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Archive for the ‘Uncategorized’ Category


1ère partie

L’enfance de Jean-René Grondin

Je suis pour l’état civil René Jean GRONDIN mais tout le  monde m’appelle Jean René.  Je suis fils de Marie Joseph Maurice GRONDIN et de Marie Bernadette DUMONT. J’ai vu le jour  en 1941, aux Colimaçons, au lieu-dit la Petite Ravine, dans une famille qui comptait déjà 7 enfants. Les temps étaient alors difficiles en particulier pour les familles pauvres des Hauts de la Réunion. C’était la guerre et la Réunion était encore Colonie.

Je me souviens de ma prime jeunesse, des champs de cannes ondulant jusqu’à l’Océan Indien, des chemins de terre parcourus par des charrettes tirées par des bœufs et par quelques rares voitures d’une poignée de favorisés du sort. Quoique pauvres nous n’étions  pas les plus mal lotis. Nous vivions près de nos  grands-parents. Nous étions des gens de la terre, mais sans terre. Nous cultivions surtout le géranium à la Chaloupe-St-Leu et à Trois-Bassins sur la terre des autres : celle-ci appartenait aux CHATEAUVIEUX, aux HIBON ou aux BEGUE.

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Un jour mon père a dû avoir un différend  avec le gérant de la propriété BEGUE, qui l’a tout simplement prié de vider les lieux. Ce qui fut fait sans tambour ni trompette. Cela se passait en 1946.

Les hauts de St-André

Je ne sais pas exactement comment cela s’est passé, mais nous avons quitté les Hauts de l’Ouest pour les Hauts de l’Est et avons trouvé un point de chute à Menciol sur le territoire de la commune de St-André. Le terrain appartenait au Crédit Foncier puis plus tard il fut acheté par la Société BELLIER. Les cannes de cette zone étaient broyées à l’usine de Ravine Creuse.

(suite…)

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Quel titre étrange, voire paradoxal ! Comment un trou, synonyme d’enfermement, de prison, peut-il dans certains cas, évoquer à La Réunion, la liberté ? D’où vient ce goût des Réunionnais pour leurs cirques naturels, leurs grottes, leurs cavernes, leurs tunnels de laves, leurs trous de bébêtes (1), leurs îlets (2). Historiquement cela s’explique par le fait que les esclaves d’abord, pour échapper à la servitude, ont pratiqué le marronnage dans les endroits les plus cachés, les plus inaccessibles de notre île. Imités plus tard en cela par les descendants des colons blancs qui ne voulaient pas dépendre de l’autorité de leurs aînés, seuls héritiers des terres familiales : le trou c’était l’indépendance, c’était la liberté !

Nous avons déjà écrit sur des trous de la Réunion, le Trou Pilon, le Trou de Sas et le Trou de Cissia qui se trouvent dans le sud de l’île (3). Nous poursuivons aujourd’hui notre périple de découverte avec trois autres trous  dans l’Est, dont deux sont en fait des îlets : le « Petit Trou » avant le pont de l’Escalier sur la route qui mène à Salazie et, dans le cirque proprement dit, les « Trous Blancs » au pied du Gros Morne. Notre dernier point de chute sera le « Trou de Fer », une curiosité naturelle impressionnante qui mérite le détour ou à défaut un survol en hélicoptère…

 

 

Quand on s’engage sur la route de Salazie, viennent immédiatement à l’esprit les vers de notre poète national (4) évoquant l’intérieur de l’île :

«Perdu sur la montagne, entre deux parois hautes,

Il est un lieu sauvage au rêve hospitalier… »

C’est à Petit Trou, dans un cadre semblable qu’a vécu, Léon LARAVINE, un personnage singulier dont Catherine LAVAUX (5) nous rapporte l’histoire : « C’était une figure originale : sur le « rempart » dominant la route de Salazie, près d’une aiguille très pointue, il avait installé son « boucan » (6) à peu près à la hauteur de Petit Trou. A cet ancien combattant, le gouvernement avait donné, en récompense de ses bons services, un petit bout de terre. On pouvait y accéder facilement par le chemin de Dioré mais Léon préférait la rapidité et la difficulté en grimpant par le rempart à l’aide d’une échelle de corde. Il élevait là-haut bœufs, cabris, porcs, volailles qu’il tuait et descendait par son échelle pour aller les vendre à St-André. Il vivait comme un Robinson… Un jour on s’étonna de ne pas l’avoir vu de la semaine ; quelqu’un monta et le trouva mort… »

Près de P’tit Trou au lieu dit « La Passerelle », vivent aujourd’hui des familles qui doivent traverser la Rivière du Mât pour rattraper la route de Salazie. Dans les années 1960 monsieur COLLET père, pour pouvoir écouler ses produits agricoles,  construisit de ses mains et à ses frais une « passerelle » au-dessus de la rivière, qui donna son nom au petit village.

 

La passerelle de Mr Collet (collection privée).

La passerelle de Mr Collet (collection privée).

La vie était dure et la passerelle d’alors  rendit bien service jusqu’au jour où le RSMA (Régiment du Service Militaire Adapté) se fit un devoir de la doubler d’un pont carrossable.  Cela a tout changé : Quel bonheur de vivre aujourd’hui dans de tels « petits trous »  à l’abri du vacarme des villes ! Aspect idyllique, vie de Robinson, mais celui qui connaît la nature réunionnaise sait que tout peut changer très vite. À preuve les cyclones, les crues, les éboulements de terrain comme nous le verrons bientôt.

Les Trous Blancs.

Nous continuons vers Hell-Bourg pour nous rendre aux « Trous Blancs » au pied du Gros Morne. A écouter les gens du coin, ce site aux coteaux pentus a connu une histoire paisible. Pourtant, en 1875, selon un document des Archives Départementales, les habitants ont eu une peur bleue et ont été « obligés de déguerpir des environs du sinistre arrivé au «Grand Sable» en raison du danger qu’il y avait à demeurer dans une localité devenue inhabitable ». Quittèrent ainsi la zone dangereuse : LEBRETON Hubert, veuve BILLAUD, TECHER, DUGAIN Henri, DUGAIN Auguste, FESSARD André, FESSARD Jean-Baptiste, DAMOUR Exoïde, PAUSE Jean, SAUTRON Henri, L’INTÉRESSÉ Oscar, TOUSSAINT, NICOLAS Joseph, ROBERT Charles, JULIENNE F. , L’INSENSIBLE Eugène…

 

 

Que s’est-il donc passé à cet endroit ? Charles LEAL, journaliste mauricien, qui visita l’île en 1877 raconte cet événement dans son « Voyage à La Réunion ». « Il me tardait – écrit-il – de voir de près l’endroit où avait eu lieu le grand éboulis de 1875, qui a fait tant de victimes au Grand Sable. M. Joseph TECHER, un cultivateur de la Terre Plate, que j’avais rencontré le jour même de mon arrivée, voulut bien me servir de guide, me déclarant qu’il avait été témoin de cette effroyable catastrophe. Voici textuellement l’histoire des faits tels qu’ils se sont déroulés, et tels que M. TECHER se rappelle les avoir enregistrés dans une lettre écrite à l’un de ses amis, le lendemain même de l’éboulis. »

Eboulis du 26 novembre 1875. (Album de Roussin)

Eboulis du 26 novembre 1875. (Album de Roussin)

« Mon cher ami,

… La pluie qui, depuis plusieurs jours, tombait par torrents, venait de cesser, quand tout à coup, j’entends (un) bruit terrible … Encore à demi mouillé, je sors de la paillote qui me sert de cuisine, et alors un de ces spectacles qu’il n’est pas donné de contempler deux fois dans la vie, s’offre à mes yeux ! Les blocs, descendant du Gros Morne, roulaient les uns sur les autres, s’entrechoquant avec un bruit semblable au roulement du tonnerre, puis, rencontrant un Morne qui s’élève au pied des Salazes et qui, à ce qu’il paraît, est plus dur que le granit, s’élevaient à plus de cinquante pieds et retombaient en bondissant comme une grêle gigantesque. Peu à peu le calme s’est fait et alors nous avons pu nous rendre compte de l’horrible désastre. Cases, familles, et plantations, tout avait disparu dans le Grand Sable naguère si animé ; hier encore, une jeune fille du fond venait nous faire part de son prochain mariage et aujourd’hui, elle et son fiancé dorment sous l’éboulis. »

 

Le 24 novembre 1875, sous un amas colossal de roches et de terre, (18 millions de mètres cubes), 17 cases furent englouties entraînant la mort de 63 personnes.  Aujourd’hui une stèle rappelle cet événement tragique sur le sentier de la boucle des Trous Blancs.

 

Le Trou de Fer… ou comment j’ai échappé à l’enfer.

 

 

Cascade du trou de fer, photo V. Gauvin

Cascade du trou de fer, photo V. Gauvin

« Quoi ? », me dit mon interlocuteur, touriste fraichement débarqué sur notre île, « Vous prétendez être Réunionnais et n’avez jamais exploré le Trou de fer ? Vous êtes bien tous les mêmes. Vous habitez une île extraordinaire, l’île à grand spectacle, à en croire vos agences de voyage à court de superlatifs et vous ne connaissez pas le Trou de fer ?! »

Je fus tenté de répondre vertement à ce représentant d’une espèce fort répandue, celle des Jesaistout, pour qui le monde n’a pas de secrets et qui connaissent notre île intimement avant même d’y avoir mis le pied et s’en repartent au bout de quinze jours, fort des convictions forgées bien avant leur arrivée.

Je voulais, pour prouver ma qualité de Bourbonnais grand teint, de créole authentique, de Réunionnais de bonne extrace, en appeler à mes ancêtres venus de Bretagne, de Goa ou du Tamil Nadu, du Mozambique et de Madagascar. Je voulais mettre en avant ma maîtrise incontestée de la langue créole, mon addiction au piment, au rougail, au carri et au punch. Je voulais invoquer ma foi, résultat d’une subtile alchimie de plusieurs religions, judéo-chrétiennes, hindouistes et animistes. …Mais je sentis que le cas de mon interlocuteur était désespéré et pensai in petto: « À quoi bon ? » en me contentant de sourire…

Et pourtant il y avait là une faille dans mon armure, un manque dans mon éducation, une lacune dans ma culture : je l’avoue humblement, je ne connaissais pas le Trou de fer. Je me devais de réagir avant qu’il ne fût trop tard. Je décidai incontinent d’explorer cet abîme, d’entreprendre la descente quasiment abyssale du Trou de fer, de risquer ma vie s’il le fallait. J’en pris l’engagement solennel :

 

Croix de bois, croix de fer,                                                                                                                                                      Si je mens je vais en enfer !

 

Première possibilité : la randonnée.

Plusieurs possibilités s’offraient à moi que j’étudiais avec le plus grand sérieux, la première étant la randonnée, sac au dos, à partir d’Hell-bourg ou de la petite Plaine vers le gîte de Bélouve avec sa magnifique forêt de Tamarins des Hauts et de là vers la cascade du Trou de fer.

 

 La reine des Tamarins, abattue peut-être, mais vivante ! Photo V.Gauvin

La reine des Tamarins, abattue peut-être, mais vivante ! Photo V. Gauvin

 

Je me réjouissais à l’idée de rencontrer en chemin la « Reine des Tamarins », arbre gigantesque, qui par sa hauteur, son diamètre, ses branches, son feuillage offrait, hélas, trop de prise aux cyclones. À force de rafales, de vents tourbillonnants, de ralés-poussés, un cyclone plus intense que les autres avait fini par l’abattre. Mais même dans cette position allongée, inconfortable et peu naturelle pour un arbre, il avait retrouvé assez de force et de ressource pour continuer à plonger ses racines dans les profondeurs du sol volcanique et lançait vers les cieux des branches nouvelles.

Il y avait cependant deux inconvénients à choisir cette voie : D’abord le sentier qui était difficilement praticable en temps de pluie (7) et Dieu sait si les averses sont fréquentes dans cette région de l’île ! Cependant que l’eau venue du ciel s’infiltrait par le moindre interstice, sous l’imperméable on dégoulinait de sueur. Dans la grisaille on n’y voyait goutte et la progression s’avérait malaisée… On pataugeait dans la gadoue ; les chaussures collaient au sol, et au moment où l’on s’attendait le moins, le sentier se transformait brusquement en toboggan et l’on entreprenait sur les fesses une glissade involontaire d’une bonne dizaine de mètres, au risque de se retrouver dans les ronces du ravin, corbeilles d’or, sapans ou raisins marrons qui vous attendaient toutes griffes dehors. Dans le meilleur des cas on se relevait, pantelant, le visage scarifié, le corps endolori, complètement mouillé, berné (8 ) de pied en cap d’une boue visqueuse, en se demandant ce que l’on faisait là, ne sachant s’il fallait poursuivre sa route ou rebrousser chemin…Bref, très peu pour moi !…

 

Lorsque le guide touristique que je m’étais procuré, m’apprit en outre que l’on n’arrivait pas réellement au trou de fer mais à un point de vue d’où l’on apercevait, en l’absence de brume, entre deux averses, la cascade du trou de fer à une distance respectable, je renonçais à prendre cette route qui ne me permettait pas d’arriver à mes fins : descendre au plus profond du Trou de fer !

Si je choisissais cette voie je risquais d’être la risée de générations de touristes.

 

La deuxième possibilité : la technique de l’araignée.

Je décidai alors de changer mon fusil d’épaule et pour cela d’adopter la technique de l’araignée Nephila inaurata (à ne pas confondre avec le bibe vulgaire ou le babouk !) qui fait des prouesses de géométrie dans l’espace à partir du fil qu’elle fabrique en tant que de besoin. Je m’adressai à une équipe de canyonistes accomplis qui voulut bien m’initier et m’accompagner. Je me voyais déjà tout harnaché, chaussé de brodequins, la tête en sécurité dans un casque quasiment intégral. Je m’imaginais suspendu par un harnais et une corde à des sortes de piquets de métal, solidement fixés dans la roche dure. Tant bien que mal je progressais vers les profondeurs en repoussant du pied la paroi contre laquelle je risquais plus d’une fois de m’écraser.

Je me souvins alors que j’étais sujet au vertige et qu’il arrivait aussi – ce fut le cas récemment pour un malheureux alpiniste descendant les Salazes – que les piquets ne tiennent pas et que l’on soit précipité à quelques centaines de mètres plus bas avec le résultat qu’on devine aisément. J’eus la sagesse de renoncer à cette performance qui risquait de mal tourner.

 

L’araignée Nephila inaurata dans ses oeuvres…(Aquarelle H. Payet).

L’araignée Nephila inaurata dans ses oeuvres…(Aquarelle H. Payet).

 

Il ne me restait plus qu’une seule possibilité, le recours à l’hélicoptère…

On m’assura que ce moyen de déplacement offrait une sécurité satisfaisante, mais avant de m’engager plus avant je résolus de visionner un film sur le sujet. Ah, mes amis ce fut une expérience révélatrice qui hanta nombre de mes rêves avant le jour fatidique ! Je vis dans ce film comment l’aéronef décollait à la verticale en quelques rotations de ses hélices, puis, après le rapide survol de la plaine littorale, il s’engagea dans un lit de rivière entre deux parois qui progressivement gagnèrent de la hauteur. Bientôt il fut enfermé, enserré, bloqué : un mur à droite, à gauche un à-pic, en face une infranchissable muraille de Chine. Aucune issue, aucune perspective… L’hélico et ses passagers étaient pris au piège, mais le pilote, cet inconscient, ne semblait pas s’en faire, bien qu’il fût en charge d’âmes humaines. Que faire, Bon Dieu, Seigneur ! Que faire ?

Le bruit des pales du rotor se transforma, de bourdonnement il devint pétarade, puis vacarme que répercutait l’écho. L’hélico était condamné au sur-place. Dans le film les passagers s’affolaient, visiblement saisis de kap-kap (9). Une dame particulièrement pieuse, s’était déjà signée moultes fois ostensiblement… Soudain, ô miracle, alors qu’on ne s’y attendait plus, un espace se dégagea qui ouvrit à l’appareil une voie certes étroite, mais suffisante pour qu’il se faufilât sans demander son reste. Équipage et passagers étaient sauvés ! Alleluja !

 

Le film en question montrait alors l’endroit où devait commencer la plongée dans le trou proprement dit. Devant des yeux qui avaient du mal à rester dans leurs orbites, s’ouvrait un entonnoir dans lequel se précipitait une cascade qui se jetait à des centaines de mètres plus bas. Lentement d’abord, puis plus vite, l’hélico s’enfonça. En même temps s’amorçait un mouvement opposé de l’estomac, des intestins, bref des entrailles, qui voulaient trouver une issue… vers le haut. Comment cela allait-t-il finir ? Nul ne le savait, sinon peut-être le pilote qui gardait prudemment le silence… Tant bien que mal l’on arriva au fond de l’entonnoir qui ressemblait lorsqu’on levait les yeux à un tunnel vertical…On n’était pas au bout de ses peines, car il faudrait bientôt reprendre la montée !

 

Si la descente apparaît normale au commun des mortels en fonction des lois de la gravitation newtonienne, quelles sont donc celles qui sont à l’œuvre pour la remontée ? Je ne les connais pas toutes, si ce n’est que plus vite on monte et plus vite les entrailles, les tripes et autres boyaux ressentent une propension égale mais opposée à se précipiter vers le bas…

Une autre loi universelle également est celle qui nous enseigne que plus la situation est délicate et plus les appareils sophistiqués ont tendance à se dérégler…C’est à ce moment précis, en effet, que le bruit des pales se fit irrégulier, laissant craindre une panne plongeant équipage et passagers dans un doute métaphysique…

Après bien des vicissitudes et des tournés-virés l’on atteignit à nouveau le sommet de la cascade et d’un bond guilleret l’aéronef, comme délivré de la pesanteur, franchit la chaîne de montagne, déboula à toute vitesse dans le cirque de Salazie, frôla à la vole le Piton d’Anchaing et joyeusement regagna sa base. Ici finit le film.

Ils en sont revenus, photo V. Gauvin

Ils en sont revenus, photo V. Gauvin

…Deux jours plus tard j’eus de bonne heure un appel téléphonique urgent. La compagnie d’hélico m’annonçait que mon survol prévu pour cette date, devait être, hélas, pour d’impérieuses raisons météorologiques, annulé. Par politesse je feignis la déception, mais intérieurement je jubilais : mon esprit était soulagé, mon cœur bondissait d’allégresse. J’avais retrouvé l’optimisme et le goût de vivre. Le fameux survol en hélicoptère fut remis – Grâces soient rendues à Dieu – aux calendes grecques, ou si vous préférez à la Saint Glinglin !…

 

 

Christian Fontaine et Robert Gauvin.

 

 

Notes :

(1) Le « trou de bébête » évoque en créole réunionnais un coin perdu, situé au diable vauvert.

(2) « On appelle ainsi à Bourbon (La Réunion), les localités circonscrites comme des îles par des cours d’eau, des ravines et même de simples plis de terrain, sur les pentes des montagnes » (F.de Mahy, 1891). Cf. Le Dictionnaire illustré de La Réunion.

(3) Se reporter à l’article de ce blog intitulé : De la « Psychologie sociologique des trous »…

(4) Ce qui valait pour « Le Bernica », dans l’Ouest de l’île, sous la plume de Leconte de Lisle, convient parfaitement pour le cadre de l’îlet Petit Trou.

(5) Catherine Lavaux est l’auteur d’un livre remarquable sur La Réunion, constamment réédité depuis 1973, intitulé : «  Du battant des lames au sommet des montagnes ».

(6) Boucan : petite cabane de paille.

(7) Il faut reconnaître que depuis l’époque dont nous parlons l’O.N.F a travaillé à l’amélioration de ce chemin en construisant de nombreux caillebotis qui permettent d’échapper à la boue due à un climat particulièrement pluvieux.

(8) Nous créoles étions dans le vrai : le terme « berner » – courant en créole – n’existe pas dans notre Petit Robert français, mais l’internet nous apprend que J. Orr, s’appuyant sur une interprétation très plausible d’une expression utilisée par Rabelais, pense que le sens principal de « berner » serait « souiller » ; « berner » étant dérivé de « bren » (matière fécale). Cf : http://www.cnrtl.fr/ définition/berner in Etymol. et Hist.

(9) Kap-kap : avoir le kap-kap (Créole) : trembler de fièvre.

(10) D’après les connaisseurs de la terminologie géographique, le nom de Trou de fer serait utilisé par erreur. Le nom exact que l’on pourrait retrouver sur des cartes anciennes serait « Trou d’enfer » dont tous les visiteurs reconnaissent qu’il est tout à fait justifié. Une pétition devrait bientôt circuler pour obtenir la restitution de cette appellation contrôlable.

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La ministre des outremers, George Pau-Langevin, a effectué une visite de 2 jours dans notre île. Les récents événements intervenus autour du chantier de la nouvelle route du littoral ne peuvent que l’interpeller. D’autant que la décision du gouvernement de mettre fin définitivement au chantier déjà largement entamé du barrage de Sievens tel qu’il était conçu, ou le report de sa décision concernant l’aéroport de Notre-Dames-des-Landes, montre que rien n’est irréversible.

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Illustration : Vinci

George Pau-Langevin ne peut ignorer que l’un des chantiers routiers de France les plus complexes et les plus coûteux doit se construire sur le territoire de La Réunion.

  • Le coût initial (valeur 2010) du projet de la nouvelle route du littoral est de 1 milliard 660 millions d’euros, soit 133 millions d’euros le kilomètre ! Des moyens budgétaires conséquents ont été mobilisés sans qu’aucune expertise économique et financière n’ait été réalisée malgré les demandes maintes fois réitérées.
  • La construction en pleine mer de cette route, dont les besoins en matériaux s’élèvent à près de 20 millions de tonnes de roches, est porteuse d’impacts multiples sur le plan de l’environnement. Le Conseil National de Protection de la Nature a d’ailleurs émis un avis défavorable sur ce projet.

Force est de constater que l’État est jusqu’à maintenant pleinement engagé au côté de la Région Réunion pour la réalisation de ce projet. Celui ci ne pourrait voir le jour sans la participation financière importante de l’État et sans toutes les autorisations administratives liées aux réglementations notamment en matière d’environnement.

Le Gouvernement a donc une responsabilité quant à l’engagement et au suivi de ce chantier conduit sous la maîtrise d’ouvrage de la Région.

La Ministre des outremers ne peut donc qu’être interpellée par les premières difficultés rencontrées et qui font ressortir le caractère totalement inédit sinon aberrant de ce chantier périlleux :

  • Alors que des marchés ont été signés, la matière première du chantier n’est toujours pas garantie. On n’a jamais vu un chantier lancé sans que la matière première ne soit disponible ! Or, c’est ce qui se passe avec ce projet de route en mer. Va-t-on éventrer La Réunion, au mépris de toutes les règles environnementales et de prévention des risques, pour construire en pleine mer 12 kilomètres de route, en bouleversant l’écosystème et en défiant tous les phénomènes climatiques ?
  • Alors que le chantier n’en est qu’à ses travaux préparatoires, il n’a fallu que les intempéries modérées liées à la proximité relative d’un cyclone et d’une tempête tropicale, dont l’impact pour notre île a été par ailleurs minime, pour que le chantier de la nouvelle route du littoral soit perturbé par la houle et subisse des premiers dégâts : digues endommagées, déplacement des enrochements, emportement de la plateforme de remblais par la mer, nécessité de mise à l’abri de la plateforme de sondage et immobilisation du matériel, arrêt des travaux…

Que se passera-t-il quand La Réunion sera directement touchée par un événement climatique d’ampleur comme un cyclone ? Peut-t-on imaginer que durant les 7 ans initialement prévus de durée du chantier, La Réunion soit à l’abri de tout phénomène climatique extrême ? Faudra-t-il alors à chaque fois arrêter le chantier, mesurer les dégâts occasionnés sur le chantier et tout recommencer ?

Ces premiers événements ne sont que des prémices. Ils sont annonciateurs d’autres aléas qui vont inéluctablement conduire à une catastrophe prévisible. Le chantier de la route en mer ne pourra jamais être mené à terme dans les délais annoncés et va engloutir des moyens considérables, en pure perte.

Il n’est pas possible de ne pas analyser ces événements et de ne pas essayer d’en tirer les enseignements pour le présent et pour l’avenir. Il n’est pas possible de fermer les yeux devant la réalité qui se dessine sous nos yeux.

L’année 2015 est présentée comme celle du début d’exécution des premiers travaux. Va-t-on s’engager dans le scénario d’une catastrophe environnementale majeure au moment où Paris doit accueillir la conférence mondiale sur le climat ?

La décision du gouvernement de mettre fin définitivement au chantier déjà largement entamé du barrage de Sievens tel qu’il était conçu, ou le report de sa décision concernant l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, montre que rien n’est irréversible.

Prenant en compte ces éléments, le groupe des Conseillers régionaux de l’Alliance a sollicité une audience auprès de la Ministre des outremers.

Les conseillers régionaux de l’Alliance
20 janvier 2015

Tous nos remerciements (DPR974 ) vont à   http://www.7lameslamer.net/  .

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Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2014 de ce blog. En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2 700 personnes. Ce blog a été vu 49 000 fois en 2014. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 18 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

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2013 en révision


Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2013 de ce blog.

En voici un extrait :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2.700 personnes. Ce blog a été vu 37  000 fois en 2013. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 14 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

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SUR LES TRACES DU PÈRE DAUBENBERGER

Si vous voulez faire le tour de l’île en passant par l’Est, vous sentirez nettement, juste après Saint-Benoît, que vous entrez dans un autre univers. La route se fait moins large, les ponts rétrécissent, franchissant des ravines à sec dont le lit est constitué d’un chaos de basalte. Les maisons modestes en bois sous tôle semblent s’accrocher au sol. L’air y est différent, les contrastes de couleur plus forts. Les montagnes, les ravines, la végétation vous donnent le sentiment de pénétrer dans un monde mystérieux où des forces telluriques sont à l’œuvre, où les hommes ne font pas le poids face à la nature.

Vous en êtes là de vos pensées quand, soudain, au détour de la route, l’espace s’ouvre en grand et vous restez bouche bée devant une apparition, un édifice qui se détache sur l’azur du ciel : l’église de Sainte-Anne… Vous la connaissiez, bien sûr, mais la restauration  qui vient d’en être faite la rend plus belle, plus étrange, plus impressionnante encore.

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Ceux qui la voient pour la première fois se perdent en conjectures. De quel style est-elle ? Chacun a  entendu parler du style roman, du style gothique, du style classique…mais cette église-là est inclassable, originale, singulière en particulier par l’abondance de la décoration de sa façade et les couleurs de l’intérieur. Sommes-nous en Europe, en Orient ? Serait-elle la création d’un facteur Cheval des tropiques ? Ne sachant comment la cataloguer les journalistes, pour qualifier son étrangeté, la disent « baroque » (1). Elle surprend, intrigue, ne laisse personne indifférent.

Ce n’est évidemment pas l’église d’origine, fort modeste, que l’abbé Cornet avait commencé à bâtir en 1857. Celle-là a été fondamentalement transformée  à partir de 1921 quand arriva dans cette paroisse du bout du monde le père Georges Daubenberger, d’origine alsacienne, fils d’architecte et missionnaire en Afrique où il a construit    églises, écoles et léproseries.

Il faudrait pouvoir lire dans les pensées du père à son arrivée à La Réunion, imaginer peut-être sa désillusion, deviner ses craintes et ses espoirs : l’île de la Réunion de 1921 sentait encore à plein nez la colonie, avec sa misère, ses cases en paille, ses enfants dont beaucoup mouraient en bas âge, ses hommes et ses femmes allant nu-pieds. La plus grande partie d’entre eux était analphabète et le métissage qui avait fait se rencontrer dans ces confins du monde l’Afrique, l’Asie et l’Europe, n’était pas seulement génétique, mais aussi culturel et religieux : chacun se concoctait sa religion personnelle où se mêlaient  éléments de doctrine chrétienne, croyances hindouistes et sans doute aussi culte des ancêtres et pratiques relevant de la sorcellerie. Dieu, ici, pouvait prendre des noms et des formes multiples …Pour les chrétiens, ou baptisés comme tels, ce n’était pas le Dieu d’amour (arrivé bien plus tardivement sous nos latitudes) qui régissait le monde, mais le Dieu justicier et prompt au châtiment de l’Ancien Testament (2).

On imagine le père Daubenberger autoritaire, bourru, marqué par sa culture germanique (Il est né et a vécu toute sa jeunesse dans une Alsace rattachée à l’Allemagne ; en Afrique il a travaillé en tant que prêtre dans les colonies allemandes). On l’imagine parlant français avec un accent à couper au couteau. Connaît-il le doute devant la tâche qui l’attend ? Si oui, alors il le balaie certainement très vite. Il n’est pas homme à baisser les bras. Le père Daubin, comme l’appellent ses ouailles, a le sens de la décision, de l’organisation, de l’action. C’est un homme  qui a la foi en Dieu, mais aussi la foi des bâtisseurs. Il sait, en outre, communiquer son énergie, transmettre son enthousiasme.

Détails de la décoration de la façade.

Détails de la décoration de la façade.

Il décide de transformer l’église, d’en faire quelque chose de remarquable  avec l’aide d’un maçon expérimenté, Raphaël Calciné. D’après celui-ci, cité par le Mémorial de l’île de la Réunion, «  le père Daubin  voulait quelque chose de splendide aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur ».  Il décide de décorer la façade,  de placer le clocher sur le devant et de construire une petite chapelle en l’honneur de Sainte Thérèse de Lisieux (Celle-ci a été canonisée en 1925).

Il s’attaque d’abord à la façade et à la décoration, faite de milliers de pièces moulées : « les motifs ont été fabriqués pièce par pièce, raconte R. Calciné (in le Mémorial ). En bas dans l’église, les filles de Marie et le père coulaient le ciment dans les moules que le père avait fait fabriquer d’après ses dessins. Plus tard ils les démoulaient et  les assemblaient par séries de 4 ou 5 sur des bases en ciment. Quand le tout était sec, on le montait sur la façade où je procédais à l’assemblage final ».

Dans son entreprise le père entraîne les enfants du catéchisme, les filles de Marie, des bénévoles : cette église sera leur création, l’objet de leur fierté, un témoignage de leurs capacités. Les fidèles qui construisent l’église s’approprient l’édifice. C’est leur bien, leur église qui enracine un peu plus en eux la foi chrétienne.

Intérieur de la Chapelle dédiée à Ste Thérèse.

Intérieur de la Chapelle dédiée à Ste Thérèse.

En outre, cette église inclassable correspond à leur métissage culturel, à leur penchant pour une décoration surabondante, à leur goût  pour la couleur (2). Il n’est besoin pour s’en persuader que de contempler  l’azur du ciel constellé de roses de la chapelle Sainte Thérèse. Ce n’est pas une église européenne transplantée sous le ciel des tropiques ; c’est une église selon leur cœur.

Cette église répond aussi aux besoins de repères des fidèles : en pédagogue averti le père Daubin  fait installer dans la chapelle trois demi-globes moulés en ciment. Sur le premier l’on voit La Réunion et ses communes, sur le second la France et ses départements et sur le troisième on découvre essentiellement où se situe La Réunion par rapport aux îles voisines, à l’Afrique et surtout à la France : c’est qu’à l’époque rares étaient les Réunionnais qui étaient sortis de leur île. Ils ne se doutaient pas que « Dehors est un grand pays… » comme l’écrit le poète Alain Lorraine. Pour la plupart des habitants de Sainte-Anne l’horizon se limitait alors à Saint-Benoît. Aller à  Saint-Denis relevait de l’expédition vers une terra incognita.

En grand sur le globe la Réunion et ses communes.

En grand sur le globe la Réunion et ses communes.

Le prêtre-bâtisseur de Sainte-Anne est un homme exceptionnel, auteur d’une réalisation hors du commun, intrigante, unique. Son originalité fait que la façade de l’église, son clocher et la chapelle consacrée à sainte-Thérèse en totalité ont été classés sur la liste des monuments historiques en 1982 et qu’elle attire de plus en plus de touristes (3).

Le père Daubenberger a marqué de sa personnalité, de ses réalisations le bourg de Sainte-Anne et sa population. Sainte – Anne ne peut se concevoir  sans la présence du père Daubenberger. Sainte-Anne, c’était sa vie, son œuvre. Et l’on comprend aisément, qu’après un apostolat de 25 ans, il ait voulu être enterré dans le chœur de son église.

Robert Gauvin

 

Notes :

1)   baroque, du portugais « barroco » qui signifie « perle irrégulière ».

2)   La question de la couleur n’est pas secondaire. Elle a été encore l’objet de longs débats au moment de la restauration qui vient d’avoir lieu ; certains s’opposaient à l’utilisation du jaune qui faisait « trop malbar ! » Les couleurs finalement adoptées, gris, jaune pâle et terre cuite sont du plus heureux effet.

3)   Le jour de notre visite il y avait nombre de touristes métropolitains et un car entier de Mauriciens. Il nous semble que l’accueil peut être nettement amélioré : pourquoi n’y a-t-il pas à l’entrée, outre les documents d’ordre religieux, des cartes postales de l’édifice et des brochures sur l’histoire de l’église et son architecture? D’autre part le panneau de renseignements qui se trouve sur la droite de l’esplanade n’est pas immédiatement visible et n’est pas en très bon état. Il y a, paraît-il, des visites guidées ; comment sont elles organisées ?

Remarque complémentaire : L’église de Sainte-Anne est si originale qu’elle a été choisie comme cadre de la cérémonie de mariage du film de François Truffaut « La sirène du Mississipi ». Jean-Paul Belmondo se mariait à Catherine Deneuve  et le couple recevait la bénédiction du prêtre, rôle joué par Albert Ramassamy, secrétaire de la section locale du Sni (Syndicat national des instituteurs) et futur sénateur socialiste.

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