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Philippe Defaud, sculpteur


 

«  Il n’existe rien de constant, si ce n’est le changement » (Bouddha)

«  Il n’existe rien de constant, si ce n’est le changement » (Bouddha)

Originaire des Hauts de l’île de La Réunion Philippe Defaud n’est pas né avec une cuiller d’argent dans la bouche : il est issu d’une famille modeste, dont la seule richesse et le grand souci était le nombre des enfants qu’il fallait « soigner » (1), éduquer et former à un métier. L’urgence première était de gagner sa vie dès que possible. Le destin de Philippe semblait tout tracé, le menant vers un métier manuel dans l’agriculture ou dans le bâtiment permettant juste de survivre.

Dans ces conditions comment s’ouvrir à l’art, à la création : la passion qu’il éprouvait pour le dessin – comment avait-elle pu voir le jour ?- n’était pas toujours comprise de ses proches. Le papier nécessaire, les crayons de couleur, le temps, étaient un luxe que l’on ne pouvait s’offrir. C’était gaspillage d’argent, gaspillage de temps … Il y avait bien cette grand-tante chez qui il se réfugiait parfois pour s’adonner à cette folie du dessin, mais elle était bien la seule à le soutenir. Dans cette première moitié du XXème siècle quelles expositions de peinture ou de sculpture aurait-il pu aller voir ? Bien sûr il y avait un musée à Saint-Denis…mais comment s’y rendre ?

Gestation.

Gestation.

Et malgré tout le goût était né, l’envie était là qui l’amenait à concourir avec Michel, son camarade de classe, à qui ferait le plus beau dessin, respecterait le mieux les volumes, saurait créer l’harmonie des couleurs. Déjà les volumes c’était son affaire alors que Michel le battait à plate couture pour les couleurs.

Dès la sortie du primaire, son père dont on devine la force de caractère et l’ardeur au travail, l’emmène sur les chantiers, où le fils s’initie au travail de la pierre, à la pose des carrelages. L’on sent à la manière dont il parle de cette expérience, de ses outils, des techniques de construction de murs en moellons de basalte que Philippe, jeune adolescent, manifeste déjà l’ardeur de se mesurer à la matière, éprouve le goût du travail bien fait. En secret il cultive le désir de voir autre chose, de voyager, afin d’élargir son horizon, de progresser, de se dépasser.

Après la Bretagne et Rennes où il fait un stage au Centre FPA pour se perfectionner dans le bâtiment, il aura l’occasion de voyager. Ses voyages le mettront au contact de l’art et en particulier de la sculpture ; il visitera églises romanes ou gothiques, châteaux médiévaux ou Renaissance et musées qui lui dévoileront l’Égypte des Pharaons. Il sera en outre profondément marqué par ses escapades à Florence, Herculanum et Pompéi.

Ce n’est cependant qu’à la retraite – il fallait sans doute davantage de loisir et le temps de maturation nécessaire – pour qu’il se lance dans la sculpture. Le déclic viendra d’un clin d’œil du hasard : un jour, il découvre dans son jardin un morceau de corail. Il le retourne du pied, machinalement, et à son esprit surgit soudain l’image, la vision d’une tête « grecque ». Il retourne le corail dans tous les sens. Finalement il saisit son burin, son marteau et se met en devoir de tailler le corail, montre ensuite l’œuvre réalisée à sa femme qui lui demande : «  Où donc as–tu trouvé cela ? » « Cela, je viens juste de le tailler ! ». Sa femme tombe des nues…Et c’est ainsi que tout a démarré…

Le Grec, avant ...

Le Grec, avant …

et après la bataille…(2)

et après la bataille…(2)

Depuis lors il n’a pas arrêté… il sculpte le bois, le grès, la pierre, mais son matériau de prédilection reste la « roche » dure de notre île, le basalte. Sa rencontre avec Gilbert CLAIN, le sculpteur du Petit Serré sur la route de Cilaos, a été l’occasion d’un défi que ce dernier lui a lancé : « Depuis plus de trente ans– lui a dit Clain – Je travaille dans ce domaine ; vous allez vous casser les dents sur le basalte ! » Philippe est du genre d’hommes à relever les défis. Du basalte il apprend à connaître toutes les qualités et toutes  les nuances : roche bleue, roche pintade, roche incrustée d’olivine…C’est l’objet de toutes ses recherches. Sur ce matériau il essaie toutes les techniques qu’il imagine pour le tailler, le poncer, le colorer. Dans le basalte il inscrit les visages et le mouvement des corps en attachant une attention particulière à l’expression de ses créatures. Mais laissons la parole au sculpteur au sujet de son art dans un texte qu’il a intitulé :

Rêve d’adolescent

« Projeté dans un grand rêve d’adolescent, autodidacte (3) tardivement amené à la sculpture après une vie active enrichissante, je laisse aller mon imagination en fonction de la matière, selon une légère esquisse directement effectuée sur le bloc. C’est le départ d’une aventure…

Le nu au chapeau… (Toujours sortir couverte !… )

Le nu au chapeau… (Toujours sortir couverte !… )

Mon travail est une recherche et une union avec la matière telle que le basalte que l’on retrouve dans tous les recoins de mon île. C’est une matière très noble par ses différents coloris. Elle m’amène avec des techniques diverses et une recherche de formes simples à représenter la vie et la nature qui nous entourent. Avec des formes épurées, entre le poli et le brut, le basalte me procure le désir d’aller plus loin dans mon inspiration. La taille directe de la matière me guide, grâce à sa nature, et l’œuvre prend forme peu à peu pour aboutir à une totale complicité entre la matière et moi-même. » P. Defaud

Le sculpteur a fait sien le credo de Pierre LAGÉNIE qui dit : «  Une sculpture est une aventure pour celui qui la fait, mais aussi pour celui qui la regarde. Le volume et la pensée communiquent. Si une sculpture est réussie c’est que la pensée s’est bien incarnée dans le volume. Mais cela, seuls les autres peuvent le dire. »

Virevolte

Virevolte

 

 Texte, R. Gauvin/ Illustrations, Christian Fontaine.

 Notes :

(1) « Soigner » en créole signifie ici : « en prendre soin, nourrir, élever, faire grandir ».

(2) Le visage en corail a subi un accident, mais le sculpteur l’a gardé précieusement comme déclic de sa vocation.

(3) Autodidacte, du grec ancien autodidaktos : qui s’est instruit soi-même. Combien de fois P. Defaud ne l’a-t-il pas entendu de ses interlocuteurs, certains admiratifs, d’autres ayant le plus souvent sur les lèvres un sourire de supériorité parce que « sortis des écoles » ? Oui, autodidacte ! Ce qualificatif P. Defaud l’assume, il le revendique, car il exprime toute la force, tout le courage qu’il faut pour s’affirmer, pour progresser et se réaliser.

(4) Se reporter également à l’article intitulé : « Récit de vie de Philippe Defaud ». Voir lien ci-dessous:  https://dpr974.wordpress.com/2016/04/17/recit-de-vie-de-philippe-defaud/

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« C’est l’histoire de douze sentinelles de pierre postées sur le flanc d’un volcan, dans l’attente de se faire sculpter par le feu de la terre. Cette attente durera un jour, dix ans ou cent millions d’années », pensait Jean-Claude Mayo (1), l’artiste plasticien, comblé par l’éruption volcanique exceptionnelle d’avril 2007 qui ensevelit les statues monumentales de son œuvre Symbiose pour volcan et oiseaux, installée en 1988 sur une ancienne coulée, située dans l’enclos, non loin du rempart du Tremblet.

Cette œuvre àla jonction du minéral, du végétal, de l’animal et de l’humain, se voulait en symbiose avec les éléments naturels. Son caractère gigantesque lui insufflait une force mystérieuse.

Symbiose pour volcan et oiseaux avant l’éruption (photo François Martel-Asselin)

Symbiose pour volcan et oiseaux avant l’éruption (photo François Martel-Asselin)

Symbiose pour volcan et oiseaux avant l’éruption (photo François Martel-Asselin)

Regardez bien ces silhouettes que vous ne verrez plus jamais dans le site du volcan. Ces douze (2) hautes et volumineuses statues de plusieurs tonnes chacune, d’une hauteur allant jusqu’à 6 mètres, scrutaient, pour la plupart, l’océan peu éloigné. Elles paraissaient disposées selon un ordre mystérieux déterminé par le pendule de l’artiste, autour d’un point pyramidal. Toutes, à même la lave refroidie depuis longtemps, semblaient comme surgies naturellement et vigoureusement du sol volcanique. On aurait pu les croire de la même matière, de la même chair, tant le basalte et le ciment projeté, qui avaient servi à garnir le treillis de support, avait noirci comme lave rubescente devenue rugueuse. Avec les années, elles avaient accueilli les premières mousses, lichens, fougères et oiseaux…

Si l’ensemble de l’installation était expressif, chaque silhouette donnait à penser ; qu’elle soit plus figurative et proche de l’homme ou plus informe, entre l’homme, l’animal, le minéral. Il suffisait de se rapprocher, de s’éloigner, de les contourner pour les voir et les saisir de manière différente.

Le géant hautain et solitaire prenait apparence plus humaine. Telle silhouette voûtée semblait se pencher vers une autre. Des bras, des seins, des fesses, des visages s’esquissaient selon l’angle d’approche, laissant deviner une éphémère maternité ou imaginer un geste d’adoration ou d’offrande.

Echelle de grandeur : coulée, statues, hommes et voiture (photo François Martel-Asselin)

Echelle de grandeur : coulée, statues, hommes et voiture (photo François Martel-Asselin)

Echelle de grandeur : coulée, statues, hommes et voiture (photo François Martel-Asselin)
Que faisaient ? Que disaient ces silhouettes massives ? Elles étaient là… Les rencontrer était toujours un moment où on se sentait interpellé. Et chaque visite inspirait. Il y avait les simples curieux, les cueilleurs de goyaviers, les sceptiques, les «pa-la-èk-sa», quelques éventuels casseurs, les nostalgiques de l’île de Pâques, les détracteurs ou admirateurs d’un art brut colonisant les espaces vierges… Il y avait surtout des individus simplement touchés, voire ébranlés, par la présence de ces statues étranges.

Le choc n’était pas le même, selon qu’elles soient contemplées dans la clarté lumineuse d’un jour dégagé qui élevait les regards vers l’infini, ou observées coiffées de brumes et surgissant mystérieusement. Qui étaient-elles ? Sentinelles au bord du volcan dans l’attente des Révélations du Grand Océan (3) ? Gardiennes ou adoratrices du feu et des forces telluriques ? Emanation du sacré ou de la puissance de l’art ? Ou encore créatures précaires exposées aux fureurs dévastatrices du volcan ? On se sentait alors petit et fragile.

Elles disparurent en avril 2007, englouties par le flot des laves de l’éruption exceptionnelle qui dura du 2 avril au 1 mai et qui affecta profondément la zone du Tremblet. Les habitants vécurent près d’un enfer de feu, bruissant des craquements du magma qui recouvrait ravines, arbres et plantations. La lave se déversait en mer, engloutissait le vieux port et remodelait la côte sauvage.

Devant le front de lave qui s’avançait vers elles le 5 avril 2007, les statues de Symbiose pour volcan et oiseaux se soumirent avec sérénité et solennité, attendant d’être cernées et sculptées par la force du feu, pour une symbiose achevée et espérée par le créateur de l’œuvre : « Je commence les sculptures et le volcan vient les terminer » avait-il dit. Désormais, on peut les imaginer ensevelies sous une masse monstrueuse de lave refroidie de plus d’une dizaine de mètres de hauteur. Sont-elles devenues de grands gisants ou ont-elles été disloquées, charriées et métamorphosées par la fusion des éléments ?

Des traces de ces sentinelles restent fixées sur la pellicule et dans les œuvres de Mayo, dont une huile « Volcan et oiseaux », 1987 (FRAC Réunion) et dans l’étude conservée à l’Artothèque intitulée « Formes humaines de lave attendant la rencontre du feu originel », 1986.

La statue et la lave  (photo François Martel-Asselin)

La statue et la lave (photo François Martel-Asselin)

La statue et la lave (photo François Martel-Asselin)
Nous avons perdu ces guetteurs du volcan. Mais leur disparition constitue l’achèvement de l’œuvre pensée par le créateur. Elle invite à repenser les rapports de l’homme à la nature et à l’art. Cette œuvre ne visait pas l’éternité mais se voulait résolument éphémère, comme les hommes, de passage sur terre et eux aussi soumis aux forces du temps et de la nature. Que ces silhouettes habitent nos mémoires et que la mémoire de l’éruption de 2007 nous rappelle que nous vivons sur une île volcanique en devenir, par le jeu des forces de destruction et de renouveau perpétuel.

Marie-Claude DAVID FONTAINE

Avec nos remerciements à François Martel-Asselin pour les photographies.

1. Jean-Claude Mayo/Enzo Mayo : artiste d’origine réunionnaise. A réalisé à Saint-Nazaire l’œuvre magnifique « Les ducs d’Albe », 1991, Monument en commémoration de l’abolition de l’esclavage. Nous vous invitons à consulter les sites consacrés à cet artiste.

2. Leur nombre tient du mystère. Initialement, elles auraient été 13, installées sur la coulée de 1976, sur une plate-forme destinée au départ à des forages géothermiques, au-dessus de la route nationale.

3. Allusion à l’œuvre de Jules Hermann, inventeur du mythe de la Lémurie.

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Robert Gauvin et Christian Fontaine ont interrogé pour Dpr974, un homme qui, après une vie bien remplie de bâtisseur, s’est découvert une passion dans le domaine de l’art : la sculpture. Son parcours de vie leur a semblé intéressant à plus d’un titre. Son épouse, Nicole assistait à l’entretien.

Dpr974 : Parlez-nous de votre histoire…
P. Defaud : Je suis né en 1944 à l’Entre-Deux. Ma famille n’avait pas beaucoup de moyens mais par contre beaucoup d’enfants : nous étions 8. Mes parents ont beaucoup « bougé », entre l’Entre-Deux où je suis né, le Plate dans les Hauts de St-Leu et le Tampon. Après le cyclone de 1948, de triste mémoire, nous avons connu une période de vaches très maigres. Nous avons été accueillis par un oncle et une tante, les parents de l’écrivain Daniel LAURET. À cette époque mon père était maçon, ma mère aurait bien voulu travailler elle aussi ; elle avait un bon niveau scolaire et aurait aimé être infirmière…

Dpr974 : Quel a été votre parcours scolaire ?
P. Defaud : Dans les petites classes, au Piton St-Leu, tout se passait bien. Nous sommes ensuite partis au Tampon où cela n’a pas été la même chose : j’ai fini par atterrir en « Fin d’Etudes » dans une classe « mal considérée ». Je me passionnais pour l’histoire et la géographie, m’intéressais aux mathématiques, au dessin et au français : le dictionnaire était vraiment mon livre de chevet, mais l’orthographe était pour moi une torture. Je n’avais que de mauvaises notes. À chaque fois le compte était bon : 10 fautes = 0…
Au point de vue pédagogique les méthodes étaient un peu spéciales : quand on faisait des fautes, le maître exigeait de nous que l’on recopie les mots mal orthographiés et l’on remplissait ainsi des pages et des pages. Et quand on rentrait à la maison – les parents croyaient sans doute bien faire – aux pensums du maître s’ajoutait une « bonne correction » !

Au Tampon où nous habitions en 1954, j’ai quand même eu un peu de chance. Mes parents avaient une tante chez qui j’allais souvent. Se rendant compte de mes capacités en dessin, elle m’encourageait dans cette voie ; elle m’achetait des crayons et des bics de couleur. Je dessinais avec ardeur, un peu de tout. Je reproduisais les portraits des livres d’histoire. Cela me plaisait bien, mais les parents étaient contre cette « fantaisie » et déchiraient mes dessins. Pour eux, c’était une perte de temps et d’argent. Il est vrai qu’à la maison on n’avait pas les moyens d’acheter des cahiers pour tous les enfants. Nous devions partager nos cahiers avec un autre frère ou une autre sœur. J’ai mal vécu tout cela…
À15 ans J’ai dû redoubler l’année du certificat et finalement je n’ai pas voulu repasser l’examen…Mon frère, lui, était inscrit au Certificat d’Etudes, mais le directeur ne voulait pas qu’il subisse les épreuves car il n’avait pas eu la moyenne aux devoirs-tests. Mon père en a parlé au procureur de la République chez qui il travaillait. Celui-ci lui a dit de ne pas se laisser faire et d’en discuter avec le directeur de l’école. Papa a pris son courage à deux mains et a tenu tête au directeur qui a fini par présenter mon frère à l’examen. Eh bien figurez-vous, mon frère a été l’un des rares reçus de sa classe !

Dpr974 : Et vous, comment vous en êtes-vous sorti ?
P. Defaud : J’avais 16 ans. La veille des vacances mon père me dit :
-« Tu veux plus aller à l’école ? T’es pas capable ? C’est bon ! Viens donc avec moi, on va faire du béton ! »
J’ai été heureux de « faire » le manœuvre. Au fur et à mesure, j’ai appris avec mon père à « taper » le galet : je prenais la masse et cassais le galet en deux et à « l’épauler » c’est-à-dire enlever « une gobe » (1), à lui « casser la queue », c.à.d couper sa partie arrière pour que le galet reste bien stable dans le mur et ne parte pas comme un bouchon de champagne sous la pression des autres galets.

Le père Defaud sur l’escabeau et son fils Philippe au pied du mur (1962)

Le père Defaud sur l’escabeau et son fils Philippe au pied du mur (1962)

Dpr974: Sur quoi a débouché cette formation avec votre père ?
P. Defaud : J’ai bien « bossé » avec mon père. On faisait de tout. J’ai appris à faire les enduits, à crépir. Pour moi le plus difficile était de me faire embaucher. Je n’avais que 17 ans et j’étais petit (Je « culminais » à1m52). Un jour mon cousin Simonneau qui était bon en carrelage m’a appris à « tirer » la chape pour poser des carreaux. Je me suis rapidement senti à l’aise dans ce métier de carreleur et un jour mon père m’a dit : « Il y a une boutique zarab (2) au Tampon qui a du travail pour nous deux. Moi je fais la peinture et toi tu fais le carrelage si tu veux ». Le propriétaire ne voulait pas de moi parce qu’il me trouvait trop petit, trop jeune : « Ti marmaille comme ça, i sar pas pose carrelage pou moin ! » (3) – « Si, Si, vous allez voir ! » J’ai fait la façade du magasin en faïence verte et jaune à la satisfaction du commerçant et dès lors je me suis mis à faire du carrelage.
Quand j’ai passé le conseil de révision, ma petite taille m’a encore posé problème : le capitaine m’a toisé de la tête aux pieds et m’a dit : « Ecoutez… non ! Je crois qu’il vaut mieux que vous restiez chez vous à garder les poules ! » Cela m’a profondément vexé : la sentence était tombée, je n’étais pas bon pour le service militaire, je n’étais donc pas un homme… Peut-être aussi ne m’a-t-on pas pris pour le service car on me considérait comme soutien de famille, étant donné que mon frère faisait la guerre en Algérie.…
Je ne suis donc pas parti, mais j’avais envie de « désoter » (4) la mer… Il se trouvait que Papa travaillait pour des gens au Tampon, le procureur, l’expert géomètre qui m’incitaient discrètement à partir.

Dpr974: …à partir en France…Pour quelle raison?
P. Defaud : À la Réunion il n’était pas possible de progresser… J’ai appris que le BUMIDOM (5) envoyait des jeunes en France. En douce je me suis inscrit. Mon père n’était au courant de rien et n’aurait pas été d’accord : il avait le projet de monter une petite entreprise, sans doute avec ma participation. Mais moi, j’avais pris ma décision…Il y avait cependant encore un obstacle de taille à mon départ : je n’avais pas vingt et un ans, je n’étais pas majeur ! …Cela se passait en 1964. Il a fallu en parler aux parents, ça a été dur.
– « C’était une paye en moins à la maison », dit Nicole. (6)
P. Defaud : Je gagnais, en effet, pas mal d’argent dans le carrelage : pourquoi partir ? C’est encore le procureur qui a fait comprendre à mon père que je devais faire ma propre vie et il a fini par l’admettre. J’ai donc postulé pour une formation en carrelage. J’ai passé les tests et on m’a proposé d’aller faire un stage de 6 mois au Centre FPA (7) de Rennes. Départ en décembre avec d’autres jeunes Réunionnais. 28 heures de vol. Arrivés en France, on « caillait » dans nos vêtements d’été : il faisait – 6°. Au bureau du BUMIDOM, à Paris, un Monsieur nous a dit : « Vous pouvez pas rester comme ça. Avez-vous un peu d’argent sur vous ? Oui ? Bon, il y a un petit magasin à côté, achetez-vous au moins un foulard ! »
Pour le 1er achat que j’ai fait, j’ai « bouffé » ¼ de l’argent que j’avais sur moi. On a ensuite repris le bus qui nous a emmenés à la gare Montparnasse. On a mis 6 h pour arriver à Rennes. Là un chauffeur nous a conduits près d’un château vers des cabanes qui faisaient penser à un camp de prisonniers. On était 12 par cabane. Un lit de camp, une penderie pour chacun ; le réfectoire un peu plus loin. On nous a payé une boisson. On voyait le jour à travers les trous de la cabane et en 1964, l’hiver a été très dur. Il y avait un étang. Le professeur qui était venu nous voir, disait : « Ça fait 30 ans que j’ai pas vu autant de glace ! »

« À nous deux, Bretagne ! »… Philippe au centre F.P.A. de Rennes (1964)

« À nous deux, Bretagne ! »…
Philippe au centre F.P.A. de Rennes (1964)

J’ai donc été en apprentissage à Rennes, en maçonnerie et non en carrelage (ce que j’espérais tant). Par rapport aux autres j’avais déjà de l’expérience ; j’étais plutôt bon. Le directeur se demandait bien ce que j’étais venu faire là…
J’ai été rapidement embauché comme chef d’équipe ; malheureusement pour moi au bout de 5 ou 6 mois, l’entreprise qui m’avait recruté a déposé son bilan. Résultat, je me suis retrouvé au chômage fin 65, en plein hiver, à Rennes, ville de 250 000 habitants. J’ai arpenté les rues de la ville pour trouver du boulot.
J’atterris alors dans une petite entreprise. Le patron me dit : «J’ai pas besoin de chef d’équipe. Venez lundi à l’embauche ! » Le lundi à 7h, je suis là, à cailler par un froid de canard. « Ah vous êtes là, qu’il me dit, vous avez un bleu ? Enfilez-le ! ». Il m’a pris comme manœuvre et je suis resté… 11 ans dans la boîte. J’ai grimpé tous les échelons de A à Z jusqu’à devenir cadre et bras droit du patron. C’était à l’Hermitage ; le patelin à côté de Rennes s’appelait St-Gilles. Comme ici ! Curieux n’est-ce pas ?…
Je sais qu’on a cassé beaucoup de sucre sur le dos du BUMIDOM, mais moi j’ai tiré profit de cette expérience.
Dpr974: C’est que vous aviez du caractère et étiez volontaire pour y aller. On a trop souvent fait croire que là-bas, c’était le paradis terrestre. En réalité si l’on n’avait pas la détermination nécessaire, on partait battu d’avance.
P.Defaud : Les premières années à Rennes ont été très dures pour moi : Rennes est une ville étudiante, bourgeoise, très fermée. Il faut faire beaucoup d’efforts pour conquérir le cœur des habitants. Si un gars est trop timide, il est « cuit ». Mais à partir du moment où l’on travaille bien, on est bien accueilli. La Bretagne m’a adopté et j’ai adopté la Bretagne. J’y ai aussi rencontré la femme de ma vie…
Entre mon travail au FPA et le moment de mon mariage je me suis payé 2 ans de cours du soir aux Beaux-Arts en tant que dessinateur industriel. J’avais des cours de 19H à 22h ; je quittais le travail une demi-heure avant tout le monde. C’était l’hiver. J’avais 15km à faire pour y aller. Après cela je bossais encore jusqu’à minuit. Ça a duré 2 ans, 2 ans et demi. Mais j’ai été malade. J’ai perdu tous mes cours, mes outils, mes compas, mes crayons, mes plans qui étaient restés à l’école dans une armoire…En mon absence le professeur avait donné mon casier à un militaire ! J’ai abandonné avant l’examen…
Là-dessus arrive Mai 68. En 68, c’est le Bâtiment qui a commencé à faire des grèves et les gens croient que ce sont les étudiants. Cela a été pour moi une période marquante de ma vie…
Dpr974: Quand êtes-vous revenus à la Réunion ?
Nicole Defaud : Nous avons vécu ensemble 12 ans en France et nous avons pu rentrer lorsque j’ai été mutée à la Réunion pour y ouvrir le centre de chèques postaux. Il n’y avait pas à cette époque de Réunionnais « contrôleurs » formés pour cela…
Dpr974 : Philippe Defaud, vous êtes donc vraiment partis de la base, comme carreleur et vous êtes bien montés dans la hiérarchie.
P. Defaud : Oui, en Bretagne, mon patron avait une petite entreprise de 20 personnes, ce qui n’était pas rien pour l’époque ; sa femme faisait un peu de comptabilité et moi j’étais son bras droit. Il y avait entre nous une estime réciproque…
On construisait beaucoup de pavillons en Bretagne. J’étais spécialisé dans les tracés d’escaliers, je faisais les épures, j’allais sur les chantiers, je mettais tout en place. Mon travail a porté ses fruits. J’ai grimpé les échelons. J’étais devenu ouvrier hautement qualifié (HQ) et je côtoyais aussi les compagnons du tour de France et nous réalisions de superbes constructions. À Rennes nous travaillions également de temps en temps dans la restauration de vieux bâtiments. Le patron voulait m’associer à son entreprise. Il me dit un jour : « Tu es bien, j’aimerais qu’on travaille davantage ensemble. »
Nicole : « Il avait aussi une fille… mais Philippe était déjà pris ! »

En 1969 le patron me dit : « Tu t’occupes des équipes ! ». Par la suite, il m’a même annoncé : « Je te « mets » agent de maîtrise. » Plus tard, je suis devenu chef de chantier, 2e échelon, assimilé cadre toujours dans son entreprise avec une confiance réciproque.

Philippe Defaud devant sa maison Bourbon Bois ( Tomi) en construction (1978)

Philippe Defaud devant sa maison Bourbon Bois ( Tomi) en construction (1978)

A mon arrivée à La Réunion, en 1976, j’ai été embauché par Maurice TOMI. Mes collègues ne comprenaient pas pourquoi j’étais classé si haut car les grilles de classification (lorsqu’il y en avait) ne correspondaient pas à celles de la métropole. Parti d’avec moins que le Certificat, je suis devenu cadre chez TOMI en 1990, en qualité de Conducteur de Travaux et j’ai terminé ma carrière dans cette entreprise devenue « Bourbon Bois » en 2003.

Dpr974: Toute votre carrière est intéressante. Cela vaut la peine de faire connaître votre parcours aux jeunes générations…
Nicole : Mais au fait, quel était exactement le but de votre visite d’aujourd’hui ?
Robert Gauvin et Christian Fontaine comme un seul homme : « Nous voulions l’interroger sur sa passion pour la sculpture… (Rires généralisés) …
Il faudra revenir ! »

De droite à gauche P. Defaud, sa femme Nicole et R. Gauvin lors de l’interview sous l’avancée de la maison Bourbon Bois « relookée".

De droite à gauche P. Defaud, sa femme Nicole et R. Gauvin lors de l’interview sous l’avancée de la maison Bourbon Bois « relookée ».

 

Notes :
1) Une gobe : un morceau.
2) Un « Zarab » : commerçant musulman d’origine indienne.
3) Un si jeune enfant ne va pas poser mon carrelage ! »
4) « désot » la mer : franchir les océans.
5) Bureau pour le développement des Migrations dans les Départements d’Outre-mer.
6) Discrète intervention de Mme Defaud.
7) FPA : Formation Professionnelle des Adultes.

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Une vie : deux passions.


 

 

C’est tout à fait par hasard que j’ai découvert l’an dernier, à la Médiathèque François Mitterrand, une exposition du sculpteur Karl Lauricourt, prêtre Jésuite d’origine mauricienne, vivant actuellement à La Réunion. Elle m’a beaucoup plu.

J’aurais voulu, ce jour-là, discuter davantage avec l’artiste, mais, j’ai préféré opter pour une rencontre ultérieure, afin de prendre le temps de mieux comprendre le parcours exceptionnel de ce sculpteur aux deux passions : celle de l’Evangile et celle de l’Art. Il a récemment joué, de bon gré, le jeu de l’interview que je lui proposai.

 

Le père Karl devant la stèle-souvenir en granit des jeunes malgaches du village de la Ressource (1848-1872).

Le père Karl devant la stèle-souvenir en granit des jeunes malgaches du village de la Ressource (1848-1872).

 

H.P. Karl, pouvez-vous me dire comment est née en vous cette double vocation de prêtre jésuite et de sculpteur ?

Karl. Je suis né à l’île Maurice, qui, comme d’autres îles du Sud-Ouest de l’Océan Indien au 19ème siècle, est devenue un avant-poste des missionnaires. La mission jésuite est implantée à Maurice depuis 150 ans. J’ai grandi dans un village de Maurice où travaillaient les Jésuites. De les voir à l’œuvre a certainement orienté mon choix de vie.

Comme je suis anglophone, j’ai commencé ma première formation de Jésuite, le noviciat, en pays de langue anglaise. C’est à Bangalore en Inde que j’ai prononcé mes premiers vœux. J’ai fait ensuite un temps d’études à Bombay avant de passer deux années en Afrique. J’ai poursuivi ma formation en France avec un séjour de cinq ans à Paris. Entretemps je suis venu faire un stage à La Réunion : c’était mon premier grand contact avec ce pays. J’ai fait ce stage dans un lycée professionnel en tant que Conseiller d’Orientation.

En 1994 j’ai été ordonné prêtre jésuite à Maurice, j’y ai travaillé quelques années avant de connaître une étonnante évolution de ma personne, de ma vie à la fois humaine et religieuse, personnelle autant que publique. Il est venu en moi un impérieux désir d’authenticité propre, ce qui m’a fait repenser profondément ce qui faisait mon être, ma vie : homme, créole, chrétien, avec les capacités, les rêves et désirs qui me font être moi-même véritablement. Et dans cette remise à neuf je retrouve le bonheur ou la beauté de mon enfance, celle notamment que j’ai vécue à l’école autour des classes d’art, des arts plastiques que j’avais travaillés au bac, celle surtout que j’ai expérimentée de manière très vivante auprès de mon père lorsque je passais avec lui mes samedis à la forge. Il était forgeron et maréchal-ferrant. Avec un talent de créateur ; plus que d’être artisan il était artiste. J’ai gardé dans ma mémoire toutes les formes qu’il donnait à la matière chauffée à blanc, sous les coups rythmés de son marteau. Je sens encore l’odeur des braises, je vois les gerbes d’étincelles s’élever sous les l’effet du soufflet de la forge, je vois mon père toucher son œuvre, suivre de ses doigts les volutes, en quête de la moindre imperfection. Et je vois en même temps dans ses yeux s’allumer la joie de celui qui vient de donner vie, non pas à un bibelot, mais à une œuvre unique, la joie de celui qui est capable de créer. Il m’en parlait comme si j’étais son associé.

H.P. Voilà donc la voie empruntée de votre seconde vocation …

Karl Dans la foulée de ce renouvellement de moi-même j’ai aussi saisi une chose capitale pour tout croyant : ce que je suis profondément ne peut pas être en opposition avec le bonheur que Dieu veut me donner. J’ai compris que ma vie devait s’épanouir à la fois dans l’annonce de l’évangile et la célébration de la beauté, de la création même de cette beauté. J’estimais que c’est ainsi que je suis à l’image du Dieu créateur, qui a pris le temps de regarder son œuvre et de voir que c’était beau.

En 2002, deux mois après le décès de mon père je romps avec les occupations habituelles de prêtre jésuite à Maurice et pars passer six années en France, me mettre pour de vrai à l’art, à la sculpture. Trois années en atelier avec un sculpteur à Pau. Auprès de lui et avec d’autres qui s’y essayaient aussi on s’est mis à sculpter le marbre et autres pierres calcaires ou encore du bois. Après cela j’ai sculpté par moi-même à Bordeaux dans un atelier aménagé dans la communauté jésuite. Trois années où j’engrangeais de la pratique et de l’expérience. J’ai souvent participé à des expositions de la ville de Bordeaux

H.P. N’y a-t-il pas cependant une certaine opposition entre la recherche de spiritualité du père Jésuite et la sensualité qui peut se dégager du travail du sculpteur ? Le corps humain dans sa nudité par exemple n’est-il pas source de péché aux yeux de l’Eglise ?

Comédien (bronze 26x25x9).

Comédien (bronze 26x25x9).

 

Pour moi il n’existe qu’une seule recherche : Dieu, à rechercher dans tout ce qui rend humain, y compris la nécessaire quête de la beauté, la beauté étant l’autre nom de la bonté. La quête esthétique autant que la quête de la joie ou de la paix est au centre de la spiritualité. Ce ne sont pas la sensualité en soi, la jouissance de la paix tranquille ou encore l’appétit de manger ou boire en soi qui sont néfastes ou « péchés » mais l’exagération ou la distorsion de ces sensations. Il y a autre chose en nous qui conduit ces sensations à la dérive : la convoitise ou l’égoïsme, c’est-à-dire : l’incapacité de laisser les choses être pour elles-mêmes et ne pas céder à l’appropriation, même intérieure. Je ne dis pas que cette distanciation d’avec les choses vient spontanément. C’est un travail, et même une ascèse. C’est en ce sens qu’on parle de sublimation, en art comme en toute chose qu’on veut accomplir avec grandeur.

Je sculpte aussi bien le nu que les formes abstraites ou stylisées. Pour le nu en particulier je reste convaincu que tout artiste n’arrivant pas à voir plus loin que la sensualité première d’un corps reste médiocre du point de vue même de la sculpture. Il y a une beauté plus forte que l’artiste va chercher plus loin que la sensation à fleur de peau. Et d’ailleurs le même dépassement est attendu de la part du spectateur ou de l’admirateur, sans lequel il reste un vulgaire voyeur et ne comprend rien à l’intention de l’artiste. Non, l’œuvre d’art, le nu y compris, est chemin spirituel ; la création ou l’admiration, cela se mérite.

Dans mon œuvre, 10% seulement de mes sculptures sont des sujets explicitement « religieux » et mon inspiration pour toute sculpture est spirituelle.

 

 jeune fille coiffée (basalte et camphrier 39x24x11).

jeune fille coiffée (basalte et camphrier 39x24x11).

 

H.P. Karl, pouvez-vous nous parler des matières que vous avez sculptées jusqu’ici ?

Karl. J’ai d’abord sculpté le marbre et d’autres calcaires. Parallèlement j’ai appris à connaître et sculpter différentes essences de bois du sud-ouest de la France: chêne, noyer, merisier, tilleul, séquoia. A la Réunion j’ai sculpté le basalte avec ses diverses particularités (basalte piqué, bleu, vert olive…) Pour le bois je prends les essences du pays : camphrier, tamarin et autres bois pays, des fruitiers parfois, du bois flotté aussi.

Il m’arrive aussi de faire des mélanges de matières dans mes sculptures: bois et plâtre, bois et terre cuite, pierre et bois… En fait, toutes les matières m’intéressent. Ce qui compte pour moi, c’est d’être en lien avec les éléments primaires de la nature et d’être créateur. Ainsi le lieu de mes créations, mon atelier à Saint-François, peut-il prendre à mes yeux l’importance d’un lieu sacré. La sculpture est mon univers : c’est là que s’accordent les diverses facettes de ma vocation de prêtre et d’artiste plasticien.

H.P. Vous arrive-t-il d’initier d’autres personnes à votre art ?

Karl. Oui. Quand on aime quelque chose, on a envie de le partager. J’anime deux fois par semaine pour deux groupes de dix personnes un atelier de modelage et de sculpture de l’argile situé à La Résidence de la rue Ste Anne à Saint-Denis.

 

Danseuse (marbre 77x46x31).

Danseuse (marbre 77x46x31).

 

 

H.P. Pourriez-vous nous dire, Karl, dans quel courant de sculpture vous vous situez actuellement ?

Karl. Je me suis toujours situé dans un courant de sculpture moderne privilégiant la stylisation et l’abstraction. Mais tout sculpteur est avant tout un chercheur : mes travaux traduisent le désir de passage de la figuration à l’abstraction. Les titres de mes œuvres parlent d’ailleurs d’eux-mêmes : « Arborescent », « Ouverture ». Je laisse les lignes, les pleins et les vides, les formes et les teintes, prendre leur sens, ce sens plénier que la vie courante permet à peine de frôler. L’art est en somme un regard profond sur la présence des choses, de ce qui se donne à voir ou à toucher.

H.P. Karl, je ne saurais trop vous remercier d’avoir accepté cet entretien qui vous a conduit à parler de vos choix personnels. C’est sans doute à ce prix que les idées reçues peuvent évoluer, je pense. Après le prêtre chanteur, ou le prêtre musicien, que nous avons tous connus, vous êtes la preuve que le prêtre sculpteur peut vivre sa sculpture comme une mission, un chemin vers Dieu, un chemin de Dieu, lui-même créateur.

 

Interview réalisée par Huguette Payet.

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