructions nouvelles. Pour donner le change et jeter de la poudre aux yeux, elle permet que soient plantés en lieu et place des arbres de petits multipliants rachitiques.
  • De même la municipalité n’a pas pensé, alors qu’elle faisait construire des bâtiments d’habitation le long de la partie haute du Boulevard Monseigneur Mondon à protéger ces bâtiments et leurs habitants en plantant des arbres qui auraient permis de lutter contre le bruit et la chaleur tropicale ! À moins qu’elle ne travaille au développement des entreprises de climatisation ?
  • Autre chose encore, un peu plus bas, au niveau de l’Allée des Cocotiers, combien d’arbres la mairie a-t-elle fait abattre ? N’y avait-il pas d’autres solutions ? Et si obligation il y avait, n’aurait-elle pu compenser les arbres abattus par d’autres arbres plantés ?
  • Et que dire du flamboyant de l’angle de la rue Sainte-Marie et du Boulevard Lacaussade éradiqué. Sous quel prétexte ? La maladie ? Ce qui restait du tronc après la coupe montrait une structure saine et si maladie il y avait eu, n’aurait-il pas été mieux de soigner l’arbre plutôt que de le livrer à la tronçonneuse ?
  • La municipalité de Saint-Denis et la Cinor ne sont-elles pas également responsables de l’abattage récent des Vacoas de la promenade du bord de mer à la hauteur de l’échangeur de Sainte-Clotilde ? Sans d’autre raison apparente que de donner un peu d’exercice aux tronçonneurs ?
Vacoas étêtés : dernier méfait de la municipalité dionysienne.

Vacoas étêtés : dernier méfait de la municipalité dionysienne.

 

La municipalité de Saint-Denis qui veut se donner une étiquette de ville verte, est la principale responsable des massacres d’arbres perpétrés depuis des années. Et elle utilise le magazine municipal pour faire passer une propagande mensongère…

En matière de mensonge il y eut d’abord le mensonge ordinaire, vieux comme le monde, puis le mensonge par omission plus raffiné, ensuite les statistiques qui seraient, selon un homme d’esprit, la version moderne du mensonge. Un degré nouveau a été franchi avec la communication, art dans lequel la municipalité dionysienne excelle et qui vise à faire prendre au bon peuple des vessies pour des lanternes (4).

 

 

Robert Gauvin.

1) Comme le dit Jean Racine dans « Athalie » : « Aux petits des oiseaux Dieu donne leur pâture et sa bonté s’étend sur toute la nature » …

2) Et voilà Vivaldi de retour sous les Tropiques…

3) On aurait voulu étouffer le lecteur sous cet amoncellement que l’on ne se serait pas pris autrement…

4) Mais Dieu soit loué, les Réunionnais ne se laisseront pas prendre au piège : Demoun vilin nana ankor, demoun kouyon na pi !

  1. a) Ce flamboyant (angle de la rue Sainte-Marie et du Boulevard Lacaussade) doit sa disparition aux services de la Mairie de Saint-Denis.

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Suite à l’article de R. Gauvin sur le Jardin de l’État, nous avons reçu ce message  d’un de nos jeunes lecteurs qui n’y va pas de main morte. Il nous a semblé opportun, en ces journées du patrimoine, de le publier et d’en faire juges nos lecteurs!

 

Cher Monsieur Gauvin,

 

Veuillez excuser ma hardiesse : Je voudrais simplement vous dire ici mon ébahissement devant le texte délirant que vous avez écrit sur le Jardin de l’État, le Jardin du Roy.

Vos idées et votre lyrisme sont dignes d’un jouvenceau romantique. Il me semble pourtant que, blanchi sous le harnois, comme vous l’êtes, vous devriez savoir à quoi vous en tenir à propos de nos dirigeants, de leurs projets, de leurs promesses et de leurs arrière-pensées.

 

L’État actuel du Jardin : ici tout fut calme et beauté !…

L’État actuel du Jardin : ici tout fut calme et beauté !…

Permettez-moi de vous ramener à la raison et de vous dire ce qu’il est advenu du Jardin de l’État au cas où vous ne l’auriez pas vu depuis un certain temps  (1) : ce fameux jardin, qui tenait la dragée haute au Jardin des Pamplemousses à l’île Maurice, est entrain, sous nos yeux, de disparaître par la faute de nos dirigeants politiques. Une large bande de terrain a été, au moment de la création du Commissariat de la rue Malartic, transformé en parking. Cela remonte à quelque temps déjà, il est vrai… De même, sur le côté Nord un bâtiment fort laid a été érigé ; il est occupé à l’heure actuelle par « le Glaive » – admirez l’héroïsme du nom ! – qui a pour tâche de combattre les maladies apportées par le moustique-tigre.…Une partie de ce bâtiment est également occupée, louée je suppose, par une agence immobilière. (Mais où allons nous dans la privatisation ?)

Le Jardin actuel : une allée ou le parcours du combattant ?

Le Jardin actuel : une allée ou le parcours du combattant ?

 

…Dans les rues aux alentours des immeubles envahissent l’espace, se montent en proximité du Jardin et du Muséum, tous deux classés depuis 1978 aux Monuments historiques. N’y a- t-il donc pas de dispositions contraignantes à respecter dans un périmètre protégé auprès de lieux historiques ? Est-ce légal ? Poser la question, c’est y répondre… Le résultat c’est que sous la pression foncière l’espace du Jardin se réduit de plus en plus à une portion congrue, à une peau de chagrin.

Le Jardin d’autrefois, qui était un espace réservé, à la science, à la culture et au développement de notre île, est, sur décision du Conseil général, quotidiennement assailli par une foule qui le parcourt en tous sens pour se livrer à des occupations sportives, associatives ou commerciales : ici on s’adonne au Taï-chi, là au jogging. Plus loin ce sont des expositions de produits artisanaux ou biologiques (2). Tout cela cause bien des dommages au Jardin, mais le summum est atteint depuis que nos édiles départementaux ont décidé d’en faire aussi un parc de jeux pour les enfants avec balançoires, toboggans, jets d’eau et j’en oublie…

Jardin botanique ou aire de jeux : il faut choisir !

Jardin botanique ou aire de jeux : il faut choisir !

 

Le jardin aux pelouses galeuses, aux allées mal entretenues, aux sentiers parsemés de cailloux, à la volière-prison, aux bassins boueux où étouffent de maigres poissons, aux arbres retombés dans l’anonymat – ( ils ont souvent perdu les écriteaux indiquant leur famille et leur pays d’origine)- est en voie de déclin accéléré.

 

État actuel du jardin : le bassin de la désolation.

État actuel du jardin : le bassin de la désolation.

 

Qu’on me comprenne bien : il faut effectivement créer des espaces de jeux dignes des enfants, des lieux d’exposition pour les associations, les artisans, les défenseurs de l’agriculture bio, qui ont besoin d’être soutenus dans leurs efforts, mais c’est se moquer du monde que de vouloir tout installer sur le même espace…Il faut rendre au Jardin de l’État, où se trouve aussi le Muséum d’Histoire Naturelle, sa vocation originelle et respecter notre patrimoine historique et culturel !

Le petit pont a rendu son dernier soupir (Septembre 2015).

Le petit pont a rendu son dernier soupir (Septembre 2015).

Mais au fait quelle peut bien être la motivation de certains de nos élus ? Voici une simple hypothèse que, pour mon compte, je repousse avec dédain : la Direction du Conseil Général ne disposerait-elle pas avec ce jardin de l’État, d’un lieu central où elle peut faire venir des foules auxquelles elle peut offrir des distractions bon marché ? Celles-ci chanteront alors ses louanges et s’empresseront de bien voter pour lui manifester une reconnaissance éternelle…Si non è vero, è ben trovato !!!…

  1. P-A. Gratay.

(1) Je n’arrive pas à m’expliquer autrement votre enthousiasme pour ce qui est devenu l’objet d’un véritable gâchis.

(2) Pas plus tard que samedi dernier se déroulaient dans le Jardin des séances de street-hypnose. Cela aurait-il un rapport quelconque avec la politique patrimoniale du Conseil général?

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En plein centre de Saint-Denis, non loin de la mairie et de la colonne de la Victoire, dans la cour de la Chambre de commerce, un arbre d’une cinquantaine d’années, magnifique, ombrageant et rafraîchissant l’espace, l’embellissant de sa frondaison et de ses fleurs mauves…

Ceci jusqu’à hier. Aujourd’hui rue de la Compagnie, de l’autre côté de la Librairie Gérard la scène où le crime vient d’avoir lieu : il gît sur le sol, découpé en tronçons ; on fera bientôt place nette … et le béton aura triomphé de la vie et l’on crèvera de chaleur en été et la pollution aura encore gagné du terrain.

DSC1597

Qui donc a pu décider de faire procéder à ce massacre, Mr le Président de la Chambre de Commerce et pour quel motif plus ou moins avouable ? On aura peut-être gagné deux ou trois places de parking…

Ignorez-vous qu’un arbre de cette taille joue un rôle important dans la lutte contre la pollution ? « Nous, Humains, avec nos 2m carrés de peau, sous-estimons la surface de l’arbre. Pour la calculer il faut mesurer chaque feuille recto verso, ajouter la surface du tronc, des branches et des rameaux, des racines…Un arbre feuillu de 15 mètres occupe au total 200 hectares, l’équivalent de Monaco…Toute cette surface respire et nous fait respirer » nous dit Frédéric Joignot dans un article tiré du « Monde », intitulé « L’arbre, allié de taille » et qu’on peut découvrir sur Internet.

Pour le botaniste Francis Hallé (1): « Grâce à la photosynthèse, l’arbre est notre meilleur allié contre le réchauffement climatique. »

En cette année où se prépare la grande Conférence de Paris sur le climat, afin de sauver l’humanité de la catastrophe annoncée, la Chambre de Commerce de La Réunion donne l’exemple à ne pas suivre. (2)DSC1599

Ce crime restera-t-il impuni ? Cette faute ne sera-t-elle jamais réparée ?

DPR974.

  • À lire : « Du bon usage des arbres. Plaidoyer à l’attention des élus et des énarques » de Francis Hallé ; Actes Sud 2011/14 Euros.
  • Alors que de nombreux Réunionnais s’engagent pour que le Banian du Port soit désigné comme le plus bel arbre de l’année en France, le massacre à la tronçonneuse de l’arbre de la Chambre de Commerce semble nous dire que celle-ci n’est « pas là èk sa », que la pollution de nos villes et le réchauffement climatique sont le cadet de ses soucis.
  • Les photos sont de J.C.

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Malgré des dénégations et des déclarations contradictoires, la réalité finit par éclater : des centaines de milliers de tonnes de roches seront bien importées de Madagascar pour la construction de la route en mer.

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Ironie de l’histoire : pour construire une route qui est censée (entre autres) mettre les automobilistes à l’abri des roches qui tombent de la falaise, la Région Réunion s’apprête à… importer des centaines de milliers de tonnes de roches de Madagascar après avoir affirmé qu’elle ne le ferait pas. Et tant pis pour le « risque majeur d’introduction massive d’espèces exotiques envahissantes » pourtant dument signalé par le « Conseil National de Protection de la Nature » ! « Risque majeur »…

 

 

Le groupement attributaire du marché de la digue (GTOI/SBTPC/Vinci TP) a confirmé avoir passé une première commande de 100.000 tonnes correspondant à des roches massives, l’importation de près de 250.000 tonnes étant évoquée.

La Région, maître d’ouvrage du chantier, ne peut s’exonérer de sa responsabilité et jouer à Ponce Pilate sur ce dossier. Et l’État est directement interpellé car aucune importation n’est possible sans son autorisation.

Or, dans son avis rendu le 24 août 2013, le Conseil National de Protection de la Nature avait été très clair :

« le dossier ne fait pas état de la possibilité d’importation de matériaux pour la réalisation des ouvrages en substitution de matériaux non disponibles dans les délais sur l’île ». Le CNPN ajoutait que « cette option aurait été dans tous les cas à prohiber, en particulier pour le risque majeur d’introduction massive d’espèces exotiques envahissantes ».

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Le moindre chantier entrepris dans l’île (ici dans le Sud) est l’occasion de « mettre de côté » les précieuses roches. Mais, ce ne sera pas suffisant…

À la demande de la Région, l’État va-t-il de nouveau passer outre l’avis du CNPN et autoriser l’importation de ces roches qui représente un risque majeur pour l’environnement ?

Et comment la Région peut elle accepter l’importation de matériaux après avoir toujours proclamé le contraire ? La Région va-t-elle être de nouveau prise en flagrant délit de mensonge ?

Va-t-on continuer à avancer à marche forcée sur ce dossier ?

Il est bien évident qu’une telle décision serait lourde de conséquences et ouvrirait la voie à l’importation, compte tenu notamment de l’impossibilité pour la Région d’imposer à la population l’ouverture de carrières.

Ce qui apparaît de plus en plus nettement aux Réunionnais, c’est l’aberration d’un chantier qui a été lancé sans que l’accès à la matière première ne soit garanti.

Toutes les insuffisances de ce chantier, dans tous les domaines, commencent à apparaître au grand jour.

Le projet insensé de la route en mer va de plus en plus se heurter au mur de la réalité.

Les conseillers régionaux de l’Alliance

Nos remerciements vont à la direction de 7lameslamer.

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Fin mai 2010, incendie de deux cases créoles…
Fin mai 2010 deux cases créoles de la rue Félix Guyon, face au Crédit Agricole et dans l’alignement du Tribunal Administratif tout proche, devinrent, en une nuit propice, la proie des flammes. L’émotion fut grande chez les Réunionnais attachés au Patrimoine architectural de leur île.
Les journaux qui parurent alors n’excluaient pas la possibilité que l’incendie ait été d’origine criminelle… Dans ce contexte un lecteur adressait à son journal favori, une lettre dans laquelle il affirmait que des spéculateurs peu scrupuleux profitaient d’incendies — ô combien providentiels ! — pour construire des immeubles à la place des cases créoles brûlées.

Après le souffle de l’incendie…

Après le souffle de l’incendie…

De la vertu offensée de nos élus municipaux…
Ce furent alors les hauts cris dans le Landerneau municipal dionysien, des protestations indignées, l’occasion d’un véritable « entourage pintades » : René-Louis Pestel, l’inénarrable adjoint à la culture de la Mairie de Saint-Denis et son compère Jean-Pierre Espéret, adjoint à l’aménagement, forts de la collaboration de l’Architecte des Bâtiments de France d’alors se récrièrent et affirmèrent la main sur le cœur: « Effectivement il y a 20 ans la ville rencontrait régulièrement ce genre de dérive où les anciennes cases créoles finissaient en cendres…Depuis 2004, la ville a eu une position très volontariste en matière de préservation du patrimoine architectural du centre-ville. »… Dieu soit loué! Bénis soient ses apôtres municipaux !
Ils ajoutaient doctement « La règlementation du Plan local d’urbanisme (PLU) a verrouillé cette dérive en imposant une reconstruction à l’identique des bâtiments répertoriés. En effet, non seulement la ville de Saint-Denis compte 47 bâtiments protégés au titre des bâtiments historiques mais une centaine de bâtiments supplémentaires font l’objet d’une attention particulière par la commune et le service du Patrimoine, de l’architecture et de l’urbanisme. » Nous citons toujours : « La nouvelle municipalité a renforcé cette volonté de préserver le patrimoine architectural et urbain. »…Voilà qui est admirable !
Etant donné que les deux maisons créoles qui ont brûlé étaient toutes deux répertoriées au PLU comme bâtiments d’intérêt architectural, voire de grand intérêt architectural, leur « reconstruction à l’identique » semblait devoir s’imposer.

Sur le plan cadastral les deux cases traditionnelles créoles avant l’incendie ( N°s 551 et 552 ; 35 et 37 rue Félix Guyon).

Sur le plan cadastral les deux cases traditionnelles créoles avant l’incendie ( N°s 551 et 552 ; 35 et 37 rue Félix Guyon).

Les mensonges ont les pattes courtes…
Il suffisait d’attendre un peu pour que nos élus dionysiens soient convaincus de mensonge, pour que tout un chacun puisse vérifier la justesse d’un dicton qui a cours en Europe, selon lequel « les mensonges ont les pattes courtes » (2) ; ils se font en effet rapidement rattraper : En 2011 un panneau de permis de construire était installé, annonçant, non pas une « restauration » ou une « reconstruction à l’identique », mais une « construction neuve », totalement différente de ce qui existait autrefois ; à la place des cases créoles qui ne comportaient qu’un rez-de-chaussée, devait s’élever une construction de dix mètres de haut ! Combien de niveaux aurait-elle au dessus du sol? Comment s’harmoniserait-elle avec les bâtiments voisins (dont le Tribunal Administratif) qui étaient de plain-pied ?

Hier et aujourd’hui : la boucle est bouclée…
Naguère se trouvaient là, deux parcelles, avec au centre, des cases créoles traditionnelles en rez-de-chaussée, ouvertes par des varangues vitrées sur de jolis jardins. De l’ensemble se dégageait une harmonie certaine…
Aujourd’hui, place nette faite, l’on a construit au fond un immeuble sur trois niveaux. À l’avant, sur la gauche, on a coincé entre l’immeuble et le mur donnant sur la rue, une pseudo-case créole qui n’en peut mais…L’harmonie entre la case et l’immeuble semble loin d’être totale : La case tourne vers l’immeuble un derrière méprisant, cependant que l’immeuble ne rêve que de bouter la case hors de son espace vital.

Entre la case et l’immeuble une mésentente cordiale…

Entre la case et l’immeuble une mésentente cordiale…

Sur la droite reste un espace libre… Se pourrait-il qu’on envisage de planter là une autre construction ? La coupe serait alors pleine ! (3) l’espace aussi…
Ces constructions, à la place de cases créoles traditionnelles, se sont multipliées ces dernières années à Saint-Denis et il apparaît à l’évidence que l’on poursuit un double but :
Le premier est d’occuper au maximum l’espace et de construire le plus possible d’appartements et de bureaux afin de ren-ta-bi-li-ser !!!…

Faire du simili créole et entasser au maximum !

Faire du simili créole et entasser au maximum !

Et le second est de faire créole, pour faire vendre et éviter les critiques en faisant semblant de respecter le patrimoine : Notre bonne ville de Saint-Denis, la première ville de l’outre mer français par sa population, n’est-elle pas ville d’Art et d’Histoire ?
Dans quelle mesure mérite-t-elle ce titre ? De moins en moins, à chaque jour qui passe! Ceux qui sont chargés de le faire respecter, certains A.B.F récents et les compères Pestel et Espéret de la Municipalité dionysienne s’en soucient comme d’une guigne. Comme dit le Créole : « Zot lé pa là èk sa ! (4) ». Une question nous brûle alors les lèvres : que restera-t-il de l’architecture créole quand ces messieurs seront partis vers d’autres cieux ?…

Robert GAUVIN (Texte et photos).

Notes :
1) Comme l’on dit souvent : les promesses n’engagent que ceux qui y croient.
2) En créole nous dirions, sans que cette expression soit identique :  » Bèf i trape par la korne, demoune i trape par la lang »: les boeufs s’attrapent par leurs cornes, les hommes par leur langue!
3) « Ils n’en ont rien à faire ».
4) Il serait intéressant de savoir, au cas où une seconde case devait être construite, si l’emprise au sol et les surfaces de stationnement prescrites par le PLU le permettraient. Il faut noter également que les clôtures deviennent de plus en plus hautes et « opaques ». À quoi cela est-il dû ?

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