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Archive for the ‘Nature’ Category


(LETTRE D’UN PAPY PERPLEXE À SA PETITE-FILLE)

 

Chère  Anaïs,

Ma chère petite fille,

Je fais appel à toi, car j’apprécie ta sagacité malgré ton jeune âge ; je connais aussi l’amour que tu portes à la nature, à la protection de notre terre, de sa flore et de sa faune. Et je veux te soumettre une question délicate, devant laquelle, malgré l’expérience acquise, je ne sais à quel saint me vouer. Voici ce dont il s’agit :

Le conquérant (Photo : Michel Fontaine)

 

Tu les connais bien, chère Anaïs, les merles Maurice qu’on appelle aussi oiseaux Condé ou si tu préfères « les petits chapeaux noirs » : ces oiseaux élégants avec leur toupet de plumes crânement porté, leur petite culotte rouge, leur œil malin. Ils sont beaux et chantent joliment…Mais ce sont des ennemis des cultures : fruits, légumes, piments poiquants (2) fleurs d’orchidées et j’en passe, ils mangent de tout ! Cette année ils ont déjà liquidé les raisins de la tonnelle de Mme Hoarau, avalé goulûment les petits boutons fleuris de mon jasmin de nuit, se mêlent en misouk (3) aux tourterelles auxquelles je distribue des graines et maintenant ils osent encore attendre que les grenades de la voisine virent de l’orangé au rouge avant de se fendre en deux pour laisser entrevoir leurs graines d’un rose nacré.

Et alors c’est le carnage, le pillage, que dis-je la dévastation !

Même les caramboles y passent (Illustration : H. Payet)

Non contents de se goinfrer de la sorte, ils sont agressifs et menacent l’existence du merle Bourbon (4) en s’emparant de son territoire. Alors, même si je suis pacifique de nature, je considère le merle Maurice comme un ennemi. Je sens sourdre en moi des pulsions criminelles et je voudrais bien que La Réunion soit débarrassée de cet envahisseur…

J’étais, l’autre jour, assis rêveusement à mon bureau quand je vois un drôle de manège : dans l’ixora (5) tout proche j’entr’aperçois un furtif battement d’ailes : je crois entendre comme un frôlement entre les feuilles de l’arbuste ; je redouble d’attention tout en m’efforçant de ne pas me montrer et je vois un couple de merles Maurice qui continuent  leur carrousel quasiment à portée de ma main.

Non ! Ce n’est pas possible, c’est de la provocation ! Cela ne va pas se passer comme cela ! Venir me défier ainsi à mon nez et à ma barbe ! Je décide d’agir, de les chasser, de détruire le nid qu’ils ont sans doute commencé à édifier : je me lève, ouvre  doucement la fenêtre, écarte les ramures qui séparent sans doute ma main justicière de quelques brins de paille encore mal fixés… Et que vois-je ? Seigneur Dieu ! Trois petits corps nus, nus, nus et surtout trois petits becs largement, totalement, immensément ouverts, attendant la nourriture apportée par les parents…

Les bébés merles dans l’attente (Dessin d’Huguette Payet).

Je n’ai certes pas pu, (pas voulu ?) jouer le rôle de papa merle-Maurice : je suis si maladroit ! Mais c’en était fini de ma haine, de ma volonté merlicide, de mes intentions trucidaires. J’ai refermé la fenêtre, détourné la tête et depuis lors j’observe la plus grande discrétion, pas de bruit qui pourrait effrayer, pas de curiosité intempestive, pas de présence silencieuse qui pourrait être mal interprétée.

Chère Anaïs, viens à mon secours, donne-moi un conseil, aide-moi à résoudre ce problème qui est pour moi l’équivalent de la quadrature du cercle… Comment faire à l’avenir pour défendre la nature réunionnaise sans être un criminel de guerre ornithologique ?

Je t’embrasse bien fort et attends une réponse rapide de ta part, car cela urge !

Papy Robert.

 

NOTES

  • (1) La quadrature du cercle : un problème insoluble.
  • (2) Poiquants : piquants, qui, tels le piment « brûlent » la bouche.
  • (3) En misouk : expression créole réunionnaise signifiant : en cachette, en catimini, en douce.
  • (4) « Bourbon », l’un des anciens noms de L’île de la Réunion.
  • (5) L’ixora : petit arbuste tropical, joliment fleuri, de la famille des Rubiacées.
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Profitant de la qualité de ses sols et de son climat tropical, la Réunion offre une végétation souvent abondante et luxuriante qu’il est essentiel de préserver et d’utiliser dans l’habitat.

 

La végétation représente, en premier lieu, un élément décoratif de la maison, mais elle lui offre surtout un confort thermique naturel. Il ne faut donc pas négliger les plantations. Pensez tout d’abord à la végétation existante : préservez les arbres actuels pour accompagner judicieusement les constructions. Estimez ce qui peut-être conservé et ce qui peut-être remplacé pour maintenir un maximum d’arbres sans gêner le chantier.

La végétation filtre le soleil entrant sous la varangue du CAUE.

La végétation filtre le soleil entrant sous la varangue du CAUE.

 

Il est aussi conseillé de planter abondamment les talus et les abords de la maison. La végétation favorise, en effet, un climat agréable autour de l’habitation par l’ombre qu’elle procure et abaisse la température ambiante en absorbant le rayonnement solaire. Au contraire, une cour entièrement bétonnée ou un mur de soutènement exposé au soleil accumule la chaleur qui rayonne alors  vers la maison. Le béton est un véritable accumulateur thermique qui chauffe l’air autour de votre case.

Pour bien se protéger du soleil, quelle que soit sa position dans le ciel, la végétation doit être de différentes hauteurs. Pour cela, privilégiez des arbres qui offrent naturellement de l’ombrage comme : le Bois noir, bien adapté pour les grands jardins, l‘Ylang-ylang, idéal pour les petits jardins, le Natte ou le Benjoin.

La grande allée de la Maison Larrée à Saint-Louis.

La grande allée de la Maison Larrée à Saint-Louis.

 

Les plantes et arbres procurent aussi un climat agréable car ils font écran aux vents tout en favorisant la ventilation. Ils oxygènent l’air et le rafraîchissent. Plantez également de part et d’autre de la clôture des arbustes variés et colorés ou des plantes grimpantes : cela cache partiellement la vue mais permet une bonne circulation de l’air.

En plus du confort thermique de la parcelle et de l’agrément de la cour, la végétation est indispensable au maintien de la terre et de la stabilité du sous-sol. Il est donc utile de la prendre en compte dans votre projet et de la protéger avant et pendant le chantier.

 Case de Saint-Denis au centre du jardin créole.

Case de Saint-Denis au centre de son jardin créole.

 

Si vous plantez abondamment, évitez la dispersion désordonnée et proscrivez les espèces étrangères à la région. Regroupez au maximum les espèces en fonction de leur taille, de leur volume, de leur couleur. Votre jardin participe au paysage de votre quartier. Vos arbres forment entre les maisons un petit écrin vert qui lie les bâtiments les uns aux autres et les protège de la chaleur. Il est important pour vous, votre santé et votre bien-être de reconstituer rapidement ce coin vert, frais et sécurisant qui donne une si grande unité à votre quartier. N’oubliez pas la règle d’or : votre jardin se conçoit avec la maison et non pas l’un puis l’autre.

l’esthétique va de pair avec la dissuasion : attention aux bougainvillées, qui s’y frotte, s’y pique !

l’esthétique va de pair avec la dissuasion : attention aux bougainvillées, qui s’y frotte, s’y pique !

 

Dpr 974 remercie le CAUE de son aimable autorisation de reproduire le texte ci-dessus. Site du Caue : http://www.caue974.com/fr/

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Décidément, tu ne manques pas de culot ! Comment as tu fait pour entrer, ni vu ni connu, à La Réunion ?

« L’œil vif comme caille-malheur… » Photo Michel Fontaine.

« L’œil vif comme caille-malheur… » Photo Michel Fontaine.

Oui, toi, c’est bien à toi que je parle, à toi, le Bulbul Orphée, l’oiseau Condé, le merle de Maurice…L’oiseau au chapeau noir !… Ne fais pas semblant de ne pas comprendre! Comment as-tu donc fait pour rouler « la Police de l’Air et des Frontières » ? Tu n’avais pas de passeport, encore moins de visa. Pas l’ombre d’une carte d’identité !
À ta place je me serais tenu à carreau ! Mais toi, le pied à peine posé à Gillot, le toupet de plume sur la tête comme un « jène jan-karnér» (1), les joues bien fardées, l’œil vif comme celui de la caille-malheur (2), la petite culotte rouge pour en mettre plein la vue, tu as pensé : des letchis en veux-tu, en voilà, des mangues José à profusion, des bibasses (3) du pays, des pêches de France…

La noce dans le champ de cannas. (Photo Yabalex).

La noce dans le champ de cannas. (Photo Yabalex).

Nom d’une pipe, ce pays me plaît ! Tu as aiguisé ton bec, un coup à gauche, un coup à droite…Tel un ventre sans fond, un glouton, un goulafre, un goulipia-gran-boyo (4), tu t’en es donné à cœur joie ! Et si tu ne t’attaquais qu’aux fruits ! Mais, qu’il s’agisse de légumes ou de fleurs, tout fait ventre pour toi. Pire encore, certains prétendent que tu pourchasses le merle de Bourbon afin de prendre sa place. Franche vérité, tu es vraiment un goujat !
Pas étonnant que ton compte soit bon ! Sur les murs ta tête est mise à prix ; ta condamnation à mort est signée. As–tu vu à la télé ces gens aux visages décidés ? Qui recherchent-ils à ton avis ? Après la tête de qui en ont ils donc ? Après la tienne !… Et ils connaissent tes défauts ! Ils savent comme tu es effronté, comme tu es gourmand, comme tu aimes la compagnie. Ils savent que tu perds la tête quand une petite merlette bien faite te fait signe. Quand elle t’a appelé, tu n’as pas remarqué que sa cage était garnie de petites barres de fer !

merle et merlette en des temps plus heureux. (Photo Yabalex).

merle et merlette en des temps plus heureux. (Photo Yabalex).

Maintenant te voilà dans la geôle ! À présent tu ne peux plus leur fausser compagnie. Tu es à leur merci ! Quel Préfet, quel avocat de France (5) parviendrait à te tirer de ce mauvais pas ? Quelle idée aussi avais-tu de vouloir arracher leur bouchée de manger aux enfants des planteurs de La Réunion ? Cette fois ton compte est bon ! Écoute, entends-tu dans la cuisine l’huile chanter dans la marmite ? Pour toi, petit merle au chapeau noir, ils ouvrent les portes de l’enfer… Fais ta prière : ta dernière heure est venue !
Traduit du créole par : Robert Gauvin.
Notes :
D’abord un grand merci aux artistes qui ont bien voulu illustrer les textes : à YABALEX, bien connu pour ses livres et ses photos de l’avifaune réunionnaise ainsi qu’à Michel et Christian  FONTAINE qui ont épié des heures durant le tourné-viré du merle-Maurice et à Huguette PAYET, l’illustratrice attitrée de notre blog.

1) Cette expression qualifie un jeune homme crâneur, fanfaron, fier de son allure (Dictionnaire Kréol rénioné – Français, d’Alain Armand.)

2) Le mot malheur a parfois en créole le sens de : vif, déluré. « Sa in ti marmay malèr, sa ! » c.a.d, c’est un enfant à l’esprit vif, malicieux.

3) La bibasse créole est une nèfle.

4) À vous de choisir entre ces synonymes ! Je signale aux puristes créolophones qui pourraient être choqués de la crudité du mot, que « boyo », à côté de significations plus lestes, signifie également « les intestins ».

5) Dans les affaires importantes il n’est pas rare que l’on fasse appel à un avocat qui vient de la France continentale : on continue allégrement à avoir le complexe de la « goyave de France ».
Lire ci-dessous avec la prononciation et l’accent adhoc le texte original en créole réunionnais :

Oté zoizo shapo noir !

« Ne vois-tu rien venir ?… » Photo Michel Fontaine.

« Ne vois-tu rien venir ?… » Photo Michel Fontaine.

Koman ou la-fé pou rant an misouk isi La Rényon ? Oui, aou-minm mi koz, aou zoizo kondé, aou mérl Maurice, aou zoizo shapo noir ! Fé pa sanblan ou i konpran pa ! Koman ou la-fé, don, pou roul la « Police de l’air et des Frontières » ? Paspor ou lavé poin ! Koz pü d’viza ! minm pa sür ou lavé in mti kart lidantité !
Out plass moin noré rèss trankil ! Aou soman, tèl ou la poz le pié atèr koté Gillot, le toupé d’plüm sü la tèt an jène jan karnér, le jou bien fardé, le zië briyan konm kay malër, le pti külot rouj pou fé dantèl, ou la-majiné : letshi an poundiak, mang jozé tanksétassé, bibass péi, pesh de France…Tabouèt ! Sa in péi pou moin, sa ! Ou la repass out bèk, in kou a gosh, in kou a droit…Parèy in vantr san fon, in goulipia vorass, ou la tonm la-dan ti-frèr ! Si té rienk le frui ankor ! Soman légume, flër, tout lé bon pou ou ; dan out kafé poin d’triaj ! Si té rienk sa : désertin i prétan, out kouzin, le mérl Bourbon, ou i porsui alü pou pran la plass. Fransh vérité, ou sé-t in malfondé !

« À nous les caramboles !… » Dessin d’Huguette Payet.

« À nous les caramboles !… » Dessin d’Huguette Payet.

Astër trouv pa drol si out poi lé o fë. Sü l’mür l’apré kol out portré ; out kondanation a mor la fine signé. Ou la-vü dann post télé se bann boug déssidé-la ? Kisa zot i rod d’apré ou ? Kisa zot i vë koup kabèsh. Aou-minm ! E zot i koné out défo ! Koman ou lé fourné, koman ou lé gourman, koman ou i èm èt anparmi. Zot i koné ou na poin la rézon kant in mti manmzèl shapo noir bien tourné i sonn aou : lërk el la-apèl aou, ou la pa port antansion partou son kaz navé baro !

"Ou le pri dan la min korbo ! "(Photo Christian Fontaine).

« Ou le pri dan la min korbo ! « (Photo Christian Fontaine).

Astër ou lé dan la jol ! Astër pü moiyen shapé : ou lé pri dan la min korbo ! Kél préfé, kél zavoka d’France va niabou fé sort aou an ndan-la ? Kél idé osi ou lavé pou pran boushé manjé zanfan plantër La Rényon ? Se kou-si out kanar lé noir. Akout ! Dan la kizine, dann marmit, deluil l’apo shanté : po ou, pti shapo noir, bann-la l’apo rouv l’anfér… Réssit out priyèr : Out lër l’arivé !

Tèks kréol rénioné : Robert Gauvin.

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La Ravine Saint-Gilles et ses beaux bassins ! Bassin Bleu, Bassin Malheur, Bassin des Aigrettes (ou des Trois Roches) et Bassin Cormorans. Une forme de merveille, d’inattendu dans un paysage de savane largement bétonné dans sa frange littorale. De l’eau claire, bleue, vive et transparente qui sourd de la roche à quelques lieues de la côte. De quoi inspirer des plumes ! Une des rares ravines pérennes de la région ouest. De quoi alimenter les hommes et féconder les terres. D’ailleurs, la canalisation (1) de ses eaux a contribué au XIXème au développement de l’industrie sucrière dans la région. D’où la diversité des points de vue du géographe, de l’hydrologue, de l’ethnologue, des responsables institutionnels, du citoyen, du touriste, du photographe ou du poète sur cette ravine. A défaut de tout embrasser, on peut se demander quels ont été les regards des écrivains ? Et dans quelle mesure ce regard a t-il contribué à traduire, construire ou renouveler l’image que nous nous faisons de cette ravine ?

Allons donc retrouver « La Ravine Saint-Gilles ». Allons « Monte chemin Cormoran » (2).

A l’évidence, les écrivains ont vu, comme nous, un paysage contrasté et exceptionnel. Ils ont vu l’eau vive réapparaître vers L’Eperon et les cascades blanches et les bassins bleutés ! Et ont vu mourir doucement la ravine en bord de mer. Mais comment l’ont-ils dévoilé ?

 

Vue panoramique sur le Bassin des Aigrettes. Photo Marc David

Vue panoramique sur le Bassin des Aigrettes. Photo Marc David

 

Au XIXème siècle, Auguste Billiard et Antoine Roussin ont proposé une vue générale et panoramique de la Ravine Saint-Gilles en jouant sur les contrastes. Il est vrai qu’ils durent tous deux, dans un temps où la route des bas n’existait pas encore, subir les ardeurs de la savane en passant par la montée du Bernica. Ainsi Billiard (3) décrit-il le paysage dans son Voyage aux colonies orientales paru en 1822 : « Après avoir fait une ou deux lieues dans ces décourageantes savanes, si l’on arrive au bord des remparts qui enclosent l’entrée de la petite rivière Saint-Gilles, combien tout à coup l’œil est agréablement surpris en découvrant, au fond de l’encaissement qui s’élargit, un tapis de la plus riche verdure, des groupes de cocotiers qui s’élancent avec une vigueur étonnante, une onde limpide qui bouillonne entre les rochers et se partage entre les rizières dont ce beau tapis de verdure est composé ! Quelques petites cases paraissent à peine sous d’épais ombrages. »

Cette impression de fraîcheur est confortée en 1861 par Roussin qui, dans l’Album de La Réunion, évoque une « véritable oasis après le désert » avec « quelques maisons groupées sur les bords de la ravine, toutes entourées de frais jardins ». Mais sa description s’élargit jusqu’à l’embouchure de sable blanc et attire l’attention sur les bassins de la Ravine Saint-Gilles dont il fera ultérieurement une lithographie. « Le lit de la rivière est étroit et profond dans les hauts. Il va de cascade en cascade formant différents bassins, dont l’eau est si bleue, qu’il faut en prendre dans le creux de la main, pour s’assurer que ce n’est pas une décoction d’indigo. (…) On cite surtout le Bassin du Cormoran et le Bassin Bleu, ce dernier si poétiquement dépeint par Leconte de Lisle. » Voilà annoncée une filiation importante.

 

 

C’est donc à Leconte de Lisle (4) qu’il faut attribuer l’une des évocations majeures de la Ravine Saint-Gilles. Le poète connaissait bien la région pour y avoir séjourné. Revenons donc à son poème La Ravine Saint-Gilles dont voici les trois premières strophes.

 

La gorge est pleine d’ombre où, sous les bambous grêles,

Le soleil au zénith n’a jamais resplendi,

Où les filtrations des sources naturelles

S’unissent au silence enflammé de midi

 

De la lave durcie aux fissures moussues,

Au travers des lichens l’eau tombe en ruisselant,

S’y perd, et, se creusant de soudaines issues,

Germe et circule au fond parmi le gravier blanc.

 

Un bassin aux reflets d’un bleu noir y repose ,

Morne et glacé, tandis que, le long des blocs lourds,

La liane en treillis suspend sa cloche rose,

Entre d’épais gazons aux touffes de velours.

Le Bassin des Trois Roches (des Aigrettes), lithographie de A. Roussin, 1867

Le Bassin des Trois Roches (des Aigrettes), lithographie de A. Roussin, 1867

 

C’est bien en poète que Leconte de Lisle a contemplé la ravine et les eaux filtrant de la falaise ! A la fois de manière panoramique, en surplomb d’un bassin, et avec des vues plus rapprochées se développant dans ce long poème de 18 strophes. Il en fait un paysage minéral et végétal, entre ombre et lumière. Si l’évocation des végétaux reste sobre, on voit à l’inverse surgir un monde animal d’une grande richesse. Sont donnés à voir, ou à entendre, martins, perruches, cardinal, colibris, abeilles, paille-en-queue, papillons, sauterelles, lézard, cailles… Soit une niche écologique appauvrie depuis. Mais cet espace naturel est marqué aussi par la présence de l’homme ainsi que le révèle la strophe 10 du poème.

 

Et quelque Noir, assis sur un quartier de lave,

Gardien des bœufs épars paissant l’herbage amer,

Un haillon rouge aux reins, fredonne un air saklave,

Et songe à la grande Ile en regardant la mer.

 

Ne serait-ce pas la silhouette de l’homme esclave rêvant de sa terre natale qui est ici esquissée, sachant que le dernier séjour de Leconte de Lisle à Bourbon date d’avant l’abolition et que la question de l’esclavage est posée dans son œuvre (4) ? Le paysage naturel s’infléchirait alors en paysage culturel. Et paysage mental quand le seul bassin évoqué, « morne et glacé » tel un « gouffre », devient emblématique de La Ravine Saint-Gilles selon le titre du poème. La sombre vision se développe d’ailleurs dans les dernières strophes qui ouvrent une méditation sur l’homme, la nature et le monde des illusions.

En ce sens, ce poème peut nous surprendre. On n’y retrouve pas la ravine aux bassins généreux que nous aimons. Mais la représentation donnée par le poète paysagiste est puissante. Représentation qu’il renouvelle dans L’illusion suprême (3), où le paysage de l’enfance est retrouvé de manière plus sensible et sublimé par la grâce du souvenir. Alors renaissent « les cascades, en un brouillard de pierreries », « les bassins clairs entre les blocs de lave », l’odeur des sucreries et « le fourmillement » des travailleurs.

 

Ainsi, la ravine Saint-Gilles devient un paysage littéraire. Le poème de Leconte de Lisle devient une référence même si sa fortune littéraire est moindre que celle du Bernica (4). Outre Antoine Roussin, le site retient l’attention de voyageurs. Il inspire P. de Monforand, un des collaborateurs de L’Album de La Réunion, qui, dans une page lyrique, célèbre la ravine et les canaux y afférant en faisant du Bassin des Trois Roches (ou des Aigrettes), « un paysage splendide, comparable aux sites les plus célèbres ». Au XXème siècle, le regard porté sur le lieu est renouvelé par le poète Jean Albany, lui-même attaché à cette région de l’île, fin connaisseur de l’œuvre de Leconte de Lisle et chantre de « la créolie » (5).

 

Le Bassin du Cormoran. Photo Marc David

Le Bassin du Cormoran. Photo Marc David

 

En quoi Jean Albany (5) renouvelle-t-il notre regard sur la Ravine Saint-Gilles ? Par le choix de la langue créole qui accompagne l’entrée dans un autre monde, il fait de la ravine, en particulier dans le poème Manoël manoël du recueil Indiennes, un paysage d’eau vive, de bassins, d’oiseaux multiples et de végétaux, mais surtout l’espace intime du marronnage et du bonheur d’enfance avec Manoël, ce jeune garçon qui était son « nénain ». Loin de la contemplation parnassienne, chez Albany, l’espace arpenté devient le lieu de la possession et de la jouissance de la nature. De l’initiation à un vivre créole qui enrichit son univers familier. Avec Manoel, « Nou va chappe marron/ dand’ la Ravine Saint-Gilles ». Pour quoi faire ? Découvrir et observer le monde fascinant des oiseaux et les piéger. Mais aussi pour rêver, imaginer : « Su’lo bord la Ravine/ No l’a seye dovine/ In carrousel dand’ciel. » Bref, aller à la ravine, c’est pénétrer, entre réel et imaginaire, un monde créole vivant, multiple et divers.

 

Mais avec Monte chemin Cormoran, du recueil Bal indigo écrit en créole également, Albany nous invite à découvrir un visage inédit de la ravine en nous faisant plonger dans l’histoire dont il reste des traces aujourd’hui encore visibles.

 

Mont’ chemin Cormoran

Va trouve un cheminée

La rest combien l’années

L’usine Madame Panon

 

Dans ce long poème de 125 strophes, le poète évoque la vie des esclaves attachés à l’habitation sucrière de Madame Panon Desbassyns et vivant dans la proximité de la Ravine Saint-Gilles, du temps où « La roue dand’ Bassin Bleu/ L’a té pencor rouillée ». Albany fait des environs de la ravine, l’espace de la souffrance de l’esclave assujetti, travaillant tel le bœuf Moka, sous la menace du commandeur. A l’inverse, il fait des bassins le lieu du rêve et l’espace de l’homme régénéré – le temps du samedi et du dimanche – dans la pureté de l’eau. « Dans le fond Cormoran/ L’eau l’est bleu l’eau l’est claire ». « Si vi baigne là t’a l’hère/ Vi oublie tout’ z’efforts ». Et le poète marque cette libération de l’esclave par l’entrée dans l’espace-temps maloya au son du bob’, du triangle, de la caisse et du caïambe. D’ailleurs, par les choix d’écriture, qu’il s’agisse de la langue, du rythme, des reprises textuelles, on est dans un « poème maloya » (6). Et pouvait-on trouver meilleur interprète que Danyel Waro (7) pour ce texte, où la ravine fait entendre « l’écho maloya » aujourd’hui comme autrefois ?

Cet autrefois que nous retrouvons aussi dans le roman historique de Jean-François Samlong, qui, dans Madame Desbassayns, paru en 1985, évoque ces terres proches de la ravine et fécondées par les esclaves ainsi que la sucrerie alimentée en eau par la roue hydraulique du Bassin Bleu, et même la visite d’Auguste Billiard – cité précédemment – à Mme Desbassayns.

Ainsi, avec ces divers textes des XIX et XXème siècles, le paysage naturel de la Ravine Saint-Gilles se transforme en paysage littéraire et culturel.

La Ravine Saint-Gilles, vue prise du bord de la mer, lithographie de A. Roussin, 1882

La Ravine Saint-Gilles, vue prise du bord de la mer, lithographie de A. Roussin, 1882

 

Peut-on en dire autant des canaux qui, partant de la ravine, dessinent une jolie arborescence pour alimenter les hommes et leurs industries ? Ils ont beaucoup de charme mais ont peu retenu l’attention des auteurs. Notons donc la célébration du génie humain par la plume de P. de Monforand et la vision novatrice de Serge Meitinger qui, dans son poème La Ravine Saint-Gilles, associe les eaux en cascade et les bassins à la « sagesse des eaux captives » et à la « coulée morne du canal » (8).

 

Quant à l’embouchure plus lascive de la ravine, elle a inspiré également peu de plumes. L’image des eaux s’étalant tel l’étang immortalisé par des clichés d’autrefois, se retrouve chez Louis Ozoux qui évoque « Parmi les sables bas, un long et mol étang/ où le vieux cocotier se reflète et se penche ;/ Où la ravine exquise, en murmure s’épanche,/ Et qui flue à la mer, très lent, en serpentant » (9). Image d’avant le creusement du port de plaisance qui contraint depuis la ravine sous un cordon littoral qu’elle fait parfois sauter lors de grandes colères ! Les temps changent ! C’est ce que pensait déjà Albany – encore ! – qui, dans Vavangue, notait aux abords du Pont traversant le village la présence de lavandières « avec leur profusion de couleurs étalées sur les galets », mais relevait aussi la disparition de « la songeraie de Madame Loulou ».

 

Les temps changent… « Il n’y a plus de chacouettes au bassin des Aigrettes » dit Jean-Claude Thing-Léo (10), pas plus que de perruches ou colibris. Le Canal Prune a perdu son eau. Le temps n’est plus à la baignade dans les bassins depuis l’arrêté préfectoral de 2000 – même s’il est contourné par certains – mais à la promenade à travers les sentiers aménagés autour de la ravine. Avec l’espoir de retrouver l’eau claire des bassins chantés par Albany.

Voilà qui peut nous faire méditer. Finalement, à sa manière, chaque écrivain, et plus encore Leconte de Lisle et Albany, a aiguisé nos perceptions, voire modifié nos représentations de ce lieu riche sur les plans hydrologique, écologique, historique. Bref, loin de la carte postale ou du dépliant touristique, un paysage naturel et culturel qui abrite ses richesses. Et ses mystères comme ce vieil air de notre patrimoine, cette Bourbonnaise – née de la rencontre de notre monde créole et de la partition musicale du hongrois Féry Kletzer – qui commence par ces mots : « En passant la Ravine Saint Gilles… »

 

Marie-Claude DAVID FONTAINE

 

  1. Voir l’article dpr974 sur les canaux de la Ravine Saint-Gilles :

https://dpr974.wordpress.com/2016/03/23/les-canaux-de-la-ravine-saint-gilles/

  1. Ces titres sont empruntés aux poèmes La Ravine Saint Gilles de Leconte de Lisle et Monte Chemin Cormoran de Jean Albany, textes plus largement exploités dans cet article.
  2. Auguste Billiard, haut fonctionnaire, à Bourbon de 1817 à 1820. A fréquenté la famille Desbassayns.
  3. Charles Leconte de Lisle, 1818-1894

– Sur les demeures de Leconte de Lisle, dpr 974 :

https://dpr974.wordpress.com/2010/08/15/les-trois-demeures-reunionnaises-de-leconte-de-lisle/

– La Ravine Saint-Gilles : 1ère édition dans La Revue Française en 1857, texte publié dans les Poèmes Barbares en 1862 (édition augmentée en 1872 et 1878)

– L’illusion suprême, texte publié dans la Nouvelle Revue en 1880 et dans Les Poèmes tragiques en 1884

– Le Bernica : titre d’un poème de Leconte de Lisle, du nom d’un bassin de la Ravine du Bernica.

– Sur Leconte de Lisle et l’esclavage, dpr974 :

https://dpr974.wordpress.com/2014/12/17/regards-sur-lesclavage-dans-sacatove-et-marcie-de-leconte-de-lisle/

  1. Jean Albany, 1917-1984. « Je vis en créolie » écrit J. Albany dans Vavangue, 1972 ; La Créolie, titre d’un poème du recueil Indiennes, 1981. Bal indigo date de 1976. J. Albany définit » nénène » comme « la nounou ».
  2. « Poème-maloya » : mot emprunté à Félix Marimoutou dans Chant et poèmes, Une lecture de Bleu mascarin, Bal indigo de J. Albany, Somin Granbwa de G. Pounia, Démavouz la vie de D. Waro, 2007, édition K’A. Cette étude propose une étude du poème « Monte chemin Cormoran » p 158 à 167.
  3. Monte chemin Cormoran par Danyel Waro, Album, initié par Anne Sadala et rassemblant plusieurs chanteurs et musiciens réunionnais autour des textes de J. Albany .
  4. Serge Meitinger, La Ravine Saint-Gilles. Poème publié dans Chants pour une île qui n’existe pas, textes rassemblés par J-F. Reverzy, UDIR, 1992.
  5. Louis Ozoux, Saint-Gilles, Poèmes Réunionnais, 1939
  6. J-C. Thing-Léo, Au Bassin des Aigrettes, Créolie, 1978, UDIR ; chacouette/ chacouate/ sakouat : oiseau la vierge.

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Aux premiers signes avant-coureurs de l’été, les carias (1) déplient leurs ailes ; l’excitation les gagne ; sous la lampe allumée ils entament leur danse. Danse de mort, nombre d’entre eux vont crever. Mais aussi danse de vie, car mâles et femelles en trâlée trouveront la tranquillité d’une cachette pour se multiplier. Après cela, prenez garde !…Voici une maison créole qui fait la belle, toutes moulures dehors ; il n’est pas encore né le cyclone capable de l’abattre… Mais bien au chaud sous le  sol une société très organisée, la société des carias, est déjà au travail.

Couple royal de Coptotermes gestroi.

Dans cette société chacun a sa tâche : à la tête le roi et la reine. Cette dernière est là pour pondre et c’est chose qu’elle sait faire ; elle pond, elle pond, elle pond toujours, elle pond encore. Son ventre traîne à terre, elle n’arrive pour ainsi dire plus à bouger, mais les œufs, par milliers, continuent à débouler…Il y a également les soldats, chargés de surveiller les tunnels, de peur d’une intrusion ennemie. Il y a enfin les ouvriers, une véritable armée ! De tels ouvriers, quel patron n’aimerait pas en avoir ? Ils ne font jamais grève ; il ne leur viendrait  pas à l’idée de réclamer les 35 heures : Ils  travaillent jour et nuit ! Ils sont tellement acharnés au travail que rien ne peut les arrêter. Ils arrivent à passer partout, se faufilent sous terre, s’insinuent dans le placoplâtre, dans le bois, se glissent entre les fils électriques. Si la moindre fêlure existe dans le béton, ils suivront la fêlure pour trouver la fissure.

Ouvrier...

Un ouvrier…

 et un soldat (Coptotermes gestroi).

et un soldat (Coptotermes gestroi).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout ce qui a nom bois, papier, linge, ils le croquent, le malaxent, l’avalent. Les journaux, ils les dévorent de la première à la dernière ligne. Ils transforment la charpente en dentelle de Cilaos ; les lambris sont réduits en poudre ; dans les cases en bois ils rongent le cœur  des planches qui garnissent les façades : la maison finit par ne plus tenir que par la couche de peinture qui la recouvre.

Des insectes passionnés de généalogie. (Collection A. VAUTHIER)

Des insectes qui ne font pas de quartier! (Collection A. VAUTHIER)

 

Les insectes qui ne font pas de quartiers! (Coll. A. VAUTHIER)

C’est tout ce qu’il en reste! A.D/ Archives des notaires (Coll. A. VAUTHIER)

Tout cela se fait bien sûr en douce ; lorsque vous vous apercevez que votre maison est cariatée, il est bien trop tard : le mal est fait ! Ces maudits carias ne respectent rien : lorsque la vierge de l’église de Saint-Pierre se rend compte de ce qu’ils ont fait de sa maison, il ne lui reste plus que ses beaux yeux pour pleurer.

Les carias sont une  vraie calamité. Vous seul, avec votre cuvette remplie d’eau, tenue à bout de bras sous la lampe, vous n’en viendrez pas à bout. Il nous faut unir nos efforts. Chacun, qu’il soit responsable, chercheur ou simple citoyen doit tout mettre en œuvre pou « Anpèsh, anpèsh karia-la, fé son pti Kaloubadia ! »(2), (3)

 

 

Robert Gauvin

Notes:

(1) Carias est le nom réunionnais des termites.

(2)  Pour empêcher « que le caria ne fasse ses dégâts en douce » comme le chantait dans un séga célèbre notre Maxime Laope national.

(3)  Kaloubadia= trafic, chose louche.

Nous remercions chaleureusement l’ORLAT (L’Observatoire Régional de Lutte Anti-Termites) pour l’information et la documentation apportées.

 

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Vingt ans et mutilé…

Vingt ans et mutilé…

 

 

Nous empruntons ce titre au dernier numéro du magazine municipal de notre chef-lieu (ICI Saint-Denis, N°21). Dans cet article, le magazine offre à nos concitoyens la vision d’avenir de la municipalité en matière de protection des arbres, une vision éclairante, convaincante, prophétique qui s’appuie sur tous les bienfaits apportés à l’homme par les arbres et permet tous les espoirs. L’auteur cite les différents rôles des arbres :

  • « Leur rôle est essentiel – nous dit-il – dans le cycle de l’eau,
  • dans la purification de l’air,
  • dans le maintien de la biodiversité puisqu’ils nourrissent et abritent de nombreux oiseaux. (1)
  • Mais ce n’est pas tout :
  • les arbres structurent nos espaces,
  • créent des repères dans la ville,
  • favorisent les lieux de vie,
  • nous protègent du soleil.
  • Enfin ce sont des témoins de l’Histoire
  • et ils nous montrent le temps qui passe grâce au marquage des saisons… » . (2)

Bravo, bravissimo !…

Ce qui ne laisse pas néanmoins d’étonner c’est le fait que cette multitude de bienfaits de l’arbre dans nos villes soient entassés, empilés les uns sur les autres, tant et si bien que l’on ne sait plus où donner de la tête, qu’on n’arrive plus à distinguer l’essentiel de l’accessoire (3). Ceci étant dit, nous ne pouvons que nous rallier aux orientations qui guident apparemment l’action de nos édiles municipaux. L’auteur de l’article de « ICI Saint-Denis » poursuit en effet : « Aujourd’hui plus que jamais, protégeons nos arbres ! Pollution, bétonisation (quelle audace dans le néologisme !), élagage sauvage ou dégradations. Soyons vigilants et pensons aux générations futures ! 

 

le flamboyant éradiqué (a)

le flamboyant éradiqué (a)

 

Qui ne souscrirait à un tel programme ?

Bravo donc à Mr le Maire du Chef-lieu, à son équipe municipale où figurent nombre d’écologistes fort connus, dont Mr Espéret, Marchau et Mme Duchemann, auxquels nous devons rendre hommage pour leur efficacité : L’arbre en ville de Saint-Denis trop souvent menacé, est sauvé : Alleluia !

 

Pour illustrer concrètement son propos l’auteur de l’article d’ « ICI Saint-Denis » tourne son regard vers les arbres remarquables du chef-lieu, et plus précisément, vers quelques uns d’entre eux : le flamboyant du restaurant Roland Garros, (Delonix regia), le baobab (Adansonia digitata) de la cour de la DEAL ( La Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) et le couple flamboyant-arbre de l’intendance (Ficus microcarpa) qui s’enlace sans pudeur excessive sur le square Leconte de Lisle. …

Notons, en passant, que l’auteur focalise son attention sur quelques arbres. Il applique ainsi la technique bien connue de « l’arbre qui cache la forêt », l’essentiel étant masqué par un détail. Tout sert à camoufler le fait que Saint-Denis, connue il y a quelques années encore, comme une ville verte, est en passe de devenir un désert végétal : entre administrations, entreprises et particuliers on s’est entendu ces dernières années, comme larrons en foire, pour sacrifier les arbres au profit du béton et des spéculateurs.

Les disparitions récentes d’arbres à Saint-Denis ne manquent pas :

 

Palmier royal remplacé par des multipliants (devant la BNP à Saint-Denis).

Palmier royal remplacé par des multipliants (devant la BNP à Saint-Denis).

 

 

  • D’abord la municipalité couvre de sa complicité tous les abattages d’arbres quand se font des constructions nouvelles. Pour donner le change et jeter de la poudre aux yeux, elle permet que soient plantés en lieu et place des arbres de petits multipliants rachitiques.
  • De même la municipalité n’a pas pensé, alors qu’elle faisait construire des bâtiments d’habitation le long de la partie haute du Boulevard Monseigneur Mondon à protéger ces bâtiments et leurs habitants en plantant des arbres qui auraient permis de lutter contre le bruit et la chaleur tropicale ! À moins qu’elle ne travaille au développement des entreprises de climatisation ?
  • Autre chose encore, un peu plus bas, au niveau de l’Allée des Cocotiers, combien d’arbres la mairie a-t-elle fait abattre ? N’y avait-il pas d’autres solutions ? Et si obligation il y avait, n’aurait-elle pu compenser les arbres abattus par d’autres arbres plantés ?
  • Et que dire du flamboyant de l’angle de la rue Sainte-Marie et du Boulevard Lacaussade éradiqué. Sous quel prétexte ? La maladie ? Ce qui restait du tronc après la coupe montrait une structure saine et si maladie il y avait eu, n’aurait-il pas été mieux de soigner l’arbre plutôt que de le livrer à la tronçonneuse ?
  • La municipalité de Saint-Denis et la Cinor ne sont-elles pas également responsables de l’abattage récent des Vacoas de la promenade du bord de mer à la hauteur de l’échangeur de Sainte-Clotilde ? Sans d’autre raison apparente que de donner un peu d’exercice aux tronçonneurs ?
Vacoas étêtés : dernier méfait de la municipalité dionysienne.

Vacoas étêtés : dernier méfait de la municipalité dionysienne.

 

La municipalité de Saint-Denis qui veut se donner une étiquette de ville verte, est la principale responsable des massacres d’arbres perpétrés depuis des années. Et elle utilise le magazine municipal pour faire passer une propagande mensongère…

En matière de mensonge il y eut d’abord le mensonge ordinaire, vieux comme le monde, puis le mensonge par omission plus raffiné, ensuite les statistiques qui seraient, selon un homme d’esprit, la version moderne du mensonge. Un degré nouveau a été franchi avec la communication, art dans lequel la municipalité dionysienne excelle et qui vise à faire prendre au bon peuple des vessies pour des lanternes (4).

 

 

Robert Gauvin.

1) Comme le dit Jean Racine dans « Athalie » : « Aux petits des oiseaux Dieu donne leur pâture et sa bonté s’étend sur toute la nature » …

2) Et voilà Vivaldi de retour sous les Tropiques…

3) On aurait voulu étouffer le lecteur sous cet amoncellement que l’on ne se serait pas pris autrement…

4) Mais Dieu soit loué, les Réunionnais ne se laisseront pas prendre au piège : Demoun vilin nana ankor, demoun kouyon na pi !

  1. a) Ce flamboyant (angle de la rue Sainte-Marie et du Boulevard Lacaussade) doit sa disparition aux services de la Mairie de Saint-Denis.

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Le prix de l’arbre de l’année 2015 vient d’être attribué au fromager de Guyane devant le Banian du Port. Il nous faut être beaux joueurs, même si notre Banian reste le premier dans notre cœur. Parmi les multiples raisons que nous avons pour cela, figure sa signification symbolique, soulignée par Brigitte Croisier dans une lettre adressée à la presse et que nous publions ci-dessous (dpr 974).

Le Banian du Port

Le Banian du Port

 

Au-delà de sa splendeur végétale, le banian nous offre une riche symbolique…

 

Le mouvement perpétuel de ses racines aériennes descendant de ses branches vers la terre pour remonter vers la lumière et le ciel illustre la profusion de la vie, la circulation de l’énergie dans toutes les dimensions, horizontale, verticale et en volume.

 

Jusqu’à ses appellations qui sont multiples ! Arbre sacré, il abrite les koylou malbar (1) de sa chevelure de lianes, comme par exemple le « Kovil laffouches » à Savannah. Dans l’île malgache de Nosy Bé, non loin de Hell-Ville, à Mahatsinjo, un culte est rendu aux ancêtres à l’abri des piliers de cet arbre figuier, orné de rouge et blanc.

 

« Son tumulte de lianes », pour reprendre l’expression d’Alain Lorraine parle au poète qui le célèbre ainsi : « Le banyan du continent profond, le banyan poste d’observance en vigie au bord marin de Terre-Sainte. Le banyan bien calé entre mer et terre révèle un miroir ancestral ». Son premier recueil Tienbo le rein (1975) arborait en couverture un banyan dessiné par Geneviève Kœnig. De même Sur le black (1990). Banyan toujours sur le livre Alain Lorraine, un homme de mille parts qui lui fut consacré en 2014 et où le visage du poète s’emmêle aux lianes-racines, un peu comme les sculptures de Bouddha en Asie.

le banian et « son tumulte de lianes » vu par A. Lorraine.

le banian et « son tumulte de lianes » dont parle le poète A. Lorraine.

Le banian fut comme un miroir pour un autre poète, d’origine haïtienne et qui était passé par La Réunion à l’invitation de la Commission Culture Témoignages en 1991, René Depestre. Devant cet arbre, à La Réunion et à Maurice, il dit avoir découvert « un frère extraordinaire » qui lui fit comprendre qu’il a « une identité banian, une identité qui est à la fois bien raccrochée au chez-soi et au tout-monde«  faisant de lui un « nomade enraciné ». Cette forêt de lianes est le symbole d’une identité multipliée, en constante construction, une identité qui se complexifie en s’enrichissant de tous les contacts culturels, de toutes les relations humaines.

Expérience partagée avec son ami Edouard Maunick qui se proclame « inféodé à chaque liane du banian de l’affouche mascareigne ». A Maurice encore, Ananda Devi a écrit une nouvelle intitulée L’enfant du banian.

Il n’est jusqu’à Paul Vergès qui, observant le banian de l’ashram (3) de St-Louis, y a vu l’image du « peuple banian » dont la multiplicité des racines tisse l’unité réunionnaise dans une création continue, à condition que les apports de chaque culture soient traités à égalité dans leurs rencontres.

Il y aurait d’autres paroles à citer, telles celles d’Aimé Césaire ou d’Edouard Glissant. C’est dire que ce bel arbre imposant nous invite à penser ce qui nous lie, ici même et vers les autres archipels et terres de l’océan Indien, et plus loin encore : une vraie poétique de la relation !

 

Brigitte Croisier

 

  • Koylou ou Ko vil : demeure de dieu (en tamoul).
  • Il est bien d’autres textes littéraires ou philosophiques concernant le Banian ; nous en reparlerons.
  • Ashram : monastère hindou.
  • Pour aujourd’hui nous vous offrons ci-dessous le poème en créole de Patrice Treuthardt, poète, chanteur, défenseur de la langue et de la culture réunionnaises.

 

Au cœur de l’arbre.

Au cœur de l’arbre.

Ronpoin La Glacière

mi koné inn ti koin

na la form in ronpoin

dann milié lo ron

na in bèl pié banian

kom parasol

dann-lèr midi

nou guingn lonbraz

pou kass la blag

kozman poèt napoin laryaz

 

mi koné inn ti koin

na la form in ronpoin

dann milié lo ron

na in bèl pié banian

nou té kri ali pié lafous

sinonsa pié lastik pié tarzan pié rasta

inpé i di osi piédboi i mars

 

mi koné inn ti koin

na la form in ronpoin

dann milié lo ron

na in bèl pié banian

kan i ariv lo soir sizèr

toute bann zoizo la vil

i vien tèrla pou fé la prièr

avan kasse in somèy

dann kouverte son fèy

 

mi koné inn ti koin

na la form in ronpoin

dann milié lo ron

na in bèl pié banian

kom in gran zarboutan

kom in vié zabitan

i arèt terla dépi lontan

si lapa dépi 100 an

 

 

Patrice Treuthardt

 

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