Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for the ‘Patrimoine’ Category


Les journées du patrimoine, le temps d’un weekend, lui donnent l’occasion d’ouvrir ses portes à des visiteurs, des artistes. Le reste de l’année, elle a triste mine dernière des barreaux enchaînés. À la voir ainsi, on pourrait penser aux ossements dont parlait le prophète Ézéchiel[1] : comme eux elle est desséchée, sans souffle. Cependant, à chœur ouvert, appuyée sur ses vestiges, elle crie, elle crie vers le ciel. Désespérément. Elle fait signe aux passants de la rue Mgr de Beaumont. Peut-être se sont-ils habitués à sa sombre présence ; c’est à peine s’ils lui adressent un regard. Entendent-ils le cri de son silence ? Serait-elle vouée à mourir dans l’indifférence, l’ignorance ?

 

Au centre de Saint-Denis, telle un vaisseau en danger, la chapelle Saint-Thomas des Indiens.

Au centre de Saint-Denis, telle un vaisseau en danger, la chapelle Saint-Thomas des Indiens.

 

Et la lueur d’espoir !

 

En 1998, une lueur d’espoir s’était manifestée lorsque la chapelle Saint-Thomas des Indiens fut inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques[2]. La lueur s’est hélas vite dissipée. Bientôt vingt ans, et l’on ne voit toujours rien venir ! Dans sa misère, l’édifice délabré « bouge » encore. Il résiste au temps et aux intempéries. Seule, sans protection, la chapelle s’efforce de tenir. Et pourtant elle nous est précieuse : ne garde-t-elle pas en mémoire une partie de l’histoire des hommes, des femmes, de ces engagés dont le reflet transparaît dans la diversité du métissage réunionnais que l’on peut voir dans les couleurs de peau, les paroli[3], les plats, les musiques, les danses, l’habitat…

Saint-Thomas aurait certainement bien des choses à nous raconter avec sa touche personnelle, son originalité. Combien de temps pourra-t-elle encore tenir, si rien n’est fait pour la restaurer, pour l’inscrire dans un projet d’avenir ? Avec elle, des éléments importants de l’histoire de la Réunion risquent à tout moment de s’effacer du paysage. La mémoire de nos ancêtres engagés ne mérite-t-elle pas d’être entretenue avec tous nos soins ? Il y a là un passé à visiter, un présent à habiter, un avenir à consolider.

 

Au cœur de la créolisation ?

 

Dès son édification, la chapelle Saint-Thomas s’est embarquée dans l’histoire de la Réunion et des Réunionnais. Elle a accueilli non seulement des Indiens, mais aussi des Malgaches, des Africains, des Chinois. Père Stéphane Nicaise rapporte, en effet, que dans sa mission, la chapelle avait une approche globale des engagés[4]. Saint-Thomas aurait ainsi participé au processus d’une mutuelle « intégration ».

Il est vrai qu’en 1863, au moment où la chapelle Saint-Thomas voit le jour, les enjeux étaient principalement économiques. Ce qui importait c’était le nombre « de bras » sur les plantations[5]. Mais dans cet espace religieux, se tissaient des relations prometteuses. À sa manière, Saint-Thomas a apporté sa pierre au processus de rencontre de gens venus de différents horizons. Elle se serait inscrite dans le souffle d’une culture en construction, la culture créole.

Il ne s’agit pas ici d’enjoliver l’histoire. Dans notre histoire coloniale, la période de l’engagisme tout comme celle de l’esclavage, est imprégnée de son lot de souffrances incontestables. Des hommes ont été traités de manière inhumaine par d’autres hommes[6].  Au lendemain de la sombre histoire de l’esclavage, la chapelle Saint-Thomas a sans doute semé des graines pour un vivre-ensemble : une société créole. Les pères jésuites avaient d’ailleurs observé sa progression, en ce qui concerne la langue, dans diverses paroisses. Voilà ce que dit le père Pierre Antoine Marqués à ce propos dans un rapport datant du 27 juillet 1888 :

 

« L’immigration indienne a cessé. Les Indiens de notre île arrivés depuis de longues années de leur pays natal ont appris le créole. Presque tous possèdent suffisamment cette langue pour comprendre et être compris. Au lieu donc de venir comme autrefois exclusivement à St Thomas pour remplir leurs devoirs religieux, ils vont ordinairement à l’église la moins éloignée de leur demeure. Cependant la chapelle St Thomas n’est pas déserte. Tous les dimanches à la messe de 4 heures elle est pleine de monde mais non pas pleine d’Indiens. Ceux-ci y sont moins nombreux que les Créoles »[7].

 

 

Façade de Saint-Thomas des Indiens, donnant sur la rue Monseigneur de Beaumont.

Façade de Saint-Thomas des Indiens, donnant sur la rue Monseigneur de Beaumont.

 

Il y a un travail de recherche historique approfondie à continuer pour apporter les nécessaires lumières sur cette histoire qui nous est commune. Nous ne pourrons pas ignorer les zones sombres. N’espérons pas non plus trouver toute la lumière mais nous pouvons créer les conditions pour assumer ensemble notre histoire avec ses souffrances, ses silences et ses beautés.

En son chœur, la chapelle Saint-Thomas a réuni des hommes, des femmes de cultures différentes. Sur l’Île Bourbon de la fin du 19è siècle, alors que tout aurait présagé du contraire, elle a vu le possible d’un vivre-ensemble. Ne pourrait-elle pas rouvrir ses murs pour continuer et améliorer cette construction ?

 

Une unité riche de sa diversité…

 

Dans un climat national et international où les peurs de la différence peuvent être attisées, où tout un chacun peut à tout moment être la proie de propos xénophobes, de replis communautaristes, la chapelle Saint-Thomas pourrait contribuer à recueillir l’expérience du vivre-ensemble réunionnais. Il n’y serait pas question de se donner comme modèle mais de porter la conviction que l’unité s’enrichit de l’apport de la diversité. Forte de son expérience, Saint-Thomas saura trouver les mots pour proposer des alternatives aux replis et aux crispations identitaires. Elle serait fière de pouvoir apporter sa pierre à ce travail d’approfondissement et de prise de conscience de notre richesse. Elle attend pour cela qu’on lui en offre les moyens, afin qu’elle puisse mobiliser des forces nouvelles pour une Réunion dynamique, solidaire et ouverte.

En ses murs, une histoire nouvelle peut s’écrire, un esprit nouveau peut souffler : un chantier s’ouvre à nous. Il comporte divers domaines : linguistique, anthropologique, sociologique, philosophique, psychanalytique, religieux, théologique, littéraire, artistique… Il y a encore de la place pour de nombreux ouvriers. Un lieu comme celui de Saint-Thomas ne serait pas de trop. Ne pourrait-il pas renaître de ses ruines et offrir cet espace de recherches, de rencontres dont notre diversité culturelle a besoin ? L’enjeu est notre unité dans sa diversité.

 

 

Dominique JOSEPHINE

 

[1] Cf. Le Livre Ézéchiel 37, 1-14.r

[2] Cf. le blog dpr974, Naufrage au cœur de la ville, 3 février 2011.

(https://dpr974.wordpress.com/2011/02/23/naufrage-au-coeur-de-la-ville/).

[3] « Paroli », dans la langue créole ce mot désigne « la façon de parler, l’accent, le langage ».

[4] Cf. Stéphane NICAISE, Les missions jésuites dans l’Océan Indien, Madagascar, La Réunion, Maurice, Lessius, 2015, pp. 34-39.

[5] Cf. Raoul LUCAS, Bourbon à l’école, 1815-1946, Océan Éditions, 20062, p.195.

[6] Cf. par exemple, le livre de Jean-Régis RAMSAMY, Abady EGATA-PATCHÉ accuse : L’engagisme a été un crime contre l’humanité, Épica, 2016.

[7] Stéphane NICAISE, op. cit., p. 38.

Publicités

Read Full Post »


(Extrait du roman de François Dijoux, intitulé « L’Âme en dose ».)

Dans l’église, les garçons attendaient, en rang serré, pour passer au confessionnal. Sébastien trouva le temps long et eut envie de s’en aller. Mais Lili, sa grand-mère l’avait accompagné et le surveillait du coin de l’œil, installée à un prie-Dieu. Enfin son tour arriva.

Il s’agenouilla dans l’étroite cabine et voulut parler immédiatement. Mais le guichet était fermé. Le prêtre était occupé avec un autre pénitent. Le garçon se mit à réfléchir à ce qu’il allait dire. À la vérité, il n’en savait rien. Il s’adapterait aux circonstances.

L’entrée du tunnel…(illustration MAB.)

L’entrée du tunnel…(illustration MAB.)

Soudain il sursauta et eut l’impression de se trouver dans l’obscurité du train sous le tunnel. Dans un claquement sec, un rectangle blafard venait de s’ouvrir et, à travers le grillage, il apercevait un visage rouge et boursouflé, orné de grosses lunettes d’écaille. Déjà une oreille se collait à la grille et il entendit assez nettement le religieux murmurer :

« In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti… »

Il attendit la suite. Le confesseur aussi…Les secondes s’écoulaient avec le poids de l’éternité. Enfin le prêtre chuchota :

« Pardonnez-moi, mon Père, parce que j’ai péché. »

Sébastien ne broncha pas. Il entendit prononcer pour la seconde fois la même phrase. Conscient de la nécessité de dire quelque chose, il bredouilla :

« Oui, oui…

– Mon fils, répétez après moi : « Pardonnez-moi, mon Père, parce que j’ai péché ».

Le garçon répéta la phrase magique sans ajouter un mot de plus. Il avait la tête en feu et aurait été bien incapable de confesser un péché quelconque. Mais l’homme en noir revenait à la charge :

« Je vais vous aider, mon enfant. Avez-vous péché par rapport au premier commandement ?

  • Non, répondit prudemment Sébastien.
  • Et par rapport au second ?
  • Comment ? Dans ce pays où l’on n’arrête pas de jurer, vous n’avez jamais dit de gros mot, mon enfant ?
  • Ça m’arrive…
  • Souvent ?
  • Je ne sais plus…
  • Plusieurs fois par jour ?
  • Oui…
  • Bien »
  • Et il passa patiemment les autres commandements en revue jusqu’au cinquième :
  • « Vous n’avez rien à vous reprocher par rapport à ce commandement, mon enfant ?
  • Oui, répondit Sébastien sans hésiter.
  • Comment, mon fils, vous avez tué ?
  • Non, non, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire…Je me suis trompé… » Le garçon crut que le confessionnal allait s’écrouler sur sa tête. Il était haletant et rouge de confusion. Mais l’interrogatoire continuait impitoyablement.
    Le sixième commandement posa au jeune pénitent un problème insurmontable.
  • « Avez-vous fait de vilaines choses ? questionna sévèrement le confesseur. Réfléchissez bien avant de répondre. Avez-vous péché par pensée ou par action ? Seul ou avec d’autres ? » Le malheureux ne savait que répondre, surtout à la question « Seul ou avec d’autres ? » Il hésita un long moment, se répéta mentalement plusieurs fois l’invraisemblable question, comme pour mieux la comprendre, et finit par avouer bravement : « Avec d’autres.
  • Du même sexe ou du sexe opposé ?
  • Les deux. » murmura dans un souffle Sébastien, pour en finir. Il eut aussitôt l’impression qu’on le dévisageait bizarrement. Dans la foulée il avoua avoir volé, avoir fait de faux témoignages, avoir désiré la femme de son prochain, avoir péché par convoitise.
 ???… !!! (illustration MAB.)

???… !!! (illustration MAB.)

La barque lourdement chargée, il attendait une pénitence                      exemplaire. Aussi fut-il surpris de la légèreté de la peine : un Pater et deux Ave. Il entendit enfin la phrase sacramentelle :

  • « Absolvo te, in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen. » Le guichet se referma d’un coup sec et l’enfant noir partit sans demander son reste, le visage cramoisi. Il alla se réfugier, tout tremblant, derrière un pilier de l’église, pour dissimuler son trouble. Mais Lili vint immédiatement le quérir :
  • « Eh bien ! tu en a mis du temps, lui reprocha-t-elle. Tu devais avoir la conscience bien lourde.
  • Mais non…» bredouilla le garçon. Et ils repartirent, tous les deux, vers les Capucines, dans la fraîcheur complice du soir.

 

François DIJOUX

est né en 1939 à Saint-Denis de La Réunion. Il est l’auteur de plusieurs romans, dont « L’Âme en dose » paru en 1995 aux Éditions Autres temps, de Marseille. L’auteur y dépeint avec humour et tendresse le « Monde des Hauts » de La Réunion des années 50, à la fois pittoresque et marqué par la dureté et la souffrance. Ce roman a reçu en 1996 un prix ADELF (Association des Écrivains de langue Française) qui lui a été remis par S.E.M Boutros BOUTROS- GHALI, ancien Secrétaire Général de l’O.N.U. Nous n’avons pu résister au plaisir de publier les pages ci-dessus, avec l’aimable autorisation de l’auteur. Un extrait de cet ouvrage figure au Manuel de littérature réunionnaise des Collèges de l’île de La Réunion, mais il serait souhaitable que ce roman soit étudié plus à fond dans nos établissements scolaires.

« L’Âme en dose » (1995) fait partie avec « Les Frangipaniers » (2004) et « Le Marlé » (2008) de la trilogie romanesque réunionnaise de François Dijoux intitulée « Dans le souffle de l’alizé ». Nous suggérons à nos lecteurs de rechercher sur internet davantage d’information sur cet auteur réunionnais sous la rubrique : « François Dijoux, écrivain » et leur recommandons les interviews réalisées par Gora Patel dans « Dix minutes pour le dire » à propos des romans « Les Frangipaniers » et « Le Marlé ». DPR974.

Read Full Post »


 

Tous les Réunionnais connaissent le « 32 Dumas », couteau, ou canif, légendaire fabriqué à Thiers, en Auvergne. Pascale Sol-Bruchon, PDG de la société Rousselon qui fabrique le 32 Dumas, raconte qu’au début du siècle dernier, en 1908, son grand-père, Paul Rousselon, fit un voyage à la Réunion, faisant ainsi découvrir aux planteurs de cannes le fameux couteau. Le succès fut immédiat : les planteurs l’adoptèrent et le baptisèrent d’un petit nom familier le « ti-32 ».

 

Photo du ti-32

Photo du ti-32

 Dumas 32 est également la marque du sabre utilisé par les coupeurs de cannes de la Réunion : doté d’une lame en acier carbone de 32 cm de long et de 35mm de large avec un manche en bois dur, il pèse environ 350 grammes, le sabre à cannes » (« machette » en français) est l’outil incontournable pour défricher, couper les fourrages et le bois, pour « dépailler » et couper les cannes ou pour ouvrir les noix de coco. On l’appelle aussi « grand couteau » ou encore tout simplement « 32 » pour le différencier du canif « ti-32 ».

 

Le sabre à cannes, un outil aux multiples usages.

Le sabre à cannes, un outil aux multiples usages.

 

L’origine de l’appellation remonte au XVIème siècle, où fut enregistrée la marque « 32 » en chiffres, sur la table de plomb exposée au Musée National de la Coutellerie à Thiers. En 1852 Antoine Rousselon crée à Paris la société qui porte son nom, spécialisée dans le négoce d’articles pour l’équipement de la maison. En 1882 Henri et Gabriel Rousselon installent l’usine de fabrication des couteaux Dumas sur les bords de la Durolle à Thiers, dans le Puy-de-Dôme.

 

En 1921 Paul et Maurice Rousselon succèdent à leur père Henri. Paul Rousselon est celui qui est venu 13 ans auparavant faire découvrir le « ti-32 » aux planteurs de la Réunion. En 1984 Pascale Sol-Bruchon, petite-fille de Paul Rousselon, prend la direction de la société.

 

 

Les différentes parties du ti-32

Les différentes parties du ti-32

Le « ti-32 » allait se révéler d’usages multiples. Il avait élu domicile aussi bien dans la poche des planteurs que dans celle de leurs enfants, qui s’en servaient pour « éplucher » les cannes, bonbon, mapou ou autres, découper les entre-noeuds et les mâcher pour en extraire le jus. Mais il servait aussi pour le jeu de casse-couteau, un jeu-longtemps qui ne nécessitait ni espace, ni budget, ni uniforme : un petit coin de terre meuble, ou de sable, et un canif « ti-32 ».

L’étui d’un cadeau mémorable.

L’étui d’un cadeau mémorable.

Le jeu de casse-couteau comportait sept figures qui toutes visaient le même but : lancer le couteau de telle sorte que la pointe de la lame se plante droit dans le sable, à la verticale : si le couteau penchait, il fallait qu’on puisse passer deux doigts superposés entre la lame et le sol pour que le coup soit validé. Si par malheur le couteau se plantait par le manche, il fallait tout reprendre depuis la première figure. Comme pour les chiffres aux dominos, chaque figure de casse-couteau avait un nom, variable selon les « quartiers » de l’île.

 

Dans la première figure le couteau était posé à plat dans le creux de la main ouverte, d’où le joueur devait le lancer pour en planter la lame verticalement dans le sol. Dans la deuxième figure le couteau était posé sur le dos de la main, dans la troisième sur le plat du poing fermé. Dans la quatrième le couteau était posé à plat sur deux doigts ouverts,  l’index et l’auriculaire, les autres restant repliés. Les trois dernières figures étaient la roulade, le ciseau et le zobok. La figure finale, le zobok, la plus difficile, a d’ailleurs donné son nom au jeu : jouer à casse-couteau, c’est « joué zobok ». Le joueur qui avait la main la gardait tant qu’il réussissait les figures successives. Quand une figure était ratée (si on avait fait carotte), le couteau passait dans la main de l’adversaire. Une partie comportait dix « séries », chaque série se terminant par un plusieurs « zobok » selon les conventions. A noter que le mot zobok (variante bobok) désigne également le tibia : au foot-ball « joué zobok » c’est viser le tibia et d’une manière plus générale c’est jouer avec brutalité.

De nos jours le « ti-32 » Dumas Ainé est toujours là, mais les enfants ne s’en servent pratiquement plus pour « éplucher » la canne. On achète des tronçons de cannes pré-découpés sur l’étal des marchés, ou même des entre-noeuds coupés en quatre dans le sens de la longueur, prêts à la mastication. Et on ne joue plus au casse-couteau : on court comme des fous derrière des chimères électroniques !

 

 

Jean-Claude Legros

 

Note de DPR 974 :

Dans cet article on se rend compte que les Réunionnais ont un certain talent pour adopter et adapter des apports extérieurs. Ils font ainsi « leurs » des éléments qui viennent du « dehors ». Pour l’auteur interrogé à ce sujet, un tel comportement est l’essence même du phénomène de créolisation.

 

Sources :

Société Rousselon, Thiers.

Dictionnaire illustré de la Réunion (René Robert, Christian Barat).

Jean Albany : le piment des mots créoles.

Photos : JCL.

Read Full Post »


En 2014 Lofis la Lang Kréol La Rényon et l’association Tikouti ont coédité le livre de Christian Fontaine « Zistoir Tikok » avec le soutien de la Commune de Saint-Joseph. Ce livre est précieux à plus d’un titre :
La langue utilisée est riche, authentique et pleine d’humour.
C’est un document irremplaçable sur la vie quotidienne des Réunionnais du milieu du 20ème siècle.
C’est l’œuvre  d’un homme, d’un prêtre engagé, au service de la culture réunionnaise, du patrimoine de son île et des petites gens de son pays.…

Ce livre est indispensable à tous ceux qui aiment La Réunion, sa langue, son histoire, sa culture.

Dpr974.

Zistoir Tikok de Christian Fontaine est en vente dans toutes les bonnes librairies de l’île au prix de 20 euros. On peut également se le procurer en s’adressant à : lofislalang@gmail.com

PMA p79 Geěno TikokEkSonChien BasseDeěfinition

La « case créole », illustration de Géno.

 

La « Case créole »

Il paraît qu’en France « la case » est bien différente de « la case » de La Réunion.

Et puis, d’abord les « zoreils » (1) ne disent pas « la case », mais la maison. Leur maison à eux est vraiment très étrange ! Elle sert à peu près pour tout ! On y trouve la cuisine où l’on prépare les repas, la salle de séjour où l’on reçoit les visiteurs et où l’on discute ; il y a encore le grenier, une sorte de far-far (2) où l’on entrepose toutes sortes de vieilleries et sous la maison se trouve la cave où l’on range les bouteilles de vin… Dans cette « maison » en question, il y a même les « toilettes », le cabinet si vous préférez !

Ici, à La Réunion, on ne mélange pas tout cela. Ici, la case, c’est la case ! La cuisine, c’est la cuisine et le cabinet, le cabinet ! Mais cela ne veut pas dire que nous ayons davantage de place qu’en France, ni que nous soyons plus riches. Bien au contraire ! C’est souvent parce que nous sommes à l’étroit, parce que nous sommes vraiment pauvres, que nous agissons ainsi !

Jugez-en vous-mêmes : la case de Maximin, un ami de Tikok, ne comporte que deux pièces ; elle a un toit de paille de vétiver et n’a pas de cheminée à la différence de ce qui se fait en France. Supposons un moment que la maman de Maximin veuille faire cuire le repas dans la maison, vous imaginez ce que cela va donner ? Le feu dans la paille de vétiver, la fumée qui boucane les yeux, le couvercle des marmites dans l’armoire à linge, la marmite quant à elle, en compagnie du pot de chambre sous le lit !…

 Pour ce qui est du cabinet, c’est bien pis ! Où prendrait-on l’eau courante ? Où est-il ce papier-toilette si doux ? Et même le flacon de grésil pour chasser la mauvaise odeur ? Où est –il ? Il n’y en a pas ! Dans une situation aussi scabreuse, il vaut mieux se  contenter de la touffe de bananiers, là-bas au fond de la cour, de deux ou trois « cotons » de maïs (3) à portée de  la main et d’un sac de jute (4) qui vous tient lieu de paravent !

En fin de compte une case comme celle de Maximin ne sert que pour dormir, la nuit. Et même, comme Maximin a un grand frère et trois sœurs presque grandes, les deux garçons sont obligés de dormir sur une « caisse » (5) dans la cuisine !

Et puis, dans la journée, Madame Raphaël n’entre que rarement dans sa case, quand il y a vraiment nécessité : pour faire les lits, pour repasser, pour prendre un papier important. C’est dans la case aussi qu’elle range sa tente   (6) de couture, mais pour coudre, elle s’installe sous la treille de chouchoux (7). Cette treille lui sert également de salon. C’est là qu’elle reçoit  son monde…en particulier en décembre, janvier et février trois mois où en France  la neige fond alors qu’ici les gens sont sur le point de fondre sous l’effet de la chaleur !

Extrait de « Zistoir Tikok » de Christian Fontaine (coédition Lofis la Lang Kréol La Rényon-Tikouti). Décembre 2014.

Traduit du créole par Robert Gauvin.

ZistoirTikok-ScanCouvertureLivre BasseDeìfinition

Zistoir Tikok de Christian Fontaine

 

Notes :

1)   Zoreil : terme réunionnais qui s’applique à un français de l’Hexagone, arrivé dans l’île pour un séjour plus ou moins long. L’origine de ce mot est controversée.

2)   Le Far-far : Sorte d’étagère placée au-dessus du foyer où l’on conserve le maïs et où l’on suspend la viande, les saucisses à boucaner.

3)    Le coton de maïs = la rafle de maïs : l’axe renflé de l’épi de maïs (Cf : le Nouveau Petit Robert.)

4)   Ce sac de jute s’appelle en créole, le goni, terme d’origine indo-portu gaise.

5)   La caisse : sommier rudimentaire en bois.

6)   Tant(e) : sorte de panier de vacoa tressé (mot d’origine malgache).

7)    Le chouchou, appelé « chayotte » dans le midi de la France et « christophine » aux Antilles…est cultivé sur une treille…Il demeure un élément important de l’alimentation créole …Il fournit, à la fois ses tubercules (patat sousou), ses fruits (sousou) et ses bourgeons et feuilles terminaux que l’on  mange en « brèdes ». (CF. Dictionnaire Kréol rénioné-français d’Alain Armand).

 

Read Full Post »


Tout le monde connaît les bassins de la Ravine Saint-Gilles : Bassin Bleu, Bassin Malheur, Bassin des Aigrettes (autrefois dit des Trois Roches), Bassin Cormoran qui font les délices des promeneurs, touristes et photographes. L’accès des trois derniers est officiellement interdit par arrêté préfectoral depuis plus de dix ans ; cependant ils restent décrits dans la plupart des guides touristiques et constituent toujours un des sites les plus fréquentés de l’île. Mais que connaît-on vraiment des canaux de la Ravine Saint-Gilles, dont des portions sont aujourd’hui encore bien conservées ?
Ils puisent leurs eaux en aval des différents bassins alimentés par des résurgences qui s’échappent des fissures de la roche, tombent en cascade ou remontent par le fond. Des eaux généreuses, pures, claires et bleutées. Un don de la nature dans cette région de savane aride où l’eau affleure après un parcours invisible depuis les pentes du Maïdo. On n’a donc pas de mal à deviner l’intérêt hydrologique, économique et touristique de la Ravine Saint-Gilles, une des rares ravines pérennes de l’ouest. Une aubaine. Aujourd’hui comme autrefois.

Bassin des Aigrettes et prise d’eau du Canal Jacques Photo Marc David

Bassin des Aigrettes et prise d’eau du Canal Jacques Photo Marc David

Historiquement, ces canaux ont eu plusieurs fonctions. En plus de leur rôle d’alimentation en eau potable (encore actif aujourd’hui même si des stations de pompage ont pris le relais), ils ont servi pendant deux siècles (et bien avant le grand basculement des eaux !) à l’irrigation des champs, ont permis le fonctionnement de plusieurs usines sucrières et d’un « moulin Kader » exploitant les fibres d’aloès. Ils ont eu un rôle majeur, surtout au XIXème siècle, en contribuant au développement de l’industrie sucrière dans la région. Grâce à des techniques diverses, de grands propriétaires ont exploité l’énergie des eaux portées par ces canaux pour alimenter leurs sucreries. La plus ancienne, avant l’abolition de l’esclavage, était la sucrerie de Villèle, de la famille de Madame Desbassayns, qui pompa l’eau du Bassin Bleu grâce à une roue hydraulique, les autres, celles de l’Eperon, de Bruniquel et de Vue-Belle, datant des années 1860/70 (1).
Il nous reste aujourd’hui des traces qui témoignent de cette histoire. Certaines sont bien visibles dans le paysage, comme les cheminées et corps de bâtiment des usines que nous avons citées et qui ont fermé progressivement au cours du XXème suite à la concentration des moyens de production. D’autres plus secrètes, comme celles du Moulin Kader en service dans la première moitié du XXème siècle, et qu’on confond fréquemment avec la station de pompage proche dont il reste encore de beaux mécanismes. Station qui, autrefois, via le Canal Bruniquel, fournissait l’usine de Vue-Belle en énergie. Enfin, il nous reste les canaux dont on peut suivre les tracés. Bref un riche patrimoine industriel, dont seuls quelques éléments sont inscrits aux monuments historiques ; actuellement objet de quelques études, publications et aménagements initiés par les institutions, associations et particuliers. Un chantier à travailler en prolongeant les actions visant à restaurer, mettre en valeur et faire connaître ce patrimoine.

Le canal Bruniquel vers le Moulin Kader Photo Marc David

Le canal Bruniquel vers le Moulin Kader Photo Marc David

Mais quels sont précisément ces canaux dans lesquels on se perd selon les dénominations, les usages ou l’inaccessibilité de certains ouvrages ? Et aussi l’absence de signalétique qui va de pair avec l’interdiction d’accès aux canaux et bassins.
A partir d’un dessin technique de la main d’Emile Hugot (2) et d’un Rapport hydrologique (3) qui, en 1960, reprend les mêmes données tout en analysant les débits des bassins et prises d’eau, on peut faire une synthèse de ces canaux d’autrefois, aujourd’hui partiellement à sec. On les voit apparaître telles des arborescences du cours d’eau. Le Bassin Bleu alimente le Canal de l’Eperon et la Pompe de Villèle – qui va vers les sucreries du même nom. Le Bassin Malheur approvisionne le Canal Prune et le Grand Canal de Villèle ou Lelièvre ou Bruniquel (du nom actuel) qui fournit les sucreries des Filaos et de Vue-Belle ainsi que le Moulin Kader. Le Bassin des Trois Roches (ou des Aigrettes) alimente le Canal Jacques (le seul encore en eau aujourd’hui) et l’ancienne usine électrique située non loin du Bassin Cormoran d’où démarre le Canal Bottard en direction d’une zone d’activité agricole et fruitière (4).

Ces canaux ont donc une valeur historique, patrimoniale et architecturale indéniable avec certaines parties en tunnel (comme le canal Prune) ou en corniche tout à fait remarquables. Creusés « dans le substrat rocheux », ils sont « bien intégrés à la topographie » (5). « On reste émerveillé du courage et de la persévérance que révèle cette entreprise » écrit de Monforand dans l’Album de La Réunion. Du bel ouvrage, en effet, si on pense à l’étendue des espaces reliés, au génie des concepteurs et constructeurs. Si on songe à la peine des hommes et aux techniques employées pour asservir les eaux.

Sections du Canal Jacques et du Canal Prune, Photos Marc David

Sections du Canal Jacques et du Canal Prune, Photos Marc David

Ces canaux, nous les avions découverts dans la naïveté et l’insouciance de notre jeunesse. Comme beaucoup d’autres Réunionnais, nous les avions alors empruntés avec plaisir. Mais je vous parle d’un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître ! A l’époque, les promeneurs et baigneurs étaient en nombre discret, la promenade encore autorisée et l’eau coulait vive dans le Canal Prune. Quelle joie d’arriver au Bassin Malheur par ce Canal Prune ! Parfois on cheminait sur la margelle, et bien souvent dans l’eau du canal lui-même. Quelle merveille de découvrir les roses des bois en nappes, les racines de ficus se tordant dans la roche et les capillaires attendrissants accrochés aux murets. D’entrevoir ici et là une belle trouée sur la ravine et les bassins. Quelle aventure de progresser en corniche dans l’eau fraîche et stimulante ! On avançait à la queue leu leu dans les tunnels humides et sombres taillés dans la roche. Se fiant aux yeux de chat ou à la lampe du premier de cordée. « Pas besoin la pèr ! » Car on jouait à s’effrayer d’un frôlement de feuille ou de bois portés par le courant. Une fois arrivés aux bassins, seuls les plus audacieux plongeaient, les autres contemplaient… Souvenirs, souvenirs…

Roses de(s) bois

Roses de(s) bois

Souvenirs qui butent désormais contre le présent. Le développement touristique de Saint-Gilles et plus largement de La Réunion a attiré un flot de visiteurs ininterrompu. En 2000, un arrêté préfectoral – suivi en 2003 d’un arrêté municipal – a interdit l’accès aux bassins Malheur, des Aigrettes et Cormoran ainsi qu’aux canaux afin de préserver la qualité de l’eau et la sécurité des personnes. Un panneau proche des lieux, situé près du parking sommaire mais toujours bien fréquenté par les visiteurs de la ravine, le signale. Le problème majeur étant que l’eau des bassins est en partie captée pour assurer aujourd’hui comme autrefois, « la consommation humaine ».
Depuis, les canaux vont à vau l’eau. L’eau s’échappe ici ou là par des fuites. Elle s’est tarie dans le Canal Prune. Un éboulis a fragilisé une section du même canal. Heureusement que certaines portions sont encore assez bien préservées ! Mais gardons-nous de les retrouver un jour effacées comme d’autres.

On devine donc les conflits d’intérêt dans la vocation multiple de la Ravine Saint-Gilles : hydrologique, économique, sociale, écologique (6), patrimoniale et touristique. D’où la nécessité de solutions conciliant les positions. On parle de projets. Responsables, institutions, mairie de Saint-Paul, associations soutenues par des partenaires divers, avancent des propositions (7). Quant aux canaux qui méritent d’être préservés, saluons les efforts de tous ceux qui ont contribué à faire connaître le Canal Bottard (notes 4 et 8) et le Canal Bruniquel dont de belles parties maçonnées ont été dégagées (9). Espérons que ces lieux feront l’objet de soins constants. Et rêvons de retrouver l’eau fraîche, claire et bleue de la ravine avec un parcours patrimonial passant par les bassins, canaux, sucreries, moulin Kader, station de pompage, berges de la ravine jusqu’au port de Saint-Gilles.

Marie-Claude DAVID FONTAINE

1. Sur ces 4 usines fermées, 3 sont inscrites aux monuments historiques : Villèle en 1997, Bruniquel et Vue Belle en 2002 (cheminées).
2. Moulins Kader, sur les traces du choka, le sisal de La Réunion, Michèle Marimoutou Oberlé, CBo Territoria éditions, 2010. Le dessin de Emile Hugot sur les concessions d’eau date de 1956. L’ouvrage présente également Le Canal Bruniquel et ses usages.
3. Rapport hydrologique, Mission hydrologique de l’Ile de La Réunion, D. Le Gouriérès, 1960
https://www.google.com/#q=Rapport+hydrologique+ravine+saint+Gilles+1960
4. Canal Bottard du nom d’un médecin de Saint-Gilles associant pharmacopée européenne et plantes locales. Le sentier aménagé par TAMARUN du théâtre au port, passant par le Verger Bottard, révèle une végétation riche et des vestiges historiques.
5. Jean-Luc Bonniol et Jean Benoist, Un ordre étagé mis à bas, Contribution à une ethnologie des paysages à La Réunion (Application à la zone de Saint-Gilles), Rapport à la Mission du Patrimoine ethnologique, 1994.
file:///Users/mc/Downloads/Ethno_Benoist_1994_084%20(3).pdf
6. Un arrêté préfectoral de décembre 2015 mentionne la Ravine Saint-Gilles comme cours d’eau classé au titre du Code de l’Environnement du Bassin de La Réunion.
7. L’hypothèse « de sortir le Bassin des Cormorans du périmètre de protection et d’y autoriser la baignade » apparaît sur le site de TAMARUN et dans la presse (JIR du 21 novembre 2015).
8. L’aménagement a été porté par TAMARUN, à l’initiative de la commune de Saint-Paul. Le sentier a été inauguré en décembre 2015.
9. L’action de partenaires et associations (dont Kan Villèle) a permis l’aménagement de sentiers d’accès offrant de belles vues sur les bassins de la ravine et a dégagé le tracé du canal Bruniquel.

Read Full Post »


Vingt ans et mutilé…

Vingt ans et mutilé…

 

 

Nous empruntons ce titre au dernier numéro du magazine municipal de notre chef-lieu (ICI Saint-Denis, N°21). Dans cet article, le magazine offre à nos concitoyens la vision d’avenir de la municipalité en matière de protection des arbres, une vision éclairante, convaincante, prophétique qui s’appuie sur tous les bienfaits apportés à l’homme par les arbres et permet tous les espoirs. L’auteur cite les différents rôles des arbres :

  • « Leur rôle est essentiel – nous dit-il – dans le cycle de l’eau,
  • dans la purification de l’air,
  • dans le maintien de la biodiversité puisqu’ils nourrissent et abritent de nombreux oiseaux. (1)
  • Mais ce n’est pas tout :
  • les arbres structurent nos espaces,
  • créent des repères dans la ville,
  • favorisent les lieux de vie,
  • nous protègent du soleil.
  • Enfin ce sont des témoins de l’Histoire
  • et ils nous montrent le temps qui passe grâce au marquage des saisons… » . (2)

Bravo, bravissimo !…

Ce qui ne laisse pas néanmoins d’étonner c’est le fait que cette multitude de bienfaits de l’arbre dans nos villes soient entassés, empilés les uns sur les autres, tant et si bien que l’on ne sait plus où donner de la tête, qu’on n’arrive plus à distinguer l’essentiel de l’accessoire (3). Ceci étant dit, nous ne pouvons que nous rallier aux orientations qui guident apparemment l’action de nos édiles municipaux. L’auteur de l’article de « ICI Saint-Denis » poursuit en effet : « Aujourd’hui plus que jamais, protégeons nos arbres ! Pollution, bétonisation (quelle audace dans le néologisme !), élagage sauvage ou dégradations. Soyons vigilants et pensons aux générations futures ! 

 

le flamboyant éradiqué (a)

le flamboyant éradiqué (a)

 

Qui ne souscrirait à un tel programme ?

Bravo donc à Mr le Maire du Chef-lieu, à son équipe municipale où figurent nombre d’écologistes fort connus, dont Mr Espéret, Marchau et Mme Duchemann, auxquels nous devons rendre hommage pour leur efficacité : L’arbre en ville de Saint-Denis trop souvent menacé, est sauvé : Alleluia !

 

Pour illustrer concrètement son propos l’auteur de l’article d’ « ICI Saint-Denis » tourne son regard vers les arbres remarquables du chef-lieu, et plus précisément, vers quelques uns d’entre eux : le flamboyant du restaurant Roland Garros, (Delonix regia), le baobab (Adansonia digitata) de la cour de la DEAL ( La Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) et le couple flamboyant-arbre de l’intendance (Ficus microcarpa) qui s’enlace sans pudeur excessive sur le square Leconte de Lisle. …

Notons, en passant, que l’auteur focalise son attention sur quelques arbres. Il applique ainsi la technique bien connue de « l’arbre qui cache la forêt », l’essentiel étant masqué par un détail. Tout sert à camoufler le fait que Saint-Denis, connue il y a quelques années encore, comme une ville verte, est en passe de devenir un désert végétal : entre administrations, entreprises et particuliers on s’est entendu ces dernières années, comme larrons en foire, pour sacrifier les arbres au profit du béton et des spéculateurs.

Les disparitions récentes d’arbres à Saint-Denis ne manquent pas :

 

Palmier royal remplacé par des multipliants (devant la BNP à Saint-Denis).

Palmier royal remplacé par des multipliants (devant la BNP à Saint-Denis).

 

 

  • D’abord la municipalité couvre de sa complicité tous les abattages d’arbres quand se font des constructions nouvelles. Pour donner le change et jeter de la poudre aux yeux, elle permet que soient plantés en lieu et place des arbres de petits multipliants rachitiques.
  • De même la municipalité n’a pas pensé, alors qu’elle faisait construire des bâtiments d’habitation le long de la partie haute du Boulevard Monseigneur Mondon à protéger ces bâtiments et leurs habitants en plantant des arbres qui auraient permis de lutter contre le bruit et la chaleur tropicale ! À moins qu’elle ne travaille au développement des entreprises de climatisation ?
  • Autre chose encore, un peu plus bas, au niveau de l’Allée des Cocotiers, combien d’arbres la mairie a-t-elle fait abattre ? N’y avait-il pas d’autres solutions ? Et si obligation il y avait, n’aurait-elle pu compenser les arbres abattus par d’autres arbres plantés ?
  • Et que dire du flamboyant de l’angle de la rue Sainte-Marie et du Boulevard Lacaussade éradiqué. Sous quel prétexte ? La maladie ? Ce qui restait du tronc après la coupe montrait une structure saine et si maladie il y avait eu, n’aurait-il pas été mieux de soigner l’arbre plutôt que de le livrer à la tronçonneuse ?
  • La municipalité de Saint-Denis et la Cinor ne sont-elles pas également responsables de l’abattage récent des Vacoas de la promenade du bord de mer à la hauteur de l’échangeur de Sainte-Clotilde ? Sans d’autre raison apparente que de donner un peu d’exercice aux tronçonneurs ?
Vacoas étêtés : dernier méfait de la municipalité dionysienne.

Vacoas étêtés : dernier méfait de la municipalité dionysienne.

 

La municipalité de Saint-Denis qui veut se donner une étiquette de ville verte, est la principale responsable des massacres d’arbres perpétrés depuis des années. Et elle utilise le magazine municipal pour faire passer une propagande mensongère…

En matière de mensonge il y eut d’abord le mensonge ordinaire, vieux comme le monde, puis le mensonge par omission plus raffiné, ensuite les statistiques qui seraient, selon un homme d’esprit, la version moderne du mensonge. Un degré nouveau a été franchi avec la communication, art dans lequel la municipalité dionysienne excelle et qui vise à faire prendre au bon peuple des vessies pour des lanternes (4).

 

 

Robert Gauvin.

1) Comme le dit Jean Racine dans « Athalie » : « Aux petits des oiseaux Dieu donne leur pâture et sa bonté s’étend sur toute la nature » …

2) Et voilà Vivaldi de retour sous les Tropiques…

3) On aurait voulu étouffer le lecteur sous cet amoncellement que l’on ne se serait pas pris autrement…

4) Mais Dieu soit loué, les Réunionnais ne se laisseront pas prendre au piège : Demoun vilin nana ankor, demoun kouyon na pi !

  1. a) Ce flamboyant (angle de la rue Sainte-Marie et du Boulevard Lacaussade) doit sa disparition aux services de la Mairie de Saint-Denis.

Read Full Post »


 

Portail du Jardin de l’État donnant sur le rond-point.

Portail du Jardin de l’État donnant sur le rond-point.

On ne sait pas très bien à quoi servent les jumelages entre villes…Mais quelle mouche (charbon ?) a donc piqué (1) les édiles menés par le maire Auguste Legros en l’an de grâce 1986 ? Par quel cheminement la municipalité en est-elle arrivée à se lancer dans une opération de jumelage avec la ville de Metz en Lorraine ? Le charme de la mirabelle y est-il pour quelque chose ? Il est vrai que cette variété de prune, de couleur jaune, chantée par le poète latin Virgile, dans ses « Bucoliques « , fait les beaux jours de la Lorraine, du nord de l’Alsace et des Vosges, concentrant ainsi 80 % de la production mondiale. Mais attention, il ne faut pas confondre : il existe deux variétés de mirabelle, celle de Metz et celle de Nancy ! C’est à l’évidence la mirabelle de Metz qui a remporté les suffrages de nos élus.

le buste de :François Gédéon Bailly, comte de Monthion, Général d’Empire.

le buste de François Gédéon Bailly, comte de Monthion, Général d’Empire.

Nous pouvons supposer que les délégations dionysiennes n’ont pas manqué de se succéder en Lorraine à la belle saison, notamment lors des fêtes de la mirabelle, le dernier week-end du mois d’août : dégustation, corso fleuri, élection de la Reine de la Mirabelle, tout ce qu’il faut pour que le déplacement en vaille la peine. Et les Lorrains ne pouvaient être en reste : en plein coeur de l’hiver quel bonheur de se retrouver sous les tropiques … pour la fête du letchi !

A tel point que la mairie de Saint-Denis de l’époque a cru bon de sceller ce jumelage en débaptisant le rond-point du Jardin de l’Etat pour lui donner le nom de « Place de Metz ». Et la date choisie vaut son pesant de pistaches (2) : le 20 décembre 1986 ! Par un tour de passe-passe, carte rouge-carte noire, la célébration de l’abolition de l’esclavage se délite, se désagrège, se dissout dans la fête du letchi-mirabelle !

Que reste-t-il de la Place de Metz ?

Que reste-t-il de la Place de Metz ?

Dans son blog, à la date du 20 août 2010, Jacqueline Dallem, s’émerveille de voir sa Lorraine natale mise à l’honneur en découvrant la plaque commémorative apposée sur les imposants piliers qui encadrent la grille d’entrée du Jardin de l’Etat. Elle note cependant que cette place est également appelée « Rond-point du Jardin ». Et pour cause ! Personne n’appelle ce rond-point « Place de Metz » ! Si les syndicats en mal de manifestations donnaient rendez-vous à leurs adhérents Place de Metz, leurs rangs seraient encore plus clairsemés qu’ils ne le sont déjà. Cette place circulaire, où trône le buste de Bailly de Monthion, Place de l’Etoile « pays » d’où part la longue avenue menant à la Place de la Concorde-Barachois, fut, est et restera le « rond-point du Jardin de l’Etat ».

Il est d’ailleurs à noter, à ce propos, que la majorité municipale actuelle n’a rien fait pour entretenir les deux plaques : l’une est en passe de devenir illisible, l’autre est masquée (volontairement ?) par un rutilant panneau de sens interdit ! Il se trouve que juste en face du pilier Est, on peut voir, apposée sur le mur d’une agence du loto jouxtant la Caisse d’Epargne, une double plaque, indiquant d’une part que nous sommes rue du Général de Gaulle, et d’autre part qu’il s’agit de l’ancienne rue Dauphine (excellente initiative qui replace la ville dans une perspective historique).

Rue Dauphine ou rue Général de Gaulle.

Rue Dauphine ou rue Général de Gaulle.

Ne pourrait-on dès lors signaler que cette place fut nommée naguère « Rond-point du Jardin de l’Etat » ? A moins qu’on ne décide purement et simplement de lui redonner son appellation d’origine.

Qui s’en plaindrait ?

Jean-Claude Legros.

Notes :

1) Pour les Réunionnais, la piqûre de la mouche charbon est, de loin, beaucoup plus puissante que celle de la guèpe ou de la mouche à miel !

2) Pistache, nom créole de la cacahuète.

3) François Gédéon Bailly, comte de Monthion, général d’Empire, naquit à La Réunion le 27/01/1776.

Read Full Post »

Older Posts »