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Afficher Patrimoine 974 sur une carte plus grande

Notre exploration de St Denis pour nous rendre compte de ce que sont devenues les cases créoles présentant un intérêt patrimonial a été enrichie le 30 Mai 2010.

DPR974

Légende:

En violet, les bâtiments patrimoniaux démolis devant être reconstruits.

En jaune, les maisons d’intérêt architectural ou de grand intérêt architectural qui ont connu des sorts divers (abandon, reconstruction à l’identique, plus souvent remplacement par des immeubles pseudo-créoles.)

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Un de mes derniers coups de cœur ? Une exposition sur les sirandanes à la médiathèque de Sainte-Marie. Exposition illustrée rassemblant une vingtaine de devinettes des îles créoles de l’océan Indien : Maurice, Rodrigues, La Réunion et les Seychelles, avec le concours de partenaires québécois et la participation d’artistes, d’institutions et organismes culturels des quatre îles créolophones et francophones de l’océan Indien. (1)

On connaît tous les sirandanes qui sont désignées le plus souvent à La Réunion sous le nom de jeux de mots/zëdmo ou devine-devinay ou Kosa in shoz, formulations ouvrant le rituel d’une interrogation dont on attend la solution. Ainsi de qui/de quoi parle t-on en disant « Mi menas mé mi koz pa ? / Je menace mais je ne parle pas ? » Du doigt voyons ! Ces sirandanes qui cultivent la métaphore, l’analogie et les effets de parallélisme sont de merveilleux jeux de mots qui témoignent d’un imaginaire et d’une culture créole inventive et attentive au réel. C’est pourquoi ces devinettes ont une grande force évocatrice car, loin du discours scientifique, elles puisent dans le quotidien en abolissant les frontières entre le monde végétal, animal et humain. Prenons l’exemple suivant, emprunté au fonds mauricien : « Piti bat mama ? / Quel est l’enfant qui bat sa mère ? ». Pour répondre à cette question, on peut interroger le rapport de grandeur, de famille, de maternité – mais encore faut-il avoir l’expérience de la grossesse pour se souvenir des coups de pieds du bébé dans le ventre maternel !  Avec l’emploi du verbe battre, on peut s’orienter vers l’idée de coup porté ou de rythme musical… On peut donner sa langue au chat quand on ne trouve pas qu’il s’agit du battant de la cloche tout simplement !

Et c’est en effet ce que l’on fait souvent. Par paresse intellectuelle ou parce que notre société matérialiste ne nous laisse pas de temps pour rêver sur les mots et aussi parce que certains codes culturels ne font pas ou ne font plus partie de notre vie quotidienne. Inversement, on peut répondre très vite et comme par mécanisme quand certaines sirandanes nous sont très ou trop familières…

Image de W. Zitte pour les le-vres

Image de William Zitte pour les lèvres

Alors, on peut trouver de l’intérêt à l’exposition Sirandanes/devinettes créoles de l’océan Indien car elle leur redonne vie par un effet de rapprochement avec des illustrations qui laissent la part belle à l’imaginaire de chacun.

La réalisation formelle des affiches est efficace. Une sirandane en créole – qui varie selon les îles – et dans sa traduction française ; un dessin ou peinture d’artiste (de chacune des quatre îles) et la réponse, en français et en créole, cachée sous un lambrequin qui préserve l’activité intellectuelle et l’inventivité de chacun. Par sa sobriété, cette exposition laisse donc le visiteur éprouver réellement la magie des sirandanes. Il peut avancer des hypothèses… Sa quête ici n’est pas désespérée car le dessin d’artiste l’accompagne, mais ce dernier, polysémique, lui révéle quelques indices sans le priver du privilège de la recherche et de la découverte. Ainsi les bateaux ne sont-ils qu’un des éléments pouvant faire sens dans le bord de mer heureux et coloré cerné par le Mauricien Malcolm de Chazal pour répondre à la question : « Mon lespri par deryer ? / Ma tête est derrière moi ? ». Il en est de même avec le parasol du Seychellois Michaël Adams pour « Lakaz enn fours ? / Quelle maison a un seul pilier ? »…

Alors le visiteur peut retrouver un bref instant cette naïveté première nous permettant de voir le monde sans le fard des désignations figées. La charge poétique et émotionnelle en est renforcée. On peut penser au large ciel étoilé et éclairé de pleine lune d’Anne-Marie Valencia  qui est associé à la belle devinette réunionnaise bien rythmée et rimée « Dra gign pa pliyé, rezin gign pa konté, pom gign pa manzé ? / Drap qu’on ne peut plier, grains de raisin qu’on ne peut compter, pomme qu’on ne peut manger ? ». Et comment ne pas rêver devant « Ki fer la mer ble ? / Qu’est-ce qui rend la mer bleue ? » illustrée par le Mauricien Henry Koombes. Certaines images, de facture plus abstraite, prolongent l’énigme de la sirandane comme le tableau du Seychellois Léon Radegonde à partir du jeu de mots sur Lire et écrire : « Lanmen i semen, lizye i rekolte ? / La main sème, les yeux récoltent ». On passe d’une affiche à l’autre au gré d’un hasard qui fait se rencontrer de manière surréaliste des réalités diverses – cigarette, étoiles, lèvres… – et des réalisations très variées qui témoignent de la richesse d’expression des artistes de nos îles.

Image de H. Koombes pour la fontainerobine-

Image de Henry Koombes pour la fontaine/ robiné

Cette exposition est également intéressante car elle inscrit les sirandanes dans un espace plus large en montrant les parentés de culture et de langue des îles créoles de l’océan Indien. Et cela avec légéreté et efficacité. Sans didactisme aucun, en plaçant simplement le visiteur devant les tableaux et questions. Pas de doute : on saisit bien que ces sirandanes constituent notre héritage et patrimoine commun. Les réponses cachées de manière unifiée sous les lambrequins de la case créole sont un clin d’œil à cet univers créole commun. De même les liens avec un espace francophone révélé à travers la traduction en français.  Si ces devinettes sont présentées dans des créoles différents par la morpho-syntaxe et l’écriture, elles sont, somme toute, accessibles à la plupart des lecteurs. D’ailleurs, elles existent souvent dans des formulations équivalentes ou très proches d’une île à l’autre. Ainsi du « Piti bat son momo » ou de « Lakaz enn fours » ou des grains de café qui répondent à la question « Mon rouz dan mon boner, mon nwar dan mon maler ? ». Le Réunionnais a vite fait de saisir que ce qui se dit « moin/je » ici se dit « mon/mo » là – bas. Il aura relevé le Sanpek (2) plus présent à Rodrigues, qu’ici dans l’île. Cette dimension indianocéanique apparaît pleinement dans le sommaire de l’exposition qui fait intervenir responsables et acteurs divers du monde créolophone. D’ailleurs ces affiches qui nous sont proposées ont été aussi vues par nos cousins de l’océan Indien. Et, dans ce contexte, on peut comprendre le choix des sirandanes – mot retenu par rapport à Kosa in shoz ?, des graphies, et des artistes de chacune des îles créoles de l’océan Indien.

Image de M. de Chazal pour le bateau

Image de Malcom de Chazal : mon lespri par deryer ?

Réjouissons-nous de constater que les sirandanes/Kosa in shoz retrouvent une place dans notre monde actuel et qu’elles sont même capables de dire la modernité avec des trouvailles nouvelles. Moins dans l’espace traditionnel que, désormais, dans les classes, les lieux de parole grâce aux conteurs, les forums – virtuels ou non – et les livres. Signalons le remarquable travail de l’association Tikouti (3) qui, à travers des éditions multiples, illustrées diversement redonne vie et présence à ces  devine-devinay. Une astucieuse présentation en volets pliants préserve la jubilation qu’il y a à chercher la réponse à l’interrogation. Une première illustration s’attache au sens premier des mots de la question, ce qui souligne le caractère fantaisiste, insolite et poétique de ces jeux de mots. Sous le cache, se découvre la solution avec une 2ème illustration d’une facture complémentaire. Un vrai travail d’artiste et de pédagogues avec un travail sur la langue créole réunionnaise dans ses graphies différentes. Des traductions en français et aussi une ouverture au monde avec les traductions en anglais, allemand et espagnol.

dessin de F. Fe-liks pour Brinzel-kari-aubergine-carry d--

Dessin de Florans Feliks pour Brinzel(Kari)/ Aubergine(carryd’), éditions tikouti

Finalement, nous pouvons dire avec JMG Le Clézio que « L’univers des sirandanes est un lieu sans frontières » et qu’il dépasse l’espace de nos îles créoles de l’océan Indien (4).

Marie-Claude DAVID FONTAINE

1. Ce travail datant de quelques années a fait l’objet d’expositions diverses dans les îles. On pourrait  l’actualiser. On pourrait mieux marquer les emprunts à Rodrigues. A la Réunion, les 18 affiches sont disponibles auprès du CCEE qui en fait le prêt à titre gracieux. Nous donnons les sirandanes dans la graphie et la formulation des affiches et de la fiche de présentation aimablement communiquée par le Directeur du C.C.E.E. que nous remercions.

2. Formulation du rituel de l’interrogation.

3. Tikouti : association et site pour la promotion de la langue et de la culture réunionnaises.

4. JMG.Le Clézio et J. Le Clézio, Sirandanes, 1990

La bibliographie est abondante sur le sujet.

On peut consulter : Potomitan : site de promotion des cultures des langues créoles, en particulier le lien : www.potomitan.info/didactique/sirandanes/s14.php. On y trouvera l’article : Quand Tikouti fait revivre les sirandanes.


 

Nénène. Un mot au parfum de femme, d’enfance, de passé, de douceur et de douleurs aussi. Un mot en usage à La Réunion pour désigner « ces femmes qui s’occupent d’enfants et de maisons qui ne sont pas les leurs ». Ecrire sur les nénènes, c’est écrire sur l’enfance, la maternité, la vie dans l’intimité et le huis clos des maisons. C’est dévoiler une société réunionnaise inégalitaire mais aussi se demander si elles sont subalternes ces nénènes qui ont fait grandir nombre de petits Réunionnais ? (1)

Voilà ce que nous offrent cinq auteures réunionnaises (2) dans des nouvelles qui retravaillent une figure esquissée déjà par d’autres de nos écrivains (3). Une belle entreprise qui croise la diversité des nénènes et des auteures du recueil Nénènes porteuses d’enfance qui sont Isabelle Hoarau-Joly, Céline Huet, Monique Mérabet, Huguette Payet, Monique Séverin. Si la plupart d’entre elles écrivent en français et en créole, pour ce recueil, édité par Petra, elles ont fait le choix de la langue française, ici discrètement travaillée par le créole.

Couverture du recueil

Quelles sont ces nouvelles ?

Elles sont dix. Quant aux nénènes, imaginées ou inspirées du réel (2), leur destin est scellé en quelques pages denses dans ces nouvelles dont la chute – que nous taisons pour préserver le charme du genre – est un plaisir renouvelé. Disons seulement que chaque titre ouvre des horizons d’attente qui peuvent orienter ou intriguer le lecteur qui pourra être surpris au-delà des intitulés tels que La Malédiction, La face cachée, La cinquième photo, Le revers de la médaille ou Bad nénène, etc. Surpris, il le sera aussi par la variété des tons du récit, ici « classique », ailleurs plus lyrique ou prenant les accents de la confidence, de l’ironie, du loufoque, ou la gravité du drame. Tout aussi étonnants sont les visages multiples des nénènes du recueil : dévouées, aimantes, imaginatives, sentimentales, idéalistes, ou perverses, originales, rebelles ou éprises de justice, elles ont leur part d’ombre et de lumière.

 

Mais qui sont-elles ces nénènes du recueil ?

Elles s’inscrivent dans La Réunion des années 1950 à nos jours nonobstant quelques prolongements remontant à la génération de leur mère. Dolène, c’est la grande sœur/nénène qui autrefois, dans certaines familles nombreuses et modestes, secondait la mère ; Augustine, la tante vieille fille dévouée à ses neveux mieux lotis pour gagner sa vie. Mais, en général, les nénènes, d’extraction modeste, sont étrangères aux familles plus aisées qu’elles investissent –parfois à demeure – : gens de « bonne famille », propriétaires terriens ou fonctionnaires, etc. Les dix nouvelles déclinent leurs rôles multiples entre prise en charge des enfants et tâches ménagères variant selon les besoins des employeurs. Ainsi se profilent dans les textes, les mutations familiales, sociales et même linguistiques autour de l’usage des mots nénène et bonne. Mais, ce qui signe chaque fois la singularité de la nénène réunionnaise, c’est son rôle particulier auprès des enfants.

 

Elles sont « porteuses d’enfance » dit le titre de ce recueil.

Les cinq auteures soulignent l’empreinte majeure qu’elles peuvent laisser dans la mémoire et le cœur des enfants qu’elles ont bercés, nourris, lavés, gardés… Elles seraient d’une certaine manière une « seconde maman » telles Francine, Agathe ou Augustine. C’est ce lien quasi-maternel -voire cette potentielle rivalité – qui a été problématisé, quoique différemment, par Monique Séverin dans Elle, la mère et par Céline Huet dans « La face cachée ».

Si l’attachement réciproque des enfants à leur nénène ne surprend pas, leurs relations peuvent être différentes selon leurs personnalités, leurs employeurs et selon la fantaisie des auteures. L’inconscience, la crainte, voire une candeur perverse, peuvent percer comme dans La goutte d’eau ou L’empreinte de la peur. Mais au-delà de tous ces sentiments, si l’empreinte des nénènes est vive sur les enfants, c’est aussi car elles ouvrent différemment leur regard.

Tendresse, aquarelle et plume, Marie-Claude David Fontaine

« Porteuses d’enfances », les nénènes sont aussi porteuses de mondes.

Elles permettent à l’enfant d’approcher la diversité d’une société réunionnaise pluriethnique, pluriculturelle et socialement hétérogène. En cela, elles tissent des liens. Avec les nénènes, c’est la langue créole – mise à distance par certaines familles de maîtres tels les Chatelier – et aussi les jeux et l’imaginaire réunionnais que les enfants s’approprient. Ici, on fait « Kadadak » ou « zinzin la malis ». Là on rit avec « toute domoune » aux dires de Lina ou parce que « l’est gaillard ». Ailleurs ce sont les fantômes de Grand-mère Kalle, des âmes errantes et « bébètes zaven » qui, agités par les récits des nénènes, suscitent la fascination ou la peur des enfants, à défaut de compréhension. Car pour « donner du sens » à « la richesse de notre diversité créole », pour reprendre les mots d’Isabelle Hoarau-Joly dans L’empreinte de la peur, il faut du temps.

 

En fait, avec les nénènes on fait une plongée dans la société réunionnaise.

On peut y lire une histoire des mentalités dont l’origine remonte à la période de l’esclavage. Ainsi La cinquième photo, Bad nénène ou La Malédiction laissent filtrer des relents d’une pensée coloniale raciste ou pleine de morgue. On peut y lire aussi une histoire des inégalités et de leur reproduction. Sur ce point, trois nouvelles proposent des lignées de nénènes, comme s’il allait de soi que la place et la vocation étaient héréditaires. Ainsi Rosalie, Erika et Marcelle succèdent-elles chacune à leur mère !

Plus largement, les nénènes du recueil apparaissent comme des laissées pour compte d’une société inégalitaire, qu’elles s’apparentent à une lignée plus ou moins métissée de descendants d’esclaves telles Agathe, Rosalie, Erika Cicéron ou Andréa Sontano ou qu’elles viennent par exemple des Cirques telle Dolène, fille de « petits-blancs des Hauts ». Toutes vivent dans le besoin, au point de monnayer leurs bras. Certaines devant alors laisser à d’autres la garde de leurs propres enfants. Ce dont souffrent ces mères qui se sentent coupables comme Marcelle, ainsi que ces enfants à qui on a volé l’amour de leur mère comme Erika.

 

Quant à leur statut social, leur histoire est celle des subalternes placées sous le regard des maîtres(ses)/patron(ne)s, qui ont le pouvoir d’engager et congédier. Ecrire sur les nénènes, c’est donc écrire sur eux aussi. Et sur ces autres femmes réunionnaises qu’elles ont contribué à libérer de leurs tâches familiales et domestiques en leur permettant de s’investir sur le plan professionnel dans des fonctions plus gratifiantes sur tous les plans comme telle gérante de propriété ou professeur ou médecin du recueil. Certes, sont esquissées des relations de confiance et d’ouverture à l’autre, par exemple chez Huguette Payet qui fait de Claudine et Dolène deux femmes complices et complémentaires. Sont également mises en scène des relations pouvant même être de séduction – plus ou moins sincère – entre patrons et employées dans trois nouvelles. Mais sont soulignées plutôt, avec humour, des attitudes égoïstes, autoritaires, condescendantes, voire racistes, et surtout l’incapacité à penser l’autre dans sa différence. D’où l’incompréhension et les faux-semblants entre maîtres et nénènes parfois. Et pour ces dernières la voie étroite entre le silence des « muselés » (3) et la parole risquée, l’acceptation de son sort ou le refus, qu’on s’appelle Rosalie, Augustine ou Agathe.

Elles ne manquent donc ni de grandeur, ni de courage ni de dignité toutes ces femmes qu’on pense subalternes. Comment pourraient-elles l’être exclusivement, elles qui sont porteuses d’enfance et porteuses de mondes ? Voilà qui a pu interpeller chaque auteur. Mais en faisant le choix d’une œuvre collective, elles ont multiplié les possibles et les sens. On leur en sait gré.

Sur le chemin, aquarelle Marie-Claude David Fontaine

Dans quelle mesure l’œuvre collective élargit-t-elle le sens ?

Parce que les manières d’écrire et la large palette de personnages et de situations témoignent d’un monde multiple. Et que les dix nouvelles, conçues indépendamment, offrent des regards croisés permettant d’approcher la complexité du sujet. Bref, tout cela fait une œuvre littéraire dont le sens est ouvert.

Sur les ombres portées du passé voici par exemple de jolis contrepoints. Dans la continuité des « amours ancillaires courant lors de la période de l’esclavage », Isabelle Hoarau-Joly brode l’image de Rosalie, cette « pauvre fille » engrossée par le jeune maître. Quand, à l’inverse, Monique Séverin sur un mode parodique semble faire un pied de nez aux normes coloniales et régler des comptes avec l’histoire réunionnaise en faisant d’Erika la nouvelle Madame du texte. Quant à la réplique de Lina : « Madame Deybassyns la fine mor », (4) elle peut nous éclairer sur le départ d’Agathe qui choisit, comme d’autres jadis, la liberté et la précarité aux humiliations de la servitude et nous invite à penser autrement les rapports de subordination.

Ainsi pointent quelques mutations des mentalités et de la société réunionnaise dans les passages évoquant une Réunion plus contemporaine. Ces derniers orientent par exemple la question du racisme vers une quête des origines, une réflexion sur l’histoire et les rapports sociaux à la manière d’Erika et d’Andréa. La notion de travail y est également abordée autrement, non sous l’antienne de la fatalité mais comme possibilité d’accèder à une autonomie financière permettant même la réalisation des désirs intimes à l’exemple d’Andréa qui veut se payer un voyage pour revoir ses filles en France. Dans le même sens, les jeunes Dolène, Marcelle ou Erika mettent à distance la vie de leurs mères qui ont vécu sous le poids de leur condition de femme au foyer ou de nénènes. Elles semblent d’ailleurs plus bavardes que leurs aînées. Toutes trois cherchent une libération. Erika des infamies du passé, Dolène d’un Cirque et d’un rôle de petite mère étouffants et Marcelle d’un métier difficile lui préférant finalement le poste « d’agent d’entretien dans un supermarché », avec contrat, heures et salaire fixes. Ce qui laisse à penser.

Quant à la question du rapport du Réunionnais à son monde et à sa culture, elle affleure aussi ici et là. Se rejoue dans les nouvelles, dans leur écriture comme dans les situations mises en scène, l’opposition ou la co-existence du français et du créole. Se cristallisent dans trois textes les métamorphoses enfantées par l’histoire et l’imaginaire réunionnais autour du personnage de grand mère Kalle. Parmi ses avatars, la plume poétique de Monique Mérabet mentionne la figure de la « nénène à l’incomparable dévouement », ce qui en fait un archétype de la nénène et ouvre des champs d’interprétation peu perceptibles aux jeunes « oreilles, [qui] conditionnées de peur » autrefois, ne sont plus aujourd’hui dans les mêmes dispositions. Ainsi la « loufoque » nénène Marcelle échoue-t-elle à restaurer l’autorité de Kalla – et la sienne – face à des enfants qui n’ont « même pas peur » et aucune considération pour l’histoire et ses mythes et pas plus pour leur nénène ! Quid alors de la culture et de l’histoire réunionnaise ? Elles sont le terreau fondamental et demandent le temps de l’apprentissage, de la réflexion et de la maturité ainsi que le montrent aussi les nouvelles.

 

Finalement, ces textes ont révélé les incompréhensions, rancoeurs et non-dits, mais aussi les liens forts unissant les cœurs et le monde des nénènes et des maîtres. Si le mot « nénène » semble concurrencé aujourd’hui par d’autres, tels nounou, tatie, assistante maternelle, employée, c’est qu’il est difficile d’envisager ce métier comme autrefois dans un monde où les crèches et jardins d’enfants se sont multipliés et où les femmes réunionnaises, dont celles qui exercent une profession, désirent cultiver la relation qui les unit à leurs enfants.

 

Il y a beaucoup d’émotion à découvrir les nénènes de ce recueil. Chacun n’y trouvera sans doute pas la figure de telles nénènes qu’il a connues mais ces fragments du réel feront naître de belles résonances et découvrir de vrais personnages de littérature. Voici levé un beau voile sur ces femmes.

 

Laissez- vous aussi porter par ces « Nénènes porteuses d’enfance ».

 

Marie-Claude DAVID FONTAINE

 

 

  1. Cette introduction reprend des éléments de la 4ème de couverture du recueil, rédigée par M.C. David Fontaine.
  2. Voir l’article de dpr974 du 04/03/2018

https://dpr974.wordpress.com/2018/03/04/les-auteures-de-nenenes-porteuses-denfance-ont-la-parole/

  1. Parmi d’autres, on peut citer Le Journal de Marguerite, Eudora ou l’île enchantée de Marguerite-Hélène Mahé, Marie-Biguesse Amacaty de Guy Agenor, le poème Manoël Manoël dans Indiennes de Jean Albany (ici un nénain’ masculin dit Manuel dans Zamal), Les Muselés d’Anne Cheynet, Plus léger que l’air de Joelle Ecormier etc.
  2. « Madame Desbassyns est morte »: traduction proposée par Monique Mérabet dans La cinquième photo. Le propos fait allusion à une grande propriétaire vivant à l’époque de l’esclavage, figure historique devenue personnage mythique et littéraire.

A la sortie sud de Saint-Paul, l’ancienne route nationale, improprement rebaptisée « Route des premiers Français » (ce serait plutôt la « Route des premiers Réunionnais ») longe sur sa droite le « Cimetière marin » (« ce toit tranquille où marchent des colombes ») et sur sa gauche, depuis la « Maison du coco » jusqu’au parking jouxtant la zone de pique-nique de la « Caverne des douze exilés »(1) ; (elle aussi improprement rebaptisée « Grotte des premiers Français »)  une étendue de plus de 7000m², coincée entre la route et la falaise. 

C’est à cet endroit que la Société d’Equipement du Département de la Réunion  (SEDRE) doit mettre en œuvre la réalisation de logements et de commerces, juste en face du cimetière, en contrebas de la falaise. En vertu de la loi sur l’archéologie préventive, la Direction des Affaires Culturelles de l’Océan Indien ((DACOI) a prescrit un diagnostic archéologique. C’est ainsi qu’une équipe de l’Institut National de Recherches Archéologiques Préventives (INRAP) a mené en décembre 2016, à l’aide d’une pelle hydraulique, une opération de creusement de 22 sondages sur près de deux hectares. Ont été ainsi mis à jour des travaux de maçonnerie, des fosses, des fragments d’objets métalliques, des ossements d’animaux, des bris de verre et de céramique.

Dès lors le service régional d’archéologie a lancé une campagne de fouilles préventives. Les travaux ont débuté le 22 janvier 2018 et ont pris fin le 9 mars prochain, afin de ne pas retarder la mise en œuvre du projet immobilier de la SEDRE. Sous un soleil de plomb, cinq archéologues de L’INRAP ont procédé aux fouilles, sur une étendue de près de 7000 m².

Dans son dépliant « Un habitat du XVIIIe siècle », l’ INRAP dit avoir identifié deux secteurs, distants de quelques dizaines de mètres :

Dans le premier secteur, une maçonnerie légère, peu large (20 cm) constituée de blocs et galets de roches locales noyés dans un mortier de chaux, s’accompagne de creusements, interprétables pour partie comme des fosses de calage de poteaux.

Le second secteur aux structures identiques révèle quelques vestiges particuliers ; plusieurs fosses sont sans contestation des trous de poteaux dont l’un a conservé au fond un anneau métallique, sans doute destiné à cercler et ainsi consolider le poteau de bois.

L’autre fosse contenait un vaste récipient : un saloir enfoui (remploi). Il pourrait s’agir d’une réserve à eau, située à proximité de bâtiments sur charpente de bois.

 

Squelette de cabri (Photo JCL)

Types de fosses servant à caler des poteaux, à recevoir des récipients ou à faire office de silos (Photos JCL)

 

 

Près de 200 objets ont ainsi été collectés : éléments de bouteilles, clous, fragments de céramiques (poteries importées d’Europe et de Chine, services à thé, assiettes en porcelaine). Le diagnostic fait ressortir qu’il s’agissait de gens relativement aisés de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

L’équipe de l’INRAP a également mis en lumière un ensemble de fossés évoquant des cultures, ainsi que des fosses circulaires qui pouvaient être des silos. L’intérêt du site est que ce type d’habitat (bâtimentsq sur poteaux, seconde moitié du XVIIIe siècle) n’est pas courant. Seule une carte de 1806 mentionne un bâtiment dans ce secteur.

Plan du diagnostic et plan de 1806 INRAP0001

L’analyse des vestiges devrait permettre de répondre à un certain nombre de questions : 

    • s’agissait-il d’un habitat permanent (ou d’une succession d’occupants) ?
    • la vocation agricole est-elle confirmée ?
    • pour quelles raisons le site a-t-il été abandonné ?

Photos prises le  samedi 24 février 2018, dans le cadre des visites guidées (JCL)

Jean-Claude LEGROS

(1) L’appellation de « caverne des douze exilés », usuelle jusque dans les années soixante, fait référence aux douze mutins français de Fort-Dauphin déportés sur l’île Bourbon en 1646 (ils n’y resteront que trois ans). L’expression »grotte des premiers Français » a été créée au début des années soixante .

 


1 – Ousa i lé bann ti papié,

Dann tan lontan nu anservé ?

Papié frizé, su shokola,

Nu ramassé.

Ék do d’ kuyèr nu dékrazé,

Pou fé tablo i éklaté.

Papié journal nu dékoupé,

Pou fé korné (1)…

 

2 – Korné safran ousak i lé ?

Korné pistash la diminué.

Paj katalog pou perl papié,

Fine oublié !

Dann train, dann kar nu amaré,

Dann koin moushoir nout ti tiké ;

Rant zot tété fanm i séré,

Papier moné.

 

3 – Boutik shinoi navé karné, (2)

Bien kadriyé pou détayé :

Sardine Robèr, poisson salé,

Boite lé-Nestlé…

Dann kabiné poinn ti papié,

Apark détroi fèy brinjelié : (3)

Sat lété pov té pran galé

Pou esuiyé.

Zoizo papié dann plafon

4 – Zoizo shifon bien anbouré,

La zèl, la ké, papié plissé,

An lér plafon té pandiyé,

Té fé d’léfé…

La fète tout bann zanfan gaté

Té vé plumo papié léjé,

Su fèy journal, zot i léshé

Fondan kolé. (4)

 

5 – Té pa bezoin dutou papié

Pou déklar out joli gaté

Ansanm lu ou té vé marié,

Shoka (5) té pré :

Ék in zépine ou té gravé,

Son nom anndan in kér fléshé.

Dsu l’bor santié lu répondé

Par in bézé.

Kér fléshé su fèy shoka

6 – Roman « Nou dë », afèr jeté ? (6)

Le ti-kaz lé pa lanbrissé :

Desu kloizon nou va kolé,

Tansion la fré…

 

7- Depi sa le tan la koulé,

Nu koné rienk gaspiyé.

Kan mi panse mon kèr lé séré :

Nu jète papié :

Kilo papié publisité,

Zanbalaj toute sorte kalité,

Afors koup piedboi (7) la foré,

Nou va toufé !

Nou va toufé !

Nou va toufé…(8)

 

Pour copie conforme : Huguette Payet.

 

NOTES

Les jeunes, les moins jeunes et les toujours jeunes connaissent et chantent la chanson de Gainsbourg intitulée « Les petits papiers », dont Régine fut l’une des interprètes…Et voici que notre amie Huguette Payet se lance dans une variation sur ce thème dans lequel elle évoque les « petits papiers » de chez nous et leur fonction dans La Réunion de jadis (1ère moitié du siècle dernier). C’est l’occasion pour nos lecteurs, qui n’ont pas connu cette époque, de découvrir les us et coutumes de La Réunion d’autrefois, en passe d’être oubliés. Ils verront comment l’on est passé, en quelques décennies, d’un monde modeste, fait de privations – pas pour tous – à une société d’abondance et de gaspillage pour certains.

Voici quelques notes qui aideront le lecteur, non parfaitement créolophone, à goûter le sel du texte d’Huguette Payet :

1 – À cette époque, point de plastique. On se servait surtout de cornets de papier pour transporter de petites quantités de condiments : safran, poivre, piment mais aussi fruits et pistaches (cacahuètes).

2 – Autre coutume d’alors : les clients aisés des boutiques (épiceries) avaient leur carnet d’achat. Un double restait la propriété de l’épicier (d’origine chinoise en général).Les commerçants chinois jouaient alors pour le crédit le rôle de banquiers.

3– En ce temps-là ( avant 1950) l’hygiène était souvent approximative. Les toilettes étaient de petits édifices au fond des cours ou alors il y avait la nature. Pas de papier toilette-trois épaisseurs. En cas de manque de papier journal ou autre on avait recours à des galets ou à des feuilles de bringellier… Il est vrai qu’en France, à la même époque, toutes les habitations n’avaient pas forcément de toilettes et de salles de bain à la disposition de chaque famille. (Les toilettes étaient souvent sur le palier). Et qu’au 18ème siècle en Europe les villes ne « sentaient pas forcément la rose Édouard » (CF : « Le Parfum » de Patrick Süskind.)

4 – Les fondants : petits bonbons aux couleurs vives, faits essentiellement de sucre que l’on achetait à la sortie de la messe ou lors des fêtes.

5 – « le Choca » : agave d’origine mexicaine sur les feuilles duquel on pouvait écrire avec une épine.

6 – Le « Nous Deux » était un magazine en couleurs avec des romans – photos sentimentaux, qui après lecture, servait, collé sur les cloisons, à calfeutrer les cases modestes et à les décorer.

7 – L’arbre se dit en créole « le piédboi ». Le manguier est un pié d’mang, l’avocatier un « pié d’Zavoka »…

8 – Au cours des siècles on a déforesté pour planter des cultures de rapport : café, canne à sucre, géranium, etc. À l’heure actuelle, étant donné l’augmentation de la population on construit beaucoup, en toute légalité ou en se permettant quelques libertés avec les textes de lois. Et nos villes-Jardins, comme Saint-Denis, Saint-Pierre ou le Tampon… sont mises à rude épreuve pour le plus grand bien des spéculateurs. Et les maires vous jureront, la main sur le cœur, qu’ils respectent le patrimoine architectural et végétal de notre île !

Dpr974.


Le village de Hell-Bourg est toujours aussi joli et accueillant, la maison Folio est toujours ouverte à tous mais le patriarche Raphaël Folio nous a quittés il y a peu. En hommage à l’œuvre de cet homme, ardent défenseur de notre patrimoine architectural et culturel, nous avons le plaisir de rééditer cet entretien (publié le 3/07/2013) qu’il avait accordé à dpr974 sur L’histoire de la restauration de la maison Folio.

 

Au cœur du village de Hell-Bourg se trouve la maison Folio, du nom du propriétaire qui l’habite depuis une quarantaine d’années. Inscrite aux Monuments historiques, elle se visite et peut-être l’avez-vous déjà vue ? C’est une belle demeure dont on aperçoit le joli kiosque précédé d’une fontaine derrière le portail et les allées de pierres taillées. De là, on voit la villa elle-même, d’un beau volume, coiffée de son toit de zinc à écailles. Avec ses façades blanches et ses volets verts, elle s’inscrit naturellement dans son jardin de fougères arborescentes et camélias. Avec l’avancée gracieuse de sa pergola, elle invite à entrer dans un autre espace temps… Hell-Bourg était alors une florissante station thermale fréquentée par les gens aisés des bas.  

Nous avons eu beaucoup de plaisir à remonter ce temps avec M. Raphaël Folio – ingénieur météorologue à la retraite – qui nous raconte comment cette maison a été restaurée pour être la belle demeure que nous connaissons.

La maison Folio, photo Marc David

 

  1. Que sait-on de la construction de la maison et des premiers propriétaires ?                                                                                      R.Folio : Cette maison créole a été construite, dans les années 1860, par des charpentiers de marine. A l’époque, c’étaient le propriétaire et les ouvriers qui étaient au fond l’architecte et faisaient la maison. Le premier propriétaire et constructeur était M. Nermeil, installé comme négociant à Saint-Denis. Il a fait aussi le kiosque et mis la fontaine des trois grâces. Et aussi, comme dans les stations thermales de Vichy et Evian, la verrière ou pergola, unique dans l’île et de style art décor. Cette maison s’appelait autrefois la « Villa des châtaigniers ». Je l’ai achetée en 1969 avec M. Leroux qui avait une grande propriété à Bois Blanc. Elle servait de maison de vacances quand je travaillais à Saint-Denis. Ma famille venait ici se reposer. Ce lieu nous a plu, c’est pour ça qu’à la retraite, en 1980, on est venu s’y installer définitivement.

 

  1. Quels sont les principes de construction et les caractéristiques de la maison ?                                                                                      R.Folio : Premier principe : ces ouvriers avaient une base architecturale qui était la symétrie. Comme dans un bateau, les deux moitiés de la maison sont semblables. Par rapport à ce qui se faisait à l’époque, on observe un peu de modernisme : un couloir de distribution qui vous dispatcher dans les pièces de la maison. Autre principe : à l’époque, on ne parlait pas de climatisation. Le sol et les plafonds typiques font la spécificité des maisons créoles. Il pleut beaucoup ici. La maison est construite sur un soubassement, 60 cm au dessus du sol, donc isolée par un vide sanitaire. La hauteur des plafonds et le nombre des portes et fenêtres assurent l’aération. Portes et fenêtres sont disposées en enfilade. Ce qui faisait des maisons pas très fonctionnelles mais à l’époque on ne vivait pas dans la maison la journée.

 

  1. Dans quelle mesure cette maison témoigne t-elle d’un art de vivre créole caractéristique d’une certaine bourgeoisie aisée ?                                             R.Folio : On vivait dehors. Il n’y avait pas de salle d’eau, de salle de bain, de toilettes, de cuisine dans la maison. Tout se faisait à l’extérieur dans les petites dépendances (une pour les amis, une pour le personnel et une pour la cuisine et la salle d’eau ; et derrière les toilettes). On entrait dans la maison pour dormir et quand il faisait mauvais, quand il y avait un cyclone. On recevait avant d’aller à table sous la petite varangue dallée de la dépendance d’amis. C’était comme la salle à manger de dehors, le petit salon. On allait jouer aux dominos, aux cartes, boire le punch, discuter, broder, causer – en particulier les amoureux – dans le kiosque de jardin, d’inspiration créole, disposé de manière à avoir une vue sur la route. A l’époque, il n’y avait pas de distraction, pas de télévision comme aujourd’hui. On se promenait dans les allées et le jardin qui sont d’origine. Ce jardin ressemble à un coin de forêt car en ce temps-là, on allait dans la forêt et on choisissait ses plantes. Le jardin potager assurait le nécessaire pour la cuisine et la santé avec ses légumes, fruits, plantes aromatiques et médicinales. Et il y avait le parc pour l’élevage des volailles et canards. Cela faisait une petite entité autonome.

Le kiosque, photo M. David

 

  1. Dans quel état était la maison ? Comment l’avez-vous restaurée ?                                                                                                             R. Folio : La maison était en très mauvais état. J’ai dû refaire la toiture, les planchers pourris… Il n’y avait de sûr que l’ossature en bois de natte et bois de fer imputrescibles que les insectes n’attaquent pas car trop durs, ce qui explique sa longévité. L’ossature a été gardée et il a fallu modifier un peu. La maison c’était un salon, une salle à manger et six chambres. Il n’y avait pas d’eau, pas d’électricité. J’ai fait une salle d’eau, des toilettes, une petite cuisine à la place d’une chambre.  On l’a restaurée à l’ancienne. J’ai pris des ouvriers au départ, contrôlés par moi seul. Après, mon fils a ouvert un atelier ici et j’y travaillais beaucoup. On a restauré tout. La pergola était en bon état. On a changé des pièces. J’ai rajouté les lambrequins, les accoudoirs aux fenêtres, les impostes… La maison, en bois brut – du natte – n’était pas peinte. Je l’ai peinte. La varangue devant la dépendance d’amis a été rallongée. Le seul bâtiment qui reste couvert en bardeaux est le kiosque. Il y avait des meubles, on les a retapés : on a rajouté quelques éléments qui ont été créés dans le même style. Presque tout est d’origine. Le lit à baldaquin était dans la maison. On a gratté, repeint nous-mêmes ; sinon ça revient cher si on fait appel à des artisans. On a pu faire tout cela car la maison n’était pas encore inscrite à l’ISMH (1).

La chambre et le lit, photo M. David

 

  1. Quand et dans quelles circonstances a t-elle été inscrite aux Monuments historiques ?                                                                 R. Folio : Quand je me suis installé ici, à Hell-Bourg, il existait encore une partie du patrimoine qui était conservé. On a créé l’association Sauvegarde et Renouveau de Hell-Bourg pour essayer de le protéger et le conserver. Avec la DRAC, notamment M. Augeard, l’Architecte des Bâtiments de France, qui a été le fer de lance dans cette affaire, on a cherché un moyen pour protéger le village. M. Augeard m’a dit de faire inscrire ma maison. Depuis le 6 Avril 1989, la maison est inscrite à l’ISMH avec ses dépendances, cour, jardins, allées, fontaine et kiosque.

 

  1. Quels sont les atouts et contraintes de cette inscription ?                                                                                                                     R. Folio : Il y a la valorisation du patrimoine et il y a les contraintes des travaux. Il faut passer en principe par l’ABF(2). Or les artisans ne veulent pas travailler dans cette vieille maison, sauf pour de gros travaux. Il y a toujours une chose derrière autre chose. Par exemple, on fait de la peinture, il faut changer une planche. Donc, pour les petits travaux, je préfère faire moi-même, nous-mêmes. Pour les gros travaux de réfection, il y a une aide de 40% si on passe par l’ABF. Par exemple quand j’ai refait la toiture. Le toit d’origine était en bardeaux, mais, quand j’ai acheté, il était en tôle ondulée et il coulait. Il fallait changer. Les bardeaux étaient trop chers. J’ai réfléchi : dans mon enfance, surtout dans les campagnes, il y avait des toits à écailles. Les créoles coupaient des bidons d’essence, de pétrole, vendus dans les boutiques des Chinois, les étalaient et faisaient des toits. Il y a encore des maisons comme ça. Pour avoir ce type de toit et comme la maison est inscrite, il a fallu se bagarrer. Quelqu’un m’a dit que ça ne se faisait pas à La Réunion ! Il a fallu une réunion ici avec M. Brunel, ABF venu de France, plus l’ABF de La Réunion, les gens de la DRAC, mon ouvrier, pour arriver à un accord. Le toit à écailles de zinc date de 2001 et a donné lieu à une fête du toit.

 

  1. Comment envisager l’avenir de cette maison ?                                                                                                                                      R. Folio : Ça revient cher d’entretenir une maison comme ça. C’est ce que les services du patrimoine ne comprennent pas. Elle a beau être en bois de fer, il y a des parties qui se détériorent. Il faut faire un entretien régulier. Tous les ans ou deux ans, on fait un lavage au karcher et on repeint tous les 6 ou 7 ans. Ce patrimoine on le conserve, moi jusqu’à la fin de mes jours, mais je ne sais pas si mon fils – Jean-François Folio, copropriétaire et guide (3) – pourra le faire. Elle a 150 à 160 ans. Elle est vieille. Il y a toujours à faire. On essaie de pousser Raphaël, (4) notre petit fils, pour la relève…

 

Une jolie demeure restaurée avec patience et amour. Un bien précieux pour la famille et le village, mais fragile, et à préserver constamment. Il faut lui souhaiter une longue vie encore.

 

Avec nos remerciements et notre gratitude à Raphaël Folio qui nous a toujours ouvert les portes de sa maison.

 

Entretien réalisé par Marie-Claude DAVID FONTAINE pour DPR

 

  • ISMH: Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques
  • ABF: Architecte des Bâtiments de France
  • La maison se visite depuis 1985
  • Depuis cet entretien, Raphaël Folio, le petit-fils assure cette relève espérée avec ses parents.

« Nénènes. A La Réunion, ce sont des femmes s’occupant d’enfants et de maisons qui ne sont pas les leurs. Ecrire sur les nénènes, c’est écrire sur l’enfance, les liens familiaux et la maternité. C’est dévoiler des rapports sociaux inégaux et faire une plongée dans la société réunionnaise », ainsi que le dit la 4ème de couverture du recueil de nouvelles intitulé Nénènes porteuses d’enfance signé par cinq écrivaines réunionnaises : Isabelle Hoarau-Joly, Céline Huet, Monique Mérabet, Huguette Payet, Monique Séverin. Attachées à défendre et promouvoir le patrimoine littéraire, linguistique et culturel de La Réunion, ces auteures (1) ont publié des œuvres de genres très divers et leurs nouvelles et leurs nénènes sont aussi diverses qu’elles-mêmes !

Nous donnons la parole à chacune d’entre elles pour nous parler de leurs nénènes (2).

 

  1. Comment est né ce projet de recueil collectif ? Et comment a t-il été mis en œuvre ?

Monique Mérabet : « Il n’est pas toujours facile de dire quand a été conçue cette idée d’un collectif. Peut-être nous trottait-elle dans la tête après toutes ces réflexions échangées sur l’écriture réunionnaise par notre petit cercle d’écrivaines : des amies de longue date, portées par le même désir de mettre anlèr l’île que nous aimons. Le thème des nénènes nous permettait de donner toute leur place aux femmes, le projet s’étant concrétisé après un entretien autour de la « condition féminine », au patio de la Bibliothèque départementale (3). Puis est venue l’écriture de nos nouvelles, tâche à laquelle nous avons apporté tout notre soin, n’hésitant pas à passer nos mots au filtre de lectures, relectures collectives et aussi des conseils avisés de lectrices extérieures au groupe (4).

Trouver un éditeur est toujours une phase délicate pleine d’imprévus, parfois de frustrations dans l’élaboration d’un livre. Notre choix s’est arrêté sur une petite maison d’édition parisienne PETRA. Mais une première publication trop hâtive (pour le salon du livre de Paris 2017) s’est trouvée insatisfaisante et a dû être remaniée et corrigée pour aboutir enfin à une deuxième édition en décembre 2017″.

Couverture du recueil Nénènes porteuses d’enfance

 

  1. Présentez-nous les nénènes de vos nouvelles.

Isabelle Hoarau-Joly : « L’empreinte de la peur et La malédiction montrent des nènènes ambivalentes. Les deux étaient proches des enfants, l’une s’amusait des peurs qu’elle nourrissait, l’autre était dans une déception profonde par le manque de reconnaissance de son travail et de son investissement « .

Céline Huet : « Dans La goutte d’eau, Marcelle est une jeune femme d’aujourd’hui, énergique, sportive, et qui n’est pas faite pour ce métier (une donnée réelle tirée de la réalité), d’ailleurs à la fin elle y renonce (la fiction ayant sur ce point anticipé la réalité). La deuxième nénène de la goutte d’eau – la mère de Marcelle – est une voix, celle de ma vraie mère.

La nénène de La face cachée n’existe que dans mon imaginaire. Nénène Francine était la nénène de Marielle qui s’interroge sur sa vraie mère… »

Monique Mérabet : « La cinquième photo est une réflexion que mène une femme Josie à propos de sa nénène Agathe, à la mort de celle-ci. Et ses souvenirs font resurgir la présence discrète et essentielle de cette femme qui s’est dévouée à élever Josie et sa jumelle au détriment de sa propre fille.

Dans La mèrkal de Saint-Leu, le récit est bâti sur les vacances d’un groupe d’enfants au bord de la mer sous la surveillance d’une nénène Louise qui joue alors le rôle de transmettre les légendes attachées à l’île. Et bien sûr l’ombre de Granmèr Kal plane sur l’histoire… Kalla étant elle-même suivant certaines traditions, une nénène ».

Huguette Payet : « Dans Le revers de la médaille, Dolène Picard, née dans une famille de Petits-Blancs-des-Hauts n’avait jamais quitté le cirque de Cilaos, ne savait ni lire ni écrire, avait toujours aidé sa mère au ménage, à la cuisine et s’était occupée de la fratrie, comme une seconde mère, jusqu’à l’âge de vingt ans. On l’appelait Nénène. Elle en deviendra vraiment une quand un jeune couple du littoral l’embauche, car ils ont besoin d’une nénène pour leur enfant à naître. C’est la métamorphose pour Dolène mais l’imprévu s’en mêle…

Dans Un tête-à-tête inattendu, Andréa Sontano, sortant de chez son coiffeur après son défrisage habituel, croise la propriétaire d’une villa qui relève son courrier. Le temps d’une pause, Andréa s’interroge sur sa négritude et lui raconte ses malheurs. Elle se propose comme nénène pour l’aider à la naissance de son bébé. Andréa reprend espoir d’aller un jour revoir ses filles – parties travailler en France – avec l’argent de son travail ».

Monique Séverin : « Ma première nénène est la rivale de la femme qu’a élevée sa mère, qui lui a volé une part de son enfance et de l’amour maternel. C’est une « Bad nénène », moderne, intelligente, portant sur la société réunionnaise un regard impitoyable.

La seconde, dans Elle la mère, est en rivalité aussi avec la mère de l’enfant dont elle est chargée et ne résistera pas à la possessivité de sa patronne. Non sans une dignité qui force le respect ».

« Ptit baba », dessin de Huguette Payet

 

  1. En quoi vos Nénènes sont-elles porteuses d’enfance ainsi que le dit le titre du recueil ?

Pour Isabelle Hoarau-Joly « Ce sont les nénènes qui élevaient souvent complètement les enfants, avec des relations très proches, une implication dans l’éducation et le « nourrissage » de l’imaginaire de ces enfants. Elles étaient souvent plus proches des enfants que leur mère que les enfants voyaient peu ». « Sans compter que la petite enfance d’un être est inoubliable et que la tendresse d’une femme peut sembler naturelle. Les nénènes peuvent prolonger cet atout jusqu’à la fin de la petite enfance ou beaucoup plus loin encore ! » ajoute Huguette Payet. En effet, d’après Céline Huet, « la nénène s’occupe de l’enfant, le préserve en lui donnant l’essentiel : l’amour ». « Les enfants, elles ne les ont pas portés dans leur ventre mais ils pèsent lourdement sur leur destin, quelle que soit la place qu’ils occupent dans leurs affects » dit Monique Séverin. Finalement, ces mots de Monique Mérabet sur les nénènes résument tout : « leur présence est essentielle ».

 

  1. Plus largement, qu’est-ce que vous avez voulu dire, montrer autour de vos nénènes?

Céline Huet : « J’ai fait entendre les paroles et les difficultés de ces femmes et montré, derrière le sourire, la souffrance, parfois ».

Isabelle Hoarau-Joly : « J’ai voulu montrer leur relation ambivalente avec leurs employeurs et les enfants, elles s’investissent beaucoup, elles s’attendent à de la reconnaissance, à une vraie relation basée sur le respect, attente qui est souvent déçue. Elles se donnent à fond, les enfants deviennent parfois les enfants qu’elles préfèrent aux leurs. Elles font partie de toute l’histoire de la famille et selon le maillage qui a été fait, elles vont réagir ».

Huguette Payet : « J’ai parlé du Nord, du Sud et du Centre de l’île ; du français et du créole… Une de mes nénènes est blanche et l’autre noire. Notre histoire d’esclavage est sous-jacente. La future patronne d’Andréa me donne l’occasion de privilégier la discussion et l’ouverture, plutôt que la rancune. Dans Le revers de la médaille, j’ai voulu montrer le courage de Dolène qui affronte l’inconnu et le besoin de l’instruction. Mais dans les deux cas, j’ai souligné l’importance du droit au travail de la femme ».

Monique Mérabet : « J’ai capté une époque (les années 1950) avec ses spécificités réunionnaises, ses travers, ses préjugés, et surtout ses non-dits : l’histoire d’Agathe pose le problème de la perception des couleurs de peau dans les mentalités réunionnaises. »

Monique Séverin : « J’ai voulu casser l’image de la « bonne » nénène, celle dont on se souvient avec émotion. J’ai tenté de donner la parole à des femmes-sans-langue, une parole empreinte de réunionnité, dans Bad nénène surtout. J’ai travaillé l’écriture en maillant créole et français pour laisser sa place à l’âme réunionnaise. Les tensions à l’œuvre dans une société qui peine à se définir hantent les deux nouvelles ; aliénation, relation dominant-dominé ; condition féminine. Dans Elle, la mère, c’est la « névrose » qui peut se développer autour de la maternité que j’ai voulu approcher ».

 

« Nénène Andréa », dessin de Huguette Payet

  1. Dans quelle mesure vos nouvelles puisent-elles dans votre vécu, votre imaginaire et votre fantaisie ?

« Un fils de famille qui fait un enfant à la « bonne », je n’ai pas eu à chercher loin ! La jalousie de Maria dans Elle, la mère n’est pas loin de celle que j’ai ressentie en confiant mes enfants à une autre femme, y compris à ma propre mère ! » Ces propos de Monique Séverin posent des interactions explicitées ailleurs. « Mes nouvelles sont basées sur du vécu mais j’y ai aussi apporté mon imaginaire » avance Isabelle Hoarau-Joly quand Huguette Payet souligne que ses « deux nénènes sont volontairement des femmes tout à fait différentes » et que Monique Mérabet confie : « Mes deux histoires n’ont rien d’autobiographique mais sont remplies de tout ce que mon enfance a capté de l’ambiance des années 1950 ».

Pour sa part, Céline Huet, dévoile ainsi la génèse de ses personnages : « Personnellement, je n’ai pas connu de nénènes, ni vécu avec ou entourée de nénènes. Du coup pour écrire, j’ai demandé à Marcelle – la nénène qui a inspiré La goutte d’eau – de me parler de son métier mais je ne raconte pas son histoire pour autant. J’ai essayé de garder son humour, sa façon de parler et de voir les choses. Et pendant que j’essayais de fabriquer mon histoire, me sont revenues les paroles de ma mère qui, elle, lorsqu’elle avait 12 ans, suite au décès de son père, s’est occupée des enfants de gens riches sans être rémunérée, mais elle avait à manger. Plus tard, elle a travaillé comme bonne et est partie suite à une goutte d’eau qui a fait déborder un vase. Donc, si dans ma nouvelle, les situations, le contexte sont fictifs, j’ai utilisé la réalité et beaucoup d’imagination. La face cachée est aussi une fiction, mais je m’appuie pour écrire sur des souvenirs de ma grand-mère et de Tanambo d’où je viens. »

 

  1. Qu’est-ce qui vous a paru intéressant dans le fait d’écrire sur le même sujet ?

« Le même sujet m’a semblé intéressant, car il a offert une palette de possibles plus grande » dit Huguette Payet quand Monique Séverin souligne que « nos imaginaires, nos perceptions et nos différences pouvaient aboutir à une « re-présentation », globale mais nuancée, d’un aspect de la réalité réunionnaise. » Pour Céline Huet ce sujet « a permis de mettre en lumière l’existence, les difficultés et l’univers de femmes qui ont un rôle essentiel, celui de s’occuper des enfants d’autres femmes et de les libérer pour qu’elles puissent par exemple exercer un métier ». « L’intérêt était de montrer l’importance des nénènes dans le quotidien au XXème, les influences et échanges entre les différentes strates sociales, ce qui créait un maillage qui manque aujourd’hui à notre société » selon Isabelle Hoarau-Joly.

« Écrire sur un sujet commun me semble enrichissant et stimulant – avance Monique Mérabet – puisqu’il nous oblige à puiser dans notre moi profond et à le confronter à celui des autres. Chacune des cinq auteures a participé à d’autres expériences collectives mais je crois que celle-ci nous tient particulièrement à cœur puisque nous l’avons mise en place à cinq et que nous continuons aujourd’hui à en assurer la diffusion avec grand plaisir. »

 

  1. Le mot de la fin ?

« Ecrire sur un sujet que la plupart ont vécu, parler de la mémoire, de l’enfance, d’un passé révolu… c’était très motivant » dit Isabelle Hoarau-Joly. Pour sa part, Monique Séverin confie : « Je ne suis pas sortie indemne d’une aventure que je suis bien aise d’avoir vécue ! Mais sort-on indemne d’une entreprise où l’on doit se colleter avec l’écriture mais aussi avec d’autres femmes, vivantes et de papier ? » Après Monique Mérabet « heureuse que nous ayons pu mener à bien cette expérience d’écriture à plusieurs voix », c’est Céline Huet qui dit « merci aux quatre autres auteures d’avoir tenu bon jusqu’à la fin pour faire entendre la voix de nos nénènes. » Et retrouver avec elles l’image chère à Huguette Payet du « Ptit baba dans les bras de sa nénène ».

 

Avec nos remerciements et ceux de dpr974 aux auteures de Nénènes porteuses d’enfance qui nous ont ici confié leur parole.

Marie-Claude DAVID FONTAINE

 

  1. Elles ont écrit l’une ou l’autre de la poésie, des haïkus, du théâtre, des romans, nouvelles, contes, dictionnaires et lexiques « créole/français » et interviennent dans diverses manifestations culturelles.
  2. L’introduction de cet article reprend des éléments de la 4ème de couverture rédigée par Marie-Claude David Fontaine. Quant à l’article lui-même, à l’exception de brèves articulations assurées par la rédactrice, il donne exclusivement la parole aux auteures.
  3. Entretien avec Laurence Macé qui a écrit par ailleurs l’Avant-propos du recueil de nouvelles.
  4. Blandine Berne et Marie-Claude David Fontaine.

Ex Tampone lux (1)


DPR a retrouvé une lettre de M. Miguet parue dans la Presse réunionnaise dans laquelle il faisait état d’une déclaration de M Didier Robert, Président du Conseil Régional de la Réunion, concernant la langue créole. DPR se fait un plaisir de l’offrir à nouveau à ses lecteurs. Elle en vaut la peine. DPR974.

« Le 8 juin 2011, sur les ondes de France Inter, M. Didier Robert déclare : enseigner le créole est ‘ passéiste’, ‘d’arrière-garde’. Très bien ! Maintenant, M.Robert, je vous propose l’exercice suivant : dans cette proposition, remplacez ‘ enseigner le créole ‘ par ‘Didier Robert ‘. Cela donne (n’est-ce pas ?): ‘Didier Robert est passéiste, d’arrière-garde ‘. Si moi, Emmanuel Miguet, je déclare ça, je m’expose à ce que l’on m’objecte :  ‘ Sans la moindre justification, le moindre argument, vos appréciations, M. Miguet, totalement subjectives, nous apprennent peut-être quelque chose sur vous, mais faute d’éléments objectifs, sur M. Robert, rien !’ Qui me dirait cela aurait parfaitement raison. Devant donc justifier mon propos, je dis, au moment où l’humanité cherche à diminuer les émissions de C02, où la planète va droit dans le mur avec, à échéance prochaine, une élévation de la température de plus de 2° ; où, dans le monde entier, les agglomérations urbaines se dotent de transports collectifs électro-ferroviaires, dire que l’on va remplacer le tram-train par deux mille autobus – soit pare-choc contre pare-choc, 20 km de ferraille polluante, bruyante et mal commode – c’est le comble du passéisme et de l’arrière-garde (2).

 

Ayant fourni mes raisons, je suis, désormais légitimé à déclarer : ‘ Avec Didier Robert a été porté à la tête du Conseil Régional de La Réunion quelqu’un qui, foncièrement passéiste, mène des politiques d’arrière-garde, incapables de permettre à La Réunion d’affronter le monde difficile et dangereux dans lequel nous entrons ‘. À votre tour, M. Robert ! Vous avez publiquement dit qu’enseigner le créole était passéiste, d’arrière-garde…Six semaines plus tard, nous attendons toujours les arguments susceptibles de nous convaincre du caractère objectif de votre propos, faute de quoi vous nous obligerez à considérer que vous en usez des questions de linguistique comme de l’Australie et de la coopération internationale : avec la même légèreté, la même irréflexion et la même incompétence. (3)

 

Jusqu’à maintenant, le seul argument que vous ayez produit, le même jour sur France Inter, est celui-ci : ‘Tous les Réunionnais parlent le créole. Donc enseigner le créole à l’école n’a pour moi que peu d’utilité ‘.

Magnifique, M. Robert ! Au moment où l’état cherche à faire des économies, vous vous rendez compte, ces milliers d’inutiles qui émargent au budget à enseigner le français à des Français qui parlent tous le français ! Vous avez Jacqueline Farreyrol à l’Assemblée Nationale : par sa bouche, n’attendez plus pour tonner contre ces parasites de la société, ces affameurs du peuple, ces sangsues qui sucent le sang des pauvres gens ! Démasquez l’astuce avec laquelle, depuis trop longtemps la mafia des profs de français a réussi à faire prendre des vessies pour des lanternes et à faire croire à l’utilité d’enseigner le français à des Français qui parlent tous le français…Et puis M. le leader de l’UMP (4) réunionnais, l’UMP a des élus au Parlement européen : il est urgent d’ouvrir les yeux à ces pauvres Anglais qui dépensent leur bel argent à enseigner l’anglais à des Anglais qui parlent tous l’anglais, à ces malheureux Polonais qui se ruinent à enseigner le polonais à des Polonais qui parlent tous le polonais…

 

Le monde vous attendait M. Robert !

Je rédige tout de suite votre plaque au Panthéon : « Didier Robert, bienfaiteur de l’humanité, a délivré le peuple français de ses profs de français, les Chinois de leurs profs de chinois et les Réunionnais de leurs profs de créole réunionnais.  Ex Tampone lux. Koméla la lïmyèr i sorte Tampon. » (Cf note 1)

 

Emmanuel Miguet

 

Notes :

  • Ex Tampone lux : Du Tampon jaillit la lumière. (M. Didier Robert, natif de Saint-Pierre, est très lié à la région du Tampon.)
  • La priorité donnée à la route et à l’automobile, (voire aux bus ?) est un choix de Didier Robert, Président de la Région Réunion.
  • La politique internationale de Didier Robert en Australie : qui s’en souvient ?
  • Monsieur D. Robert a été un membre influent de l’UMP, (parti de M. Sarkozy) et semble à l’heure actuelle très attiré par La République en marche de M. Macron.
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