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Archive for the ‘coup de gueule’ Category


Que demande – t’on à des amis du dehors qui revoient La Réunion et Saint-Denis après dix ans d’absence ? Après les salamalecs d’usage, les informations sur la santé et sur ce que deviennent les enfants, la question ne rate pas : « Comment trouvez-vous notre chef-lieu ? Il a beaucoup changé, n’est-ce pas ? Il s’est bien modernisé, pas vrai ? » Et la réponse arrive, sans nuance :

«  Assurément Saint-Denis a beaucoup changé, parfois en mieux, d’autres fois en moins bien, mais ce qui nous a frappés le plus à Saint-Denis, c’est la saleté ! Pas partout, mais il y a près de certains lieux où l’on consomme, des papiers gras ou des sacs plastique qui traînent. L’on voit aussi trop souvent des villas ou des cases créoles qui auraient besoin d’un bon ravalement de façades.… Dans plus d’un quartier en dehors de l’Hyper – centre subsistent des murs noirâtres, tagués de dessins pas tous artistiques, des maisons délabrées qui s’effondrent sur elles-mêmes.

la maison délabrée du 112 rue Jules AUBER

Comment se fait-il qu’il y en ait tant de ces maisons ? Les propriétaires sont-ils des personnes désargentées ? Ou plutôt des spéculateurs qui attendent que la maison soit détruite par les intempéries, les carias ou la maladresse espérée des clochards, afin de pouvoir bénéficier de permis de construire de complaisance qui ne tiennent guère compte des préconisations du PLU ( Plan local d’urbanisme ?) »

Je fus obligé de reconnaître qu’ils n’avaient pas tort ; je m’empressai toutefois de changer de sujet de conversation et les invitai à lever leur verre pour fêter nos retrouvailles … Et pourtant il y aurait eu des choses à dire !…

Il aurait fallu admettre :

  • que pour une case créole restaurée il y en avait bien dix qui disparaissaient au profit des spéculateurs qui s’empressaient de construire des immeubles afin de toucher le Jackpot, en particulier dans le fameux quartier en or du centre – ville de Saint-Denis.
  • Que le plan local d’urbanisme, protégeant les constructions anciennes d’intérêt architectural, n’était pas toujours respecté et qu’il y avait beaucoup d’affinités – voire même de collusion, entre les bétonneurs à tout va et certains services d’urbanisme municipaux.
  • Que les restaurations, par exemple celle de l’Église de la Délivrance et celle de la Cathédrale à Saint-Denis étaient l’arbre qui cachait la forêt : il n’y a pas un seul ensemble qui soit sauvegardé comme dans d’autres ville de France, d’Allemagne ou des USA, pour ne citer que ces pays.
  • Que même la « rue de prestige », la rue de Paris, qui aurait pu être un ensemble cohérent préservé, ne l’est pas et que beaucoup de libertés sont prises avec le respect du patrimoine : il suffit en effet de regarder derrière la nef de la Cathédrale comment on a, avec la bénédiction de certain « Architecte des Bâtiments de France », transformé un bâtiment ancien, en boulangerie, logement avec piscine et conteneur bleu en suspension !!!
  • Que, même si l’on doit densifier pour répondre aux besoins de la démographie, on ne peut le faire partout : Il y a certes des espaces où l’on doit densifier, ou l’on peut construire en hauteur et d’autres où le patrimoine bâti doit être respecté avec ses jardins, sa verdure, ses fleurs…Le respect de notre architecture, de nos cases créoles traditionnelles, fera que notre ville attirera davantage de touristes. Le tourisme n’est – il pas, en effet, un axe important que La Région affirme, haut et fort, vouloir développer ? »

Il aurait fallu aussi parler d’un autre phénomène qui sévit à l’heure actuelle à Saint-Denis, à savoir la débauche de peinture à laquelle on assiste dans certains quartiers, comme celui de l’ancienne gare de chemin de fer, dans le bas de la rue de l’Est, de la rue Victor MacAuliffe et de la rue Jules Auber. Ici on ne craint pas le contraste, on n’a pas peur de choquer, on plonge bien hardiment ses pinceaux ou ses rouleaux dans des bacs de peinture aux couleurs disparates, on en met plein la vue ! Les visiteurs et les habitants de ces quartiers assistent impuissants, à une débauche de couleurs, à une véritable orgie de rouge sanguine, de jaune pétard, de bleu inquiétant, quand cela ne devient pas une cacophonie d’orange, de vert, de rose bonbon mis côte à côte. Ces artistes- peintres seraient-ils tombés sur des fonds de bacs de peinture inemployée à utiliser sans tarder pour ne pas risquer de les voir se dessécher ?

 

une orgie de couleurs

On avait jusqu’ alors l’habitude à Saint-Denis de voir les gens construire n’importe quoi, n’importe comment, avec ou sans permis de construire, en se souciant comme d’une guigne des formes et des styles de l’environnement bâti, mais à présent cela échappe à toute interprétation rationnelle, cela dépasse l’entendement, défie l’imagination et l’on se demande ce que cela peut bien signifier : on a le sentiment que les gens agissent en fonction du principe créole bien connu, synthétisé dans la formule : « Moin lé pa la èk sa ! » (1) Autrement dit, est affirmé au vu et au su de tous, qu’on n’a de compte à rendre à personne, que chacun d’entre nous est libre de faire ce que bon lui semble. Bref c’est une affirmation haute et solennelle de sa liberté !

une cacophonie de couleurs !

On nous avait naguère éduqués autrement : nous devions obéir aux principes d’honnêteté, de solidarité, de respect d’autrui : ces principes appartiennent apparemment à un passé révolu. Je ne sais si c’est un progrès ou un retour à des ères plus anciennes ou plus exactement, si en ce 21ème siècle commençant, nous ne serions pas revenus à la Cour du Roi Pétaud.…Il est vrai qu’en matière de couleur, l’exemple vient d’en haut : un homme de l’art, architecte des Bâtiments de France, n’a-t-il pas, quand il a été nécessaire de ravaler la façade de l’Hôtel de ville de Saint-Denis, décidé de le faire peinturlurer en ocre, couleur qu’il affectionnait particulièrement, au lieu de lui rendre sa couleur blanche, « marmoréenne » que lui avaient donnée ses bâtisseurs… Car tel était son bon plaisir ! …(CF. article du blog intitulé : Car tel est notre bon plaisir… )

DPR 974.

Notes

1) Cette expression créole signifie : «  Je m’en moque éperdument »

2) Un mot sur les trottoirs de Saint-Denis : Saint-Denis est sale et arpenter ses trottoirs est devenu, en dehors de l’hyper – centre (comme c’est joliment dit !) une entreprise périlleuse. Ils fourmillent de pièges, de cabosses et de bas-fonds où l’on court le risque de se casser la figure, voire le col du fémur… Certains d’entre eux sont si étroits que ne peuvent s’y croiser que des mannequins de haute couture souffrant d’anorexie à un degré avancé (ce qui est un peu rare chez nous en cette ère de malbouffe !)

3) La coquette malpropre, selon l’expression que j’ai entendue dans ma jeunesse, était une jeune fille qui se souciait peu de la propreté, mais utilisait massivement pour donner le change, des baumes, des crèmes, des fards, des onguents.

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Moukatage (pièce satirique) en un acte.

 

Ce texte a été publié dans la revue « Bardzour » (la barre du jour = l’aube en créole) en réponse aux anti-créoles qui se sont déchaînés lors de la parution du livre d’Axel GAUVIN « Du créole opprimé au créole libéré » (1977). Les trois personnages cités ont réellement existé et se sont manifestés à plusieurs reprises dans le courrier des lecteurs du journal « le Quotidien de la Réunion » d’août 1977. Nos lecteurs, tous nourris d’humanités classiques, noteront ici où là un pied manquant ou deux de trop à nos alexandrins. Mais comment versifier juste à partir des théories vaseuses de M. de Bourgin développées dans ses lettres au « Quotidien » ?

 

La scène se passe dans un salon cossu de « bonne bourgeoisie bourbonnaise ». Suzanne et frère Emmanuel, deux amis qui communient dans l’amour de la langue française, attendent un invité de marque. On entend des pas dans la rue, puis des cris :

 

M. de Bourgin (depuis la rue) :

Na point personne ? Hem, hem, na point personne ? N’y a-t-il ici âme qui vive ?…Tiens, du bruit, je crois que l’on arrive.

 

Suzanne (à Frère Emmanuel) :

De la langue française le messager divin approche. Ouvre donc l’huis à M. de Bourgin…

M. De Bourgin, gentilhomme, balaie la pièce d’un revers de son large chapeau à plumes.

 

 

le couvre-chef historique de M. de Bourgin.

 M. de Bourgin : Amis doux à mon cœur,

 

Emmanuel : Cher Monsieur,

 

Suzanne : Votre grandeur,

 

En ces temps si troublés où notre esprit s’irrite,

C’est un baume certain, d’avoir votre visite.

Il ne se passe point de jour dans ce pays,

Où nous n’ayons tous deux les oreilles meurtries

D’un infâme patois, d’un dialecte hideux,

Du créole enfin, de ce parler de gueux.

On l’entend à la cour, on l’entend à la ville ;

Au Prisu, chez Bobate, la populace vile

Nous fait subir ainsi un martyre quotidien,

Et voilà que tantôt un journal du matin

Dont je tairai le nom, d’un certain sire Gauvin

A publié les dires, favorables au créole…

 

M. de Bourgin : Pour sûr voilà un crime qui mérite la geôle !

 

La bonne (en aparté) : Kosa larive azot ? Davoir la boir pétrol (1) !

 

Emmanuel :

Amis, vous parlez d’or. Comme vous, j’en ai ras l’bol

De voir ce dialecte insolent s’étaler.

Il nous faut le combattre, dans la rue, à la Télé.

Brandissons l’étendard, prenons nos baïonnettes !

Il nous faut fusiller, étriper, extirper,

Que tout Bourbonnais meure ou bien parle français.

 

Suzanne (folle de joie) :

Mes chers, qu’un sang g’impur abreuve nos sillons !

 

La bonne :

Somanké moush sharbon la-pik se bann’ kouyon (2) !

 

M. de Bourgin :

Dans ce rude combat, pour nous point d’alliés, nous sommes seuls ou presque, la langue non-pareille, le français, chaque jour, par nombre de Zorèy (français de l’Hexagone) est massacrée…

 

Suzanne : Pour sûr. Dans ce choc incertain nous ne pouvons compter que sur nos forces mêmes, sur Vaugelas, Corneille et Valéry D’Estaing (3).

 

La bonne : … hem, hem !

 

M. de Bourgin :

La lutte a commencé, tandis que chez vous je fonce

Me vient à l’esprit l’idée d’une réponse.

Je serais fort heureux que vous l’approuvassiez.

 

Suzanne :

Vous entendre parler, quels délices, quel bonheur !

 

M. de Bourgin :

Dans ma missive au sieur Gauvin, à ce drôle ki se mêle de vouloir ékrire le kréole… mettant partout des K (4), kel son horrible à voir, je dis à ce kokin faisant mon désespoir, d’aller dans un kolkotz avèk ses kamarades, kultiver loin de nous karottes et salades.

 

Suzanne : Admirablement dit, voilà qui est divin !

 

La bonne (en aparté) : mi konpran toute astèr ; bann-la la-boir do-vin (5) !

 

Suzanne (à la bonne) :

 

Allez au Barachois, pour nous quérir céans,

Quelques bons samoussas, quelques bonbons piments.

 

Les samoussas ou l’épreuve de vérité.

 

Suzanne se retournant vers M. de Bourgin :

Il n’est pas bien honnête et pour beaucoup de causes,

Que les gens de la lie soient là pendant qu’on cause.

Poursuivez !

 

M. de Bourgin :

La langue, mes amis, est mode d’expression

D’une communauté politique. L’Île Bourbon,

Terre française, doit parler le français seulement.

Partout où l’on parle français conséquemment,

Doit flotter dans le vent le beau drapeau de France !

 

Emmanuel :

Ma tête tourbillonne, je frôle la démence ;

Ainsi donc en partie la Suisse, la Belgique

Comme le Canada font partie de la France ?

 

Suzanne : Cher frère !

 

la Suisse écartelée !

 

 

Emmanuel :

Et la Suisse, à mes yeux, un pays hier encore

Ne serait aujourd’hui, qu’à deux doigts de la mort.

On y parle français, allemand, italien…

Ce pays n’existe plus, si je le comprends bien.

 

Suzanne :

Vous n’y comprenez rien ; ayez foi en la science !

En M. de Bourgin j’ai toute confiance.

 

S’adressant à M. de Bourgin

Achevez, je vous prie, ce raisonnement heureux !

Tout me parait dès lors simple, juste, lumineux.

 

M. de Bourgin :

Si les créolisants bons à mettre à Saint-Paul (6)

Veulent à toutes forces, écrire le créole,

Qu’ils respectent au moins son véritable orthographe,

L’orthographe français (7), la-dessous je paraphe.

 

Emmanuel : (Par devers soi)

À moi Grevisse, à moi Larousse ! Cela me vexe,

D’orthographe je ne puis vérifier le sexe.

Jusqu’alors ce beau mot me semblait féminin,

On m’apprend le contraire. Merci Monsieur Bourgin !

 

La bonne arrive avec les rafraîchissements, des samoussas (8), des bonbons piment. M. de Bourgin s’en sert et mange goulûment, s’étouffe.

M. de Bourgin : Brrh, RRRââh !

Foutor misère d’un sort ! Ce piment m’a poiké (9) !

Ce bonbon m’est passé dans le petit gosier !

Si je trape ce zarab, sitôt je le languette…

 

Suzanne (effarée) :

Qu’entends-je, qu’ouïs-je et de la bouche de qui ?

Moi qui le supposais à notre cause acquis !

Qu’il m’est dur de l’entendre parler si vulgairement…

Hors d’ici imposteur, maraud, faquin, manant,

Monstre issu de l’enfer, créolophone atroce !!!

Hors d’ici à l’instant, ou sinon je vous rosse !!!…

 

Grands Dieux… ! Je défaille…

 

Suzanne tombe en pâmoison dans les bras de frère Emmanuel. Celui-ci l’allonge sur le sofa qui, par bonheur, se trouvait à proximité.

 

Le sofa salvateur !

 

 

Exit l’imposteur, cependant que de la cuisine parvient un inextinguible rire typiquement créole.

 

Versificateur occasionnel : Robert Gauvin.

Pour copie conforme : Batis Poklin.

Auteur des illustrations : Huguette Payet.

 

 

(1) Qu’est-ce qui leur arrive, ils ont dû boire de l’alcool ?

(2) Sans doute la mouche charbon a-t-elle piqué ces imbéciles !

(3) Nos anciens se souviennent assurément du Président de la République Valéry Giscard d’Estaing, de son français si élégant et de son accent de « patate chaude ».

(4) M. de Bourgin prétend que le « k » est un son horrible à voir ???!!! et qu’il ne convient qu’à des langues d’Europe centrale, allemand ou russe.

(5) Tout s’éclaire pour moi ; ils ont exagéré sur le vin !.

(6) Dans la ville de Saint-Paul se trouve le premier hôpital psychiatrique de l’Île de La Réunion.

(7) M. de Bourgin emploie « l’orthographe » au masculin… Pauvre langue française, par qui donc es-tu défendue ! (Cf. Quotidien août 77).

(8) Samoussas : petites pâtisseries salées, fortement épicées, d’origine indienne.

(9) Poiké : brûlé / Si je trape ce zarab, sitôt je le languette : si je mets la main sur ce commerçant indien, il va passer un mauvais quart d’heure… Sous l’influence du piment, M. de Bourgin révèle sa nature profonde de kréol ; le voilà démasqué !

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Prenez le temps d’observer la manière dont les gens déambulent dans les rues de Saint-Denis !… Ils avancent de quelques pas, s’arrêtent un moment, contemplent les vitrines, échangent des plaisanteries, se mettent à rire. Ce sont des gens comme vous et moi. Mais supposons un instant que quelqu’un d’entre nous, s’asseye dans une auto, mette le contact, s’empare du volant et, immédiatement, il change du tout au tout. Il devient un être complètement différent ; il appartient désormais à la catégorie des « automobilistes ».

Pour certains d’entre eux, particulièrement les hommes, plus l’auto est imposante et mieux c’est. Plus le moteur est puissant et plus le conducteur se sent fort. Plus la marque du véhicule est réputée, plus l’homme qui la conduit prend de la valeur. Vous qui avancez cahin-caha, qui allez à pieds ou vous échinez sur un vélo, vous n’avez qu’à céder la place. Prenez garde! C’est un Monsieur qui passe… Sous le capot 300 chevaux de course piaffent d’impatience. Ils ne tiennent littéralement plus en place, s’apprêtent à foncer. L’homme appuie sur l’accélérateur, libère brusquement ses chevaux-vapeur. C’est à peine si les roues du véhicule touchent encore le sol. Le conducteur, lui aussi, plane.

Mais que se passe-t-il donc ? Là, devant lui un demeuré traîne sa carcasse… Il n’atteint même pas les 120 kilomètres à l’heure. Le conducteur colle alors à l’arrière–train de celui qui le précède. L’autre, sous pression, terrorisé, s’empresse de se ranger : « Il était temps que tu comprennes ! Et voici une petite queue de poisson pour t’apprendre à vivre ! » Et là-dessus il prend le large !

Mais que se passe-t-il encore ? Un embouteillage à présent ! Il ne manquait plus que cela. On ne me la fait pas à moi ! Il s’engage alors par le bas-côté sur un lit de gravillons. Arrivé au bout, il reste coincé. Il va se mettre alors à presser, à pousser, à forcer le passage. Il volera le tour s’il le faut, mais quoiqu’il puisse en coûter, il passera devant. Ah, vraiment grâces soient rendues à l’auto qui a révélé quel HOMME il était !

Son auto, il l’adore ; il la fait reluire. Il la bichonne, il la soigne bien mieux qu’un enfant : c’est pour lui son deuxième Bon Dieu. Mais pour ce nouveau Dieu il faut toujours de nouveaux sacrifices ; il faut de l’argent, en veux-tu, en voilà ; il faut aussi du sang : il ne se passe pas de jour sans qu’il y ait des victimes d’accidents… Ne serait il pas temps de revoir notre comportement ? Ne devrions-nous pas nous servir de nos deux jambes ou de prendre les transports en commun ? Et s’il nous faut, malgré tout, utiliser l’auto, au lieu d’agir comme ces « automobilistes », ne vaudrait-il pas mieux conduire nos voitures comme des êtres humains, dignes de ce nom ?

Adapté du créole réunionnais par DPR974.

Illustration Huguette PAYET

Illustration Huguette PAYET

IN NOUVO BONDIË

Pran la pène agard in kou demoun apo marsh dan la vil Sin-Dni !… I avanss in bout, i arèt in kou, i louk in tour dann vitrine, i kass la blag, i rir. Sa demoun konm nou-mèm. Mé di sëlman in moun konm nou-mèm i rant dann loto, i mèt kontak, i souk son volan dë min, toutsuit pou toutsuit lü shanj, lü vien in ot kalité demoun, sak i apèl « automobiliste ».

 

Pou désertin, bann bononm sürtou, plüss loto lé bel, plüss le méyër. Plüss motèr-là lé for, plüss le boug i san son kor. Plüss la mark loto lé rekonü é plüss sé lü k’ na la valër. Sak i avanss piang-an-piang, i tap a pat osinon i ral le kor desü békane, sort azot devan ! Tansion pangar, in Mëssië i pass… Sou son kapo 300 sheval-lékourss l’apo perd passians, i tienbo pü an plass, i rod pou rashé. Lü pèz sü laksélératër, lü larg la bann sheval-vapër. Toujüss si la rou i toush ankor atér. Alü osi anlér !

Mé kosasa ? Là, devan lü, in san-konprann l’apo trènn son kor : i ariv mêm pa 120 a l’ër ! Lü sé d’kol dann déryér le boug. L’ot, mank in pë, i gingn sézisman ; i fé le vif pou bord son karkass : « Toué la konpri, don ? Atann atoué, jüss in mti kë poisson pou aprann atoué la vi ! » Aprésa, filé ki di !

Mé kosa l’ariv ankor-là ? In lanboutéyaz astër ! Sa lé bon pou lézot, pa pou lü ; lü anbèk dann graviyon par la droite. Ariv o bout, na poin la plass pou passé ; va poussé, va forssé, va vol le tour, sof koman-koman, va niabou koup devan !

Ah poudbon, granmersi loto, lü st’in Onm !

Son loto-là, lü ador sa ; lü fé briy sa, lü aranj sa vèy pa koman, lü soign sa mië k’in zanfan : sa son déziènm Bondië. Soman pou Bondië nouvo-là, sakrifiss i anfini pü ; i fo larjan an pounndiak ; i fo le san osi : touléjour demoun i mor dann laksidan… Sré pa tan dapré zot, anserv in pë nout dë janm, osinon prann transpor an komun ? É si i fo nü pran loto, olèrk viv konm se bann « z’automobilis-là », sré pa méyër amène loto konm demoun ?

 

Extrait de « La Rényon dann kër » de Robert Gauvin.

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Quand je pense à la ville de Prétoria en Afrique du Sud que je n’ai vue qu’une fois dans ma vie et que je ne reverrai peut-être jamais, resurgissent aussitôt à mon esprit les milliers de jacarandas ombrageant les rues de la cité du mauve de leur floraison.

Pourquoi, me direz-vous, aller chercher si loin la beauté ? N’avons-nous pas ici, à La Réunion même, de beaux arbres, de belles réalisations paysagères : que l’on pense aux flamboyants  qui accueillent en été les visiteurs du Tampon, aux routes fleuries de francicéas vers Montvert et la Petite-île, aux alignements de badamiers  et de palmiers à Saint-Denis après le rond-point Vauban et à tout l’aménagement paysager qu’on ne se lasse pas d’admirer entre Sainte-Marie et Saint-Benoît : un effort méritoire a été fait par les aménageurs pour intégrer la route dans le paysage, pour la végétaliser, offrant de quoi séduire et l’œil et l’esprit et le coeur .

Le palmier rouge à lèvres (Cyrtostachys lakka).

Le palmier rouge à lèvres (Cyrtostachys lakka).

 

Cela vaut pour l’extérieur des villes, mais il en va différemment pour le cœur des cités. De beaux arbres, il y en a encore -mais la plupart du temps isolés – dont la floraison, la forme ou l’originalité peuvent plaire. Je mentionnerai par exemple à Saint-Denis le cyrtostachys lakka, communément appelé palmier rouge à lèvres, dont un exemplaire se trouve derrière l’Immaculée Conception dans la rue Roland Garros ou encore le majestueux baobab de la cour de l’Equipement, les lataniers à « écailles » à la direction de la Culture du Conseil Général, rue de Paris, ou le cytise couvert de ses milliers de papillons jaunes dans la rue Monseigneur de Beaumont. Mais autant on admire ces arbres isolés, autant on se dit que rien n’est plus beau qu’un ensemble d’arbres ou de buissons. Cependant l’évolution à laquelle nous assistons ne va pas forcément dans le bon sens.

Le cytise de la rue Monseigneur de Beaumont.

Le cytise de la rue Monseigneur de Beaumont.

Où est passée la ville-jardin ?

Saint-Denis, par exemple, était autrefois une ville-jardin, avec ses arbres, ses parterres fleuris, ses fontaines jaillissantes ; elle l’est de moins en moins. Il y a 15 ou 20 ans de cela on pouvait, au cœur de l’été, marcher à l’ombre des arbres. C’est de plus en plus difficile, car on bétonne en largeur, on bétonne en hauteur, on bétonne en profondeur.

Bien entendu les décideurs en matière de PLU (Plan Local d’Urbanisme) ont, dans leur immense sagesse, décrété, qu’il fallait dans certains quartiers « maintenir l’implantation des maisons au centre des parcelles pour conserver la densité des espaces verts » (2). On ne sait que trop bien comment, avec la complicité des services de l’Abf et  de la mairie, ces principes sont battus en brèche : on affirme quelque chose et en misouk (3) on tolère le contraire… Le plus souvent on abat les arbres, ces empêcheurs de spéculer en rond. On éradique  le manguier du 141 de la rue Juliette Dodu. Dans la rue Monseigneur de Beaumont on met à bas un arbre à pain, un manguier, un letchi en état de produire. Devant la BNP on sacrifie un magnifique palmier royal de plus de dix mètres de haut et on le remplace par un multipliant qui se prépare une destinée de Bonsaï. Au boulevard Lacaussade on tronçonne sans trembler un flamboyant qui égayait la ville en  décembre. Pour ce faire toutes les raisons sont bonnes. Il arrive certes que des arbres soient cariatés (attaqués par les termites), mais en général les carias ont bon dos. La plupart du temps ce sont des promoteurs qui veulent rentabiliser le moindre mètre carré de terre et pour eux tout prétexte est bienvenu.

Palmier royal remplacé par des multipliants (devant la BNP à Saint-Denis).

Palmier royal remplacé par des multipliants (devant la BNP à Saint-Denis).

Massacre à la tronçonneuse

A côté de ceux qui veulent faire place nette pour engranger le maximum de profits, se trouvent, hélas, des gens qui ne sont pas forcément mal intentionnés, mais dont l’action n’est pas particulièrement heureuse : je veux parler des élagueurs.  Je ne nie pas qu’il y ait parfois nécessité d’élaguer, en particulier avant la période cyclonique pour éviter que des branches ne portent atteinte aux fils électriques ou aux lignes téléphoniques, mais on élague trop souvent  en dépit du bon sens et de l’esthétique (4): il y a quelque temps de cela, une entreprise au nom prédestiné, Jardinator (5), s’attaquait à l’élagage des filaos du Collège Juliette Dodu : le combat fut sans pitié. Je ne prétends pas que le filao soit une essence précieuse ; qu’il soit nécessaire de le discipliner, je l’admets volontiers, mais était-ce vraiment utile de procéder à ce massacre à la tronçonneuse du côté de la rue Sainte-Marie ?

Si le filao ne convient pas, que l’on trouve une autre essence d’arbre plus adaptée, et  que l’on replante d’urgence une haie  le long des rues Sainte-Marie et Juliette Dodu car il y a nécessité d’abriter les murs du collège d’un soleil trop ardent et d’atténuer les bruits de la circulation. Sans parler de l’aspect esthétique !

le letchi supplicié de la rue Juliette Dodu.

le letchi supplicié de la rue Juliette Dodu.

Pour conclure je voudrais soumettre à votre réflexion  une citation de Théodore Monod, naturaliste et savant français de renom, à propos de la place de l’arbre dans la ville : « L’arbre en ville, est porteur de messages. Tout d’abord en tant que symbole de la vie dans un paysage artificiel de béton, d’asphalte, de verre et de métal. Ensuite par sa beauté née du contraste entre le vivant et l’inanimé. Mais il évoque également le silence dans un univers de bruit. Enfin il devrait inspirer le respect de la vie. Le mot respect n’étant pas pris dans le sens affaibli qu’il a aujourd’hui, mais dans celui de révérence tel qu’Albert Schweitzer l’avait employé en espérant qu’il deviendrait, si l’homme s’humanisait, la base d’une morale nouvelle et d’un essor de l’humanité. »

 

Robert Gauvin.

Notes

(1) C’est le titre  d’une belle chanson de Maxime Leforestier qui aborde cette question sous un angle sensiblement différent.

(2) Cf. PLU de Saint-Denis : Secteurs UPC, UPD.

(3) En misouk : (créole réunionnais) signifie en cachette, en douce.

(4) Normalement n’est pas élagueur qui veut. Il y a toute une formation à suivre… Qu’en est-il à La Réunion, terre de grande liberté ?

(5)  Terminator, Mediator, Jardinator… On ne se méfie jamais assez de ces termes en – tor qui apparemment cachent quelque chose de destructeur et d’irréversible.

AMIS LECTEURS : A VOS PLUMES !!!

L’arbre fait partie de votre vie et de votre patrimoine ; il en est qui ont marqué durablement votre  enfance, votre jeunesse, votre vie. Faites nous part de votre expérience ! Nos colonnes vous sont ouvertes !

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Vingt ans et mutilé…

Vingt ans et mutilé…

 

 

Nous empruntons ce titre au dernier numéro du magazine municipal de notre chef-lieu (ICI Saint-Denis, N°21). Dans cet article, le magazine offre à nos concitoyens la vision d’avenir de la municipalité en matière de protection des arbres, une vision éclairante, convaincante, prophétique qui s’appuie sur tous les bienfaits apportés à l’homme par les arbres et permet tous les espoirs. L’auteur cite les différents rôles des arbres :

  • « Leur rôle est essentiel – nous dit-il – dans le cycle de l’eau,
  • dans la purification de l’air,
  • dans le maintien de la biodiversité puisqu’ils nourrissent et abritent de nombreux oiseaux. (1)
  • Mais ce n’est pas tout :
  • les arbres structurent nos espaces,
  • créent des repères dans la ville,
  • favorisent les lieux de vie,
  • nous protègent du soleil.
  • Enfin ce sont des témoins de l’Histoire
  • et ils nous montrent le temps qui passe grâce au marquage des saisons… » . (2)

Bravo, bravissimo !…

Ce qui ne laisse pas néanmoins d’étonner c’est le fait que cette multitude de bienfaits de l’arbre dans nos villes soient entassés, empilés les uns sur les autres, tant et si bien que l’on ne sait plus où donner de la tête, qu’on n’arrive plus à distinguer l’essentiel de l’accessoire (3). Ceci étant dit, nous ne pouvons que nous rallier aux orientations qui guident apparemment l’action de nos édiles municipaux. L’auteur de l’article de « ICI Saint-Denis » poursuit en effet : « Aujourd’hui plus que jamais, protégeons nos arbres ! Pollution, bétonisation (quelle audace dans le néologisme !), élagage sauvage ou dégradations. Soyons vigilants et pensons aux générations futures ! 

 

le flamboyant éradiqué (a)

le flamboyant éradiqué (a)

 

Qui ne souscrirait à un tel programme ?

Bravo donc à Mr le Maire du Chef-lieu, à son équipe municipale où figurent nombre d’écologistes fort connus, dont Mr Espéret, Marchau et Mme Duchemann, auxquels nous devons rendre hommage pour leur efficacité : L’arbre en ville de Saint-Denis trop souvent menacé, est sauvé : Alleluia !

 

Pour illustrer concrètement son propos l’auteur de l’article d’ « ICI Saint-Denis » tourne son regard vers les arbres remarquables du chef-lieu, et plus précisément, vers quelques uns d’entre eux : le flamboyant du restaurant Roland Garros, (Delonix regia), le baobab (Adansonia digitata) de la cour de la DEAL ( La Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) et le couple flamboyant-arbre de l’intendance (Ficus microcarpa) qui s’enlace sans pudeur excessive sur le square Leconte de Lisle. …

Notons, en passant, que l’auteur focalise son attention sur quelques arbres. Il applique ainsi la technique bien connue de « l’arbre qui cache la forêt », l’essentiel étant masqué par un détail. Tout sert à camoufler le fait que Saint-Denis, connue il y a quelques années encore, comme une ville verte, est en passe de devenir un désert végétal : entre administrations, entreprises et particuliers on s’est entendu ces dernières années, comme larrons en foire, pour sacrifier les arbres au profit du béton et des spéculateurs.

Les disparitions récentes d’arbres à Saint-Denis ne manquent pas :

 

Palmier royal remplacé par des multipliants (devant la BNP à Saint-Denis).

Palmier royal remplacé par des multipliants (devant la BNP à Saint-Denis).

 

 

  • D’abord la municipalité couvre de sa complicité tous les abattages d’arbres quand se font des constructions nouvelles. Pour donner le change et jeter de la poudre aux yeux, elle permet que soient plantés en lieu et place des arbres de petits multipliants rachitiques.
  • De même la municipalité n’a pas pensé, alors qu’elle faisait construire des bâtiments d’habitation le long de la partie haute du Boulevard Monseigneur Mondon à protéger ces bâtiments et leurs habitants en plantant des arbres qui auraient permis de lutter contre le bruit et la chaleur tropicale ! À moins qu’elle ne travaille au développement des entreprises de climatisation ?
  • Autre chose encore, un peu plus bas, au niveau de l’Allée des Cocotiers, combien d’arbres la mairie a-t-elle fait abattre ? N’y avait-il pas d’autres solutions ? Et si obligation il y avait, n’aurait-elle pu compenser les arbres abattus par d’autres arbres plantés ?
  • Et que dire du flamboyant de l’angle de la rue Sainte-Marie et du Boulevard Lacaussade éradiqué. Sous quel prétexte ? La maladie ? Ce qui restait du tronc après la coupe montrait une structure saine et si maladie il y avait eu, n’aurait-il pas été mieux de soigner l’arbre plutôt que de le livrer à la tronçonneuse ?
  • La municipalité de Saint-Denis et la Cinor ne sont-elles pas également responsables de l’abattage récent des Vacoas de la promenade du bord de mer à la hauteur de l’échangeur de Sainte-Clotilde ? Sans d’autre raison apparente que de donner un peu d’exercice aux tronçonneurs ?
Vacoas étêtés : dernier méfait de la municipalité dionysienne.

Vacoas étêtés : dernier méfait de la municipalité dionysienne.

 

La municipalité de Saint-Denis qui veut se donner une étiquette de ville verte, est la principale responsable des massacres d’arbres perpétrés depuis des années. Et elle utilise le magazine municipal pour faire passer une propagande mensongère…

En matière de mensonge il y eut d’abord le mensonge ordinaire, vieux comme le monde, puis le mensonge par omission plus raffiné, ensuite les statistiques qui seraient, selon un homme d’esprit, la version moderne du mensonge. Un degré nouveau a été franchi avec la communication, art dans lequel la municipalité dionysienne excelle et qui vise à faire prendre au bon peuple des vessies pour des lanternes (4).

 

 

Robert Gauvin.

1) Comme le dit Jean Racine dans « Athalie » : « Aux petits des oiseaux Dieu donne leur pâture et sa bonté s’étend sur toute la nature » …

2) Et voilà Vivaldi de retour sous les Tropiques…

3) On aurait voulu étouffer le lecteur sous cet amoncellement que l’on ne se serait pas pris autrement…

4) Mais Dieu soit loué, les Réunionnais ne se laisseront pas prendre au piège : Demoun vilin nana ankor, demoun kouyon na pi !

  1. a) Ce flamboyant (angle de la rue Sainte-Marie et du Boulevard Lacaussade) doit sa disparition aux services de la Mairie de Saint-Denis.

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Suite à l’article de R. Gauvin sur le Jardin de l’État, nous avons reçu ce message  d’un de nos jeunes lecteurs qui n’y va pas de main morte. Il nous a semblé opportun, en ces journées du patrimoine, de le publier et d’en faire juges nos lecteurs!

 

Cher Monsieur Gauvin,

 

Veuillez excuser ma hardiesse : Je voudrais simplement vous dire ici mon ébahissement devant le texte délirant que vous avez écrit sur le Jardin de l’État, le Jardin du Roy.

Vos idées et votre lyrisme sont dignes d’un jouvenceau romantique. Il me semble pourtant que, blanchi sous le harnois, comme vous l’êtes, vous devriez savoir à quoi vous en tenir à propos de nos dirigeants, de leurs projets, de leurs promesses et de leurs arrière-pensées.

 

L’État actuel du Jardin : ici tout fut calme et beauté !…

L’État actuel du Jardin : ici tout fut calme et beauté !…

Permettez-moi de vous ramener à la raison et de vous dire ce qu’il est advenu du Jardin de l’État au cas où vous ne l’auriez pas vu depuis un certain temps  (1) : ce fameux jardin, qui tenait la dragée haute au Jardin des Pamplemousses à l’île Maurice, est entrain, sous nos yeux, de disparaître par la faute de nos dirigeants politiques. Une large bande de terrain a été, au moment de la création du Commissariat de la rue Malartic, transformé en parking. Cela remonte à quelque temps déjà, il est vrai… De même, sur le côté Nord un bâtiment fort laid a été érigé ; il est occupé à l’heure actuelle par « le Glaive » – admirez l’héroïsme du nom ! – qui a pour tâche de combattre les maladies apportées par le moustique-tigre.…Une partie de ce bâtiment est également occupée, louée je suppose, par une agence immobilière. (Mais où allons nous dans la privatisation ?)

Le Jardin actuel : une allée ou le parcours du combattant ?

Le Jardin actuel : une allée ou le parcours du combattant ?

 

…Dans les rues aux alentours des immeubles envahissent l’espace, se montent en proximité du Jardin et du Muséum, tous deux classés depuis 1978 aux Monuments historiques. N’y a- t-il donc pas de dispositions contraignantes à respecter dans un périmètre protégé auprès de lieux historiques ? Est-ce légal ? Poser la question, c’est y répondre… Le résultat c’est que sous la pression foncière l’espace du Jardin se réduit de plus en plus à une portion congrue, à une peau de chagrin.

Le Jardin d’autrefois, qui était un espace réservé, à la science, à la culture et au développement de notre île, est, sur décision du Conseil général, quotidiennement assailli par une foule qui le parcourt en tous sens pour se livrer à des occupations sportives, associatives ou commerciales : ici on s’adonne au Taï-chi, là au jogging. Plus loin ce sont des expositions de produits artisanaux ou biologiques (2). Tout cela cause bien des dommages au Jardin, mais le summum est atteint depuis que nos édiles départementaux ont décidé d’en faire aussi un parc de jeux pour les enfants avec balançoires, toboggans, jets d’eau et j’en oublie…

Jardin botanique ou aire de jeux : il faut choisir !

Jardin botanique ou aire de jeux : il faut choisir !

 

Le jardin aux pelouses galeuses, aux allées mal entretenues, aux sentiers parsemés de cailloux, à la volière-prison, aux bassins boueux où étouffent de maigres poissons, aux arbres retombés dans l’anonymat – ( ils ont souvent perdu les écriteaux indiquant leur famille et leur pays d’origine)- est en voie de déclin accéléré.

 

État actuel du jardin : le bassin de la désolation.

État actuel du jardin : le bassin de la désolation.

 

Qu’on me comprenne bien : il faut effectivement créer des espaces de jeux dignes des enfants, des lieux d’exposition pour les associations, les artisans, les défenseurs de l’agriculture bio, qui ont besoin d’être soutenus dans leurs efforts, mais c’est se moquer du monde que de vouloir tout installer sur le même espace…Il faut rendre au Jardin de l’État, où se trouve aussi le Muséum d’Histoire Naturelle, sa vocation originelle et respecter notre patrimoine historique et culturel !

Le petit pont a rendu son dernier soupir (Septembre 2015).

Le petit pont a rendu son dernier soupir (Septembre 2015).

Mais au fait quelle peut bien être la motivation de certains de nos élus ? Voici une simple hypothèse que, pour mon compte, je repousse avec dédain : la Direction du Conseil Général ne disposerait-elle pas avec ce jardin de l’État, d’un lieu central où elle peut faire venir des foules auxquelles elle peut offrir des distractions bon marché ? Celles-ci chanteront alors ses louanges et s’empresseront de bien voter pour lui manifester une reconnaissance éternelle…Si non è vero, è ben trovato !!!…

  1. P-A. Gratay.

(1) Je n’arrive pas à m’expliquer autrement votre enthousiasme pour ce qui est devenu l’objet d’un véritable gâchis.

(2) Pas plus tard que samedi dernier se déroulaient dans le Jardin des séances de street-hypnose. Cela aurait-il un rapport quelconque avec la politique patrimoniale du Conseil général?

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En plein centre de Saint-Denis, non loin de la mairie et de la colonne de la Victoire, dans la cour de la Chambre de commerce, un arbre d’une cinquantaine d’années, magnifique, ombrageant et rafraîchissant l’espace, l’embellissant de sa frondaison et de ses fleurs mauves…

Ceci jusqu’à hier. Aujourd’hui rue de la Compagnie, de l’autre côté de la Librairie Gérard la scène où le crime vient d’avoir lieu : il gît sur le sol, découpé en tronçons ; on fera bientôt place nette … et le béton aura triomphé de la vie et l’on crèvera de chaleur en été et la pollution aura encore gagné du terrain.

DSC1597

Qui donc a pu décider de faire procéder à ce massacre, Mr le Président de la Chambre de Commerce et pour quel motif plus ou moins avouable ? On aura peut-être gagné deux ou trois places de parking…

Ignorez-vous qu’un arbre de cette taille joue un rôle important dans la lutte contre la pollution ? « Nous, Humains, avec nos 2m carrés de peau, sous-estimons la surface de l’arbre. Pour la calculer il faut mesurer chaque feuille recto verso, ajouter la surface du tronc, des branches et des rameaux, des racines…Un arbre feuillu de 15 mètres occupe au total 200 hectares, l’équivalent de Monaco…Toute cette surface respire et nous fait respirer » nous dit Frédéric Joignot dans un article tiré du « Monde », intitulé « L’arbre, allié de taille » et qu’on peut découvrir sur Internet.

Pour le botaniste Francis Hallé (1): « Grâce à la photosynthèse, l’arbre est notre meilleur allié contre le réchauffement climatique. »

En cette année où se prépare la grande Conférence de Paris sur le climat, afin de sauver l’humanité de la catastrophe annoncée, la Chambre de Commerce de La Réunion donne l’exemple à ne pas suivre. (2)DSC1599

Ce crime restera-t-il impuni ? Cette faute ne sera-t-elle jamais réparée ?

DPR974.

  • À lire : « Du bon usage des arbres. Plaidoyer à l’attention des élus et des énarques » de Francis Hallé ; Actes Sud 2011/14 Euros.
  • Alors que de nombreux Réunionnais s’engagent pour que le Banian du Port soit désigné comme le plus bel arbre de l’année en France, le massacre à la tronçonneuse de l’arbre de la Chambre de Commerce semble nous dire que celle-ci n’est « pas là èk sa », que la pollution de nos villes et le réchauffement climatique sont le cadet de ses soucis.
  • Les photos sont de J.C.

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