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Afficher Patrimoine 974 sur une carte plus grande

Notre exploration de St Denis pour nous rendre compte de ce que sont devenues les cases créoles présentant un intérêt patrimonial a été enrichie le 30 Mai 2010.

DPR974

Légende:

En violet, les bâtiments patrimoniaux démolis devant être reconstruits.

En jaune, les maisons d’intérêt architectural ou de grand intérêt architectural qui ont connu des sorts divers (abandon, reconstruction à l’identique, plus souvent remplacement par des immeubles pseudo-créoles.)


Moukatage (pièce satirique) en un acte.

 

Ce texte a été publié dans la revue « Bardzour » (la barre du jour = l’aube en créole) en réponse aux anti-créoles qui se sont déchaînés lors de la parution du livre d’Axel GAUVIN « Du créole opprimé au créole libéré » (1977). Les trois personnages cités ont réellement existé et se sont manifestés à plusieurs reprises dans le courrier des lecteurs du journal « le Quotidien de la Réunion » d’août 1977. Nos lecteurs, tous nourris d’humanités classiques, noteront ici où là un pied manquant ou deux de trop à nos alexandrins. Mais comment versifier juste à partir des théories vaseuses de M. de Bourgin développées dans ses lettres au « Quotidien » ?

 

La scène se passe dans un salon cossu de « bonne bourgeoisie bourbonnaise ». Suzanne et frère Emmanuel, deux amis qui communient dans l’amour de la langue française, attendent un invité de marque. On entend des pas dans la rue, puis des cris :

 

M. de Bourgin (depuis la rue) :

Na point personne ? Hem, hem, na point personne ? N’y a-t-il ici âme qui vive ?…Tiens, du bruit, je crois que l’on arrive.

 

Suzanne (à Frère Emmanuel) :

De la langue française le messager divin approche. Ouvre donc l’huis à M. de Bourgin…

M. De Bourgin, gentilhomme, balaie la pièce d’un revers de son large chapeau à plumes.

 

 

le couvre-chef historique de M. de Bourgin.

 M. de Bourgin : Amis doux à mon cœur,

 

Emmanuel : Cher Monsieur,

 

Suzanne : Votre grandeur,

 

En ces temps si troublés où notre esprit s’irrite,

C’est un baume certain, d’avoir votre visite.

Il ne se passe point de jour dans ce pays,

Où nous n’ayons tous deux les oreilles meurtries

D’un infâme patois, d’un dialecte hideux,

Du créole enfin, de ce parler de gueux.

On l’entend à la cour, on l’entend à la ville ;

Au Prisu, chez Bobate, la populace vile

Nous fait subir ainsi un martyre quotidien,

Et voilà que tantôt un journal du matin

Dont je tairai le nom, d’un certain sire Gauvin

A publié les dires, favorables au créole…

 

M. de Bourgin : Pour sûr voilà un crime qui mérite la geôle !

 

La bonne (en aparté) : Kosa larive azot ? Davoir la boir pétrol (1) !

 

Emmanuel :

Amis, vous parlez d’or. Comme vous, j’en ai ras l’bol

De voir ce dialecte insolent s’étaler.

Il nous faut le combattre, dans la rue, à la Télé.

Brandissons l’étendard, prenons nos baïonnettes !

Il nous faut fusiller, étriper, extirper,

Que tout Bourbonnais meure ou bien parle français.

 

Suzanne (folle de joie) :

Mes chers, qu’un sang g’impur abreuve nos sillons !

 

La bonne :

Somanké moush sharbon la-pik se bann’ kouyon (2) !

 

M. de Bourgin :

Dans ce rude combat, pour nous point d’alliés, nous sommes seuls ou presque, la langue non-pareille, le français, chaque jour, par nombre de Zorèy (français de l’Hexagone) est massacrée…

 

Suzanne : Pour sûr. Dans ce choc incertain nous ne pouvons compter que sur nos forces mêmes, sur Vaugelas, Corneille et Valéry D’Estaing (3).

 

La bonne : … hem, hem !

 

M. de Bourgin :

La lutte a commencé, tandis que chez vous je fonce

Me vient à l’esprit l’idée d’une réponse.

Je serais fort heureux que vous l’approuvassiez.

 

Suzanne :

Vous entendre parler, quels délices, quel bonheur !

 

M. de Bourgin :

Dans ma missive au sieur Gauvin, à ce drôle ki se mêle de vouloir ékrire le kréole… mettant partout des K (4), kel son horrible à voir, je dis à ce kokin faisant mon désespoir, d’aller dans un kolkotz avèk ses kamarades, kultiver loin de nous karottes et salades.

 

Suzanne : Admirablement dit, voilà qui est divin !

 

La bonne (en aparté) : mi konpran toute astèr ; bann-la la-boir do-vin (5) !

 

Suzanne (à la bonne) :

 

Allez au Barachois, pour nous quérir céans,

Quelques bons samoussas, quelques bonbons piments.

 

Les samoussas ou l’épreuve de vérité.

 

Suzanne se retournant vers M. de Bourgin :

Il n’est pas bien honnête et pour beaucoup de causes,

Que les gens de la lie soient là pendant qu’on cause.

Poursuivez !

 

M. de Bourgin :

La langue, mes amis, est mode d’expression

D’une communauté politique. L’Île Bourbon,

Terre française, doit parler le français seulement.

Partout où l’on parle français conséquemment,

Doit flotter dans le vent le beau drapeau de France !

 

Emmanuel :

Ma tête tourbillonne, je frôle la démence ;

Ainsi donc en partie la Suisse, la Belgique

Comme le Canada font partie de la France ?

 

Suzanne : Cher frère !

 

la Suisse écartelée !

 

 

Emmanuel :

Et la Suisse, à mes yeux, un pays hier encore

Ne serait aujourd’hui, qu’à deux doigts de la mort.

On y parle français, allemand, italien…

Ce pays n’existe plus, si je le comprends bien.

 

Suzanne :

Vous n’y comprenez rien ; ayez foi en la science !

En M. de Bourgin j’ai toute confiance.

 

S’adressant à M. de Bourgin

Achevez, je vous prie, ce raisonnement heureux !

Tout me parait dès lors simple, juste, lumineux.

 

M. de Bourgin :

Si les créolisants bons à mettre à Saint-Paul (6)

Veulent à toutes forces, écrire le créole,

Qu’ils respectent au moins son véritable orthographe,

L’orthographe français (7), la-dessous je paraphe.

 

Emmanuel : (Par devers soi)

À moi Grevisse, à moi Larousse ! Cela me vexe,

D’orthographe je ne puis vérifier le sexe.

Jusqu’alors ce beau mot me semblait féminin,

On m’apprend le contraire. Merci Monsieur Bourgin !

 

La bonne arrive avec les rafraîchissements, des samoussas (8), des bonbons piment. M. de Bourgin s’en sert et mange goulûment, s’étouffe.

M. de Bourgin : Brrh, RRRââh !

Foutor misère d’un sort ! Ce piment m’a poiké (9) !

Ce bonbon m’est passé dans le petit gosier !

Si je trape ce zarab, sitôt je le languette…

 

Suzanne (effarée) :

Qu’entends-je, qu’ouïs-je et de la bouche de qui ?

Moi qui le supposais à notre cause acquis !

Qu’il m’est dur de l’entendre parler si vulgairement…

Hors d’ici imposteur, maraud, faquin, manant,

Monstre issu de l’enfer, créolophone atroce !!!

Hors d’ici à l’instant, ou sinon je vous rosse !!!…

 

Grands Dieux… ! Je défaille…

 

Suzanne tombe en pâmoison dans les bras de frère Emmanuel. Celui-ci l’allonge sur le sofa qui, par bonheur, se trouvait à proximité.

 

Le sofa salvateur !

 

 

Exit l’imposteur, cependant que de la cuisine parvient un inextinguible rire typiquement créole.

 

Versificateur occasionnel : Robert Gauvin.

Pour copie conforme : Batis Poklin.

Auteur des illustrations : Huguette Payet.

 

 

(1) Qu’est-ce qui leur arrive, ils ont dû boire de l’alcool ?

(2) Sans doute la mouche charbon a-t-elle piqué ces imbéciles !

(3) Nos anciens se souviennent assurément du Président de la République Valéry Giscard d’Estaing, de son français si élégant et de son accent de « patate chaude ».

(4) M. de Bourgin prétend que le « k » est un son horrible à voir ???!!! et qu’il ne convient qu’à des langues d’Europe centrale, allemand ou russe.

(5) Tout s’éclaire pour moi ; ils ont exagéré sur le vin !.

(6) Dans la ville de Saint-Paul se trouve le premier hôpital psychiatrique de l’Île de La Réunion.

(7) M. de Bourgin emploie « l’orthographe » au masculin… Pauvre langue française, par qui donc es-tu défendue ! (Cf. Quotidien août 77).

(8) Samoussas : petites pâtisseries salées, fortement épicées, d’origine indienne.

(9) Poiké : brûlé / Si je trape ce zarab, sitôt je le languette : si je mets la main sur ce commerçant indien, il va passer un mauvais quart d’heure… Sous l’influence du piment, M. de Bourgin révèle sa nature profonde de kréol ; le voilà démasqué !


A toi, Lecteur, ce kolam pour accueillir tes pas….

Kolam vu à Rameswaram – Photo Marc David

J’ai découvert réellement les kolams il y a peu, lors d’un voyage qui a été pour moi une rencontre fondamentale avec l’Inde. Et depuis, je reste sous leur charme. Et depuis, se poursuit mon voyage vers l’Inde, par la pensée, les livres, les images et la Toile…

 

Qu’est-ce que ces kolams ?

Il s’agit de dessins faits à même le sol et que l’on peut voir au seuil des portes (1) d’un certain nombre de maisons de l’Inde du Sud, mais aussi parfois devant des magasins ou des représentations de divinités, en particulier dans le Tamil Nadu que j’ai visité (1).

Ces kolams relèvent d’une tradition ancienne qui convoque à la fois le culturel, le religieux, l’art ; dans leur dimension sociale, familiale et intime. Ce sont les femmes qui perpétuent cette tradition (2). En accomplissant ce rituel, elles placent leur maison sous le signe de la déesse Laskhmi – qui porte chance et prospérité –, et placent ceux qui franchiront le seuil de leur demeure sous le signe de la bienveillance. Ainsi, ils « nous entraînent au cœur de la tradition indienne et de ses valeurs spirituelles » selon Chantal Jumel (3) qui fait des kolams des « Prières pour les yeux ».

Dans le Tamil Nadu, ces kolams sont le plus souvent géométriques et abstraits, mais aussi parfois figuratifs. De couleur blanche en général, ils peuvent être plus ou moins simples, ou colorés et travaillés selon les circonstances : jours fastes pour la famille et jours de fête tel Diwali. Recommencés quotidiennement, ces dessins relèvent d’un art et d’une philosophie de l’éphémère, car un kolam a vocation à s’effacer sous les pas de ceux qui passent (2)…

 

Kolam vu à Rameswaram – Photo Marc David

 

Qu’est-ce qui dans les kolams a pu me charmer ?

La part de beauté qu’ils apportaient par leur présence dans des environnements plus ou moins agréables. La grande diversité des réalisations qui tiraient unité et force de la conjugaison de leur simplicité et de la complexité de leurs graphismes. Et plus que tout, ce qu’ils pouvaient me dire d’une Inde que je tentais de déchiffrer à travers ces signes visuels qui me parlaient bien plus que les mots, car, hors le « Namasté » rituel et le sourire, comment échanger avec les femmes indiennes au seuil de leur maison, quand elles ne parlaient que le tamoul ou l’hindi et moi quelques mots d’anglais ?… Ces kolams suspendaient ma marche au seuil d’une maison. Même si je ne pouvais y pénétrer ni découvrir quelque kolam intérieur, ils me faisaient voyager vers une Inde plus intime.

 

Comment ces kolams avaient-ils été réalisés ?

D’abord, pour voir la main créatrice, il vaut mieux se lever tôt dans la paix des premières heures du jour (2). A défaut de montrer en direct l’art et la manière de réaliser un kolam – ce que l’on peut voir sur nombre de sites – nous empruntons ces témoignages à la littérature.

Ainsi le roman Noces Indiennes de Sharon Maas évoque-t-il la jeune Savitri qui après les premiers rituels du matin « sortait de la maison et dessinait sur le sol un kolam élaboré ». Ce qu’elle fera encore, bien des années plus tard, une fois mère de famille, désignée sous le nom de Ma (4) :

« Aussi, quand elle avait fini de balayer, consacrait-elle une demi-heure à dessiner un kolam devant l’entrée, un kolam chaque jour différent. Elle commençait par répandre de la farine de riz, de manière à établir un réseau de points qu’elle reliait par des traits ou des lignes courbes, jusqu’à ce qu’apparaisse un étonnant motif symbolique, compliqué, fragile, parfaitement symétrique, une œuvre d’art fugitive qui, dès midi, serait effacée par les pas indifférents des personnes qui entraient et sortaient de la maison. »

Voilà qui suppose une certaine dextérité de la main créatrice. Ce qui permet de distinguer la main irrégulière des néophytes de celle des aînées plus expérimentées. Il suffit de regarder ou de s’essayer à quelques réalisations pour s’en convaincre !

C’est merveille de voir filer la farine poussée par les doigts se transformer en lignes s’entrelaçant continûment autour ou à partir de points tracés au sol (4). De suivre ces doigts, agiles traceurs en l’absence de toute pointe ou crayon, et le geste souple, sûr et gracieux du poignet. Et c’est merveille de voir le dessin prendre forme selon la volonté, l’inspiration et le talent de la créatrice ainsi que sa capacité à joindre tradition et inventivité. De voir la concentration, la maîtrise de soi accordées à la sérénité de ce moment de piété domestique. Voilà qui fait du kolam un rituel, une technique et un art.

 

Mais d’où viennent ces dessins et motifs que les femmes tracent sur le sol ?

De la tradition familiale d’abord. L’art, très ancien, du kolam est une affaire de femmes dans le Tamil Nadu. Ce sont elles qui assurent la transmission du répertoire familial, sauvegardé – par certaines – dans des carnets, enrichis éventuellement par la consultation de magazines. Quant aux motifs figuratifs, traités de manière stylisée, ils empruntent au symbolisme religieux pour ce qui est par exemple de la fleur de lotus, signe de Lakshmi, épouse de Vishnou. Dès l’enfance, les mères guident leurs filles de leurs conseils techniques et autres car la transmission de cette pratique se rattache à un ensemble de valeurs.

Un kolam, c’est, au seuil de la maison, la rencontre de l’intime, du familial et du social et c’est le lien avec la tradition. A des degrés divers, éminemment variables, sans nul doute, selon les familles, leur attachement à la tradition et la personnalité de chaque femme ! Plus encore dans l’Inde contemporaine du XXIème siècle prise entre modernité et tradition.

 

Réalisation d’un Kolam au Tamil Nadu – Photos Colette Fontaine

C’est donc avec intérêt que j’ai découvert deux approches littéraires du motif du kolam dans deux romans, écrits par deux romancières contemporaines qui, en reculant de quelques décennies, évoquent toutes deux l’Inde autour du milieu du XXème siècle.

Dans Noces Indiennes de Sharon Maas (4), on retrouve le kolam rituel auspicieux, celui dessiné par Radha, Savitri, puis Ma, celui qui protège la maison, qui purifie en inspirant « de bonnes pensées ». Dans Compartiment pour dames (5), qui donne la parole à une quadragénaire indienne célibataire, Akhila, et cinq autres femmes échangeant sur leur vie de femme indienne, on découvre le propos plus vigoureux de la romancière Anita Nair qui fait du kolam un emblème de la tradition. Pour Amma, la mère d’Akhila, experte dans ces dessins, l’art des kolams est inséparable du rôle d’épouse car « de parfaits kolams de maîtresse de maison parée de toutes les vertus ménagères justifient que les belles-mères appellent leur belle-fille « la lumière qui guide la famille » ». Ainsi, inspirée de la pensée de Thiruvalluvar (5) donne-t-elle à Akhila, qui a alors 19 ans, ces ultimes « conseils concernant les devoirs d’une femme au foyer » mais bien plus encore une leçon d’être au monde :

« Un kolam tracé à la va-vite reflète une maîtresse de maison négligente, indifférente et malhabile. Quant à un kolam dessiné de manière recherchée, il indique un certain égocentrisme, de la vanité et une incapacité à faire passer les besoins des autres avant les siens. Les kolams sophistiqués et compliqués doivent être réservés aux occasions particulières. Ton kolam de tous les jours doit montrer que, si tu es économe, tu n’es pas avare. Il doit témoigner de ton amour de la beauté et du soin que tu apportes aux détails. D’une retenue. D’une certaine élégance et, surtout, d’une bonne compréhension de ta place dans la vie. Ton kolam doit refléter ce que tu es : une bonne maîtresse de maison ».

Au-delà de ces éclairages personnels des auteures sur les kolams, les romancières Anita Nair et Sharon Maas parviennent à suggérer, à travers le traitement de ce motif, des interrogations nouvelles sur la femme indienne et sur une société indienne entre tradition et mutations. Marquée par la voix des grands penseurs de l’Inde et la colonisation anglaise. Au seuil d’une Indépendance nouvellement acquise, face aux défis de l’avenir et de la modernité.

Ainsi le roman Compartiment pour Dames donne-t-il d’Akhila l’image d’une excellente élève, férue de littérature anglaise mais rétive aux enseignements traditionnels, et qui « détestait tous les kolams. Ceux de l’extérieur comme ceux de l’intérieur ». Plus encore ces « kolams sophistiqués » des « agraharam », « ces ghettos brahmanes » « où tout comportement hors norme est conjuré par la censure et un isolement absolu ». Et plus encore, avec la plume critique qui la caractérise, la romancière Anita Nair imagine, de manière transgressive, que le plus beau kolam d’Akhila est réalisé le jour même de la mort de son père. Ce qui fait d’elle, à 19 ans, une jeune femme devant assurer la charge de sa famille… Voilà ce dont parlent ces dames du compartiment de train roulant dans la nuit… Par un pur effet d’imagination, on pourrait adjoindre aux voyageuses sondant leur existence, le personnage de Saroj, la jeune fille du roman Noces Indiennes, osant passer sur le kolam familial et s’introduire dans la puja (salle de prières), accompagnée d’une amie, avec « l’impression de se livrer à quelque chose d’interdit » qui pourtant guide sa quête de libération (4).

 

Au-delà de toutes ces interrogations, les kolams peuvent également ouvrir d’autres voies de réflexion, qui engagent science, art, mystique et philosophie, celles développées par des chercheurs en mathématiques et anthropologie (6). « Cette confrontation de l’art et de la nature par l’intelligence des formes ouvre un espace de rencontre entre l’esthétique et la science. » disent-ils. « La réalisation [de certains de ces dessins] met en œuvre une progression, parfois exponentielle, de motifs élémentaires et l’effet esthétique de ces figures procède aussi du sentiment qu’elles procurent d’une perception de l’unité dans la complexité ». Le point apparaît « symbole de l’infini quand il représente l’immersion dans le tout », « la ligne, symbole aussi de l’infini quand elle contourne ou relie les points, figurant le cycle de la vie et des renaissances… »

Les kolams seraient-il alors l’intuition et l’expression d’un Principe supérieur ? L’illusion d’une autre réalité ? L’expression d’une philosophie de l’éphémère et des renaissances ? Questions qui restent ouvertes, dans l’Inde d’autrefois et d’aujourd’hui…  

 

Kolams vus à Madurai et Pondichéry – Montage Photos Marc David

 

Les kolams peuvent-ils être menacés par la modernité ?

L’Inde est en soi une terre de contrastes. De différences. De spiritualité et de rituels. De culture et d’art. Certes, les kolams ont tendance à s’effacer dans les grosses villes multimillionnaires, où les immeubles se multiplient, où les rues et trottoirs accueillent une foule nombreuse de scooters, rickshaws, voitures et piétons. Mais, nous avons pu en observer à Chennai, à Madurai, dans le cœur même de la ville, en particulier devant les magasins. Ils sont encore bien présents dans des villes moyennes telles Thanjavur ou plus encore dans des plus petites telles Rameswaram à la pointe du sous-continent, à quelques encablures du Sri Lanka. A Pondichéry, ils s’observent aussi bien devant des maisons des différents quartiers de la ville que sur le pas de porte de cités nouvelles ou d’humbles maisons abritant les pêcheurs de la côte.

Et quand le poids des traditions semble s’alléger, les kolams trouvent une présence et une force nouvelle à travers les magazines, la Toile, les concours organisés dans les écoles ou par des associations qui proposent des manifestations aujourd’hui reconnues. Ainsi les festivals de Madurai qui offrent au regard du public l’élaboration des œuvres et affirment la personnalité de créatrices qui en tirent une vraie reconnaissance artistique. Certes, des puristes pourraient prendre ombrage de ce renouveau qui éloigne du rituel domestique mais redonne vitalité et visibilité à une pratique traditionnelle pouvant être éprouvée par la modernité. Aujourd’hui, les Indiennes sont des écolières assidues et nombre de femmes tentent de conjuguer vie familiale, publique et professionnelle…

 

Finalement, les kolams ont été pour moi une porte ouverte sur l’Inde. Et mon voyage, une ouverture plus concrète sur les liens forts unissant l’Inde et La Réunion, même si on ne voit pas de kolams au seuil des maisons dans notre île (7). Peut-on y voir un rapport avec la faiblesse numérique des femmes parmi les engagés indiens et les dures conditions de vie de tous ces travailleurs originaires de régions et de comptoirs divers (8) ? A ces hommes et femmes venus à La Réunion, plus massivement après l’abolition de l’esclavage, nous devons la richesse de notre héritage indien. Un héritage religieux et socio-culturel qui porte ses marques spécifiques dans une société réunionnaise multiculturelle et créole.

Pour moi, les kolams ont été un seuil…

 

Marie-Claude DAVID FONTAINE

 

  1. Nous nous sommes attachés dans cet article principalement aux kolams extérieurs placés au seuil des maisons. Il en existe aussi à l’intérieur des maisons et temples. On trouve des kolams au Tamil Nadu, au Karnataka, dans l’Andhra Pradesh et des réalisations plus ou moins proches dans d’autres régions de l’Inde sous les appellations de rangoli ou de mandala entre autres.
  2. Les kolams se dessinent en général au lever du jour mais peuvent aussi être réalisés le soir. La poudre de riz, employée traditionnellement est remplacée fréquemment aujourd’hui par des pigments ou de la craie, plus économiques. Les kolams ne se limitent pas à une seule communauté de croyance religieuse.
  3. Chantal Jumel, « chercheuse indépendante, écrivain et spécialiste des arts visuels et rituels de l’Inde » et spécialiste des kolams (cf. sites ).
  4. Noces Indiennes, Sharon Maas (Of Marriageable Age, 1999), traduction Martine Leroy Battistelli, 2002, Flammarion. Dans ce roman, Savitri, originaire du Tamil Nadu, s’installera bien plus tard (sous le nom de Ma) en Guyane Britannique (Guyana) suite à un remariage. Dans cette œuvre (étalée entre les années 1920 et 1970/80), Saroj (jeune adolescente de 13 ans vers 1965) ose passer sur le kolam avec une amie africaine et l’introduire dans la salle de la puja où Ma garde secrètement la robe de future mariée d’Indrani (sœur ainée de Saroj).
  5. Compartiment pour dames, Anita Nair, 2001 (Ladies coupé) ; 1ère traduction 2002, Albin Michel, 2016. La famille d’Akhila vit près de Madras (Chennai). D’origine brahmane, elle n’habite cependant pas ces « agraharam », évoqués dans le roman. « Thiruvalluvar, poète d’expression tamoule ayant vécu au 1er siècle av J-C et auteur du Thirukkural, ouvrage traitant de morale, de sagesse, des devoirs des individus, considéré au Tamil Nadu comme le 5ème Veda » (selon le glossaire).
  6. Site : Eléments d’Ethnographie indienne, Bernard Champion, « Rues de Pondichéry », 1ère partie KOLAM. Texte de présentation pour un panneau d’exposition de photographies « Rues de Pondichéry »; avec la mention : [Quelques-unes des notions ici abrégées ont été présentées dans le séminaire de mathématiques de l’ERMIT (Equipe Réunionnaise de Mathématiques et d’Informatique Théorique), le 4/12/2007.]
  7. Nous n’avons pas observé (personnellement) de kolams sur le seuil des maisons à La Réunion, mais renvoyons à la thèse de Florence Callandre (soutenue en 1995), dirigée par Christian Barat, sur Koylou, Représentation divine et architecture sacrée de l’hindouisme réunionnais qui mentionne les kolams observés dans les temples réunionnais.

Du créole opprimé au…

 Il n’est pas rare d’entendre l’éloge du « vivre ensemble » réunionnais. À l’instar d’autres sociétés insulaires fortement métissées, la nôtre est admirée, encensée pour l’harmonie qui y règne : il est vrai qu’en considérant la jeunesse du peuplement de la Réunion, l’histoire de notre île et ses drames, la situation d’aujourd’hui peut émerveiller. Il faut cependant rester vigilant pour ne pas se laisser endormir par la fumée des encensoirs. Pourquoi, par exemple, ne pas nous interroger, nous-mêmes, en tant que Réunionnais, sur le vivre-ensemble dans notre île. Pour ce faire, je vous propose de regarder de plus près la relation des langues créole et française, en me référant aux travaux d’Axel Gauvin, réalisés il y a quarante ans de cela. Je choisis cet angle, d’autant plus volontiers, que les chercheurs s’accordent à reconnaitre les avantages du bilinguisme dans le domaine cognitif[i] !

 

« Du créole opprimé au créole libéré[ii] »

 

En 1977, A. Gauvin publie son essai : « Du créole opprimé au créole libéré ». Son objectif est de défendre et de promouvoir la langue créole réunionnaise. La publication du livre fait sensation, ou plus exactement cause un beau scandale. Pour de nombreux « bien-pensants », le créole n’est pas digne d’être appelé une langue, c’est, à la rigueur, un dialecte, un « patois sympathique » (comme on le cataloguera plus tard avec condescendance). La polémique mettant aux prises défenseurs et détracteurs de la langue créole s’étale alors largement dans la presse écrite et audiovisuelle du pays.

 

Le point de départ

 

Qu’est-ce qui a motivé A. Gauvin  dans ses recherches? Nous savons qu’il a passé sa jeunesse dans un milieu créolophone. Sa famille, son quartier s’exprimaient essentiellement en créole. À l’école, cette langue n’était pas enseignée mais elle n’était pas non plus exclue. Du point de vue culturel, l’univers d’A. Gauvin a évolué aux rythmes de la culture créole réunionnaise.

Or, à partir des années 60, les choses changent : Le créole doit impérativement rester à la porte de l’école. Les enseignants sont tenus – menaces à la clé – d’obéir aux oukases anti-créoles des vice-recteurs successifs. Ainsi, entend-on en 1975 le vice-recteur de Saint-Denis, se référant à un règlement scolaire de 1887, marteler que « Le français [doit être] seul en usage à l’école ».

Les enfants ont à cette époque davantage accès à l’école de la République mais ils doivent obligatoirement renoncer au monde qui était le leur[iii] et se glisser, via les programmes scolaires, dans un autre en tout point semblable à celui des enfants de la France hexagonale. Les enfants créolophones sont alors atteints dans leur identité, dans leur manière d’être au monde : leur langue, leur culture ne sont pas reconnues ; elles sont dénigrées, stigmatisées, bannies.

 

 

Face à un drame, une méthode

 

Ce qui bouleverse le plus A. Gauvin dans cette affaire, c’est la situation dramatique de l’alphabétisation dans l’île. En 1967, en effet, 90 000 Réunionnais, sur une population de 416 525, sont analphabètes (un jeune sur 5, un adulte sur 2).

Face à ce constat, A. Gauvin cherche à remédier au problème en allant au fond des choses. Il se livre alors, au sein de « l’association Chemin Portail » au Tampon, à des séances d’alphabétisation en créole. Il le fait volontairement car ses élèves ne parlent pas le français. Comment, en effet, apprendre à quelqu’un à lire dans une langue qu’il ne comprend pas ou qu’il comprend mal ? Les résultats sont prometteurs : l’acquisition de la lecture se fait rapidement et personne ne manifeste une quelconque répulsion lors de l’apprentissage. Ces séances de travail confirment que le malaise dans l’alphabétisation provient, non d’une incapacité des monolingues créoles à apprendre le français, mais de la méthode pédagogique proposée à l’école. Méthode qui ne tient aucun compte de la langue maternelle des élèves. Cette expérience pédagogique deviendra pour A. Gauvin le moteur de la défense de la langue réunionnaise.

 

Le créole est une langue

 

Axel Gauvin fonde son plaidoyer sur les caractéristiques qui constituent le socle de la langue créole réunionnaise. L’essayiste s’évertue donc à montrer l’originalité du créole. Il s’attache à la grammaire, à la syntaxe, au vocabulaire : il ne s’agit pas d’un français déformé, mais d’une langue à part entière.

En ce qui concerne le vocabulaire, A. Gauvin reconnaît qu’une majorité de mots créoles provient du français. Il souligne cependant qu’un bon nombre d’entre eux n’a pas la même signification en français contemporain. Le lexique du créole réunionnais est, par ailleurs, riche des apports malgaches, portugais, indiens, indo-pakistanais. Il faut à cela ajouter les nombreux mots créoles créés par les Réunionnais.

  1. Gauvin arrive au constat que, doté d’un champ sémantique particulier, d’une structure grammaticale originale, « le créole est une langue ayant sa personnalité propre[iv]» à côté du français. Il est convaincu qu’il faut ouvrir une voie nouvelle si l’on veut lutter efficacement contre l’analphabétisme.

 

Vers le bilinguisme

 

Militant créoliste ardent, Axel Gauvin ne cherche cependant absolument pas à aller contre le français. Il est habité par la conviction que ces deux langues sont indispensables aux Réunionnais : il perçoit clairement que le bilinguisme est une richesse. Sa lutte consiste donc à désamorcer « l’affrontement » entre deux mondes qui s’ignorent. La situation de la société réunionnaise de l’époque, avec le monopole du français dans l’enseignement, les médias, la justice, les administrations, ont réduit le créole à une existence de langue « marronne » : il faut en finir avec cette situation, car il est d’une part nécessaire que le Réunionnais apprenne à se connaître, à s’accepter tel qu’il est, à s’estimer, à être fier de sa langue maternelle. Pour cela il est urgent de valoriser la langue créole, de lui donner une visibilité, une lisibilité acceptée par tous et accessible à tous. Et d’autre part le Réunionnais se doit d’acquérir la maîtrise du français, langue internationale… En distinguant linguistiquement le créole du français, il ne s’agit donc pas de fomenter de mutuelles exclusions au sein de la société, mais de trouver des ressources pour un mieux vivre pour tous.

« Du créole opprimé au créole libéré » est donc l’œuvre d’un visionnaire qui a su entendre, écouter la souffrance d’une humanité mise à mal dans cette partie du monde. Au-delà du problème linguistique, il est clair que la promotion de la langue créole, que défend A. Gauvin dans son essai, met en cause la politique culturelle et scolaire qui exclut une grande partie de la population réunionnaise et fait fi de la démocratie[v]. Cette dernière ne suppose-t-elle pas, en effet, que l’information circule et qu’elle soit comprise par tous ?

 

Où en sommes-nous aujourd’hui du vivre ensemble linguistique ?

 

Quarante ans après l’essai d’A. Gauvin, il est légitime de se demander où nous en sommes de l’usage du créole, de sa place dans les médias, les administrations, la justice, l’enseignement… Les avancées sont considérables. Des dictionnaires français-créole, créole-français, des bandes dessinées ont vu le jour. Le créole est présent dans diverses créations artistiques, il est entré au théâtre, au cinéma. La langue réunionnaise est de plus en plus fréquemment employée à la radio, non seulement dans les chants et l’humour, mais aussi dans les débats, dans les émissions interactives, dans les publicités.

Il est malheureusement un domaine, pourtant essentiel, où les lacunes sont énormes, celui de l’éducation : on déplore encore un nombre très important de personnes illettrées. Une publication de l’INSEE en recense 116 000 en 2011. De trop nombreux enfants arrivent au collège sans maîtriser la lecture et l’écriture du français. Ils usent du créole et du français de manière approximative. L’enseignement en créole, et du créole, reste timide, alors même que 80 % des enfants scolarisés arrivent d’un milieu créolophone.

En 1977, A. Gauvin a pris le temps d’argumenter en faveur de la langue créole. Avec d’autres linguistes, il a cherché à lui donner la place qu’elle mérite au sein de la société réunionnaise. Aux côtés des artistes et d’autres écrivains, il a été à l’avant-garde et n’a cessé de montrer, par ses poèmes et ses romans, les qualités intrinsèques de la culture réunionnaise et de la langue créole.

Nos deux langues méritent une égale considération et demandent qu’on leur accorde des conditions d’acquisition et de développement appropriées.

Nous ne sommes plus en 1970, les enfants ne sont plus monolingues créoles, mais ils ne sont pas pour autant tous bilingues. Un accompagnement bien structuré de l’enseignement du créole à côté de celui du français n’offrirait-il pas aux enfants, aux jeunes, aux adultes un bilinguisme apaisé et décomplexé ? La République française a la capacité d’intégrer et de promouvoir en son sein la diversité culturelle et linguistique. Mais quid de la volonté politique ?

Dominique Joséphine

Quartier 3 lettres

 

[i] Cf. Ranka Bijetjac-Babic, L’enfant bilingue, Odile Jacob, 2017.

[ii] Axel Gauvin, Du créole opprimé au créole libéré : défense de la langue réunionnaise, Paris, l’Harmattan, 1977.

[iii] Dans les années 1970, la grande majorité de la population réunionnaise était créolophone. Les statistiques manquent à ce sujet. On peut estimer à moins de 20 % les gens capables de parler français.

[iv] Cf. Du créole opprimé au créole libéré, op. cit p. 37.

[v] Cf. id., p 88.


1ère partie

L’enfance de Jean-René Grondin

Je suis pour l’état civil René Jean GRONDIN mais tout le  monde m’appelle Jean René.  Je suis fils de Marie Joseph Maurice GRONDIN et de Marie Bernadette DUMONT. J’ai vu le jour  en 1941, aux Colimaçons, au lieu-dit la Petite Ravine, dans une famille qui comptait déjà 7 enfants. Les temps étaient alors difficiles en particulier pour les familles pauvres des Hauts de la Réunion. C’était la guerre et la Réunion était encore Colonie.

Je me souviens de ma prime jeunesse, des champs de cannes ondulant jusqu’à l’Océan Indien, des chemins de terre parcourus par des charrettes tirées par des bœufs et par quelques rares voitures d’une poignée de favorisés du sort. Quoique pauvres nous n’étions  pas les plus mal lotis. Nous vivions près de nos  grands-parents. Nous étions des gens de la terre, mais sans terre. Nous cultivions surtout le géranium à la Chaloupe-St-Leu et à Trois-Bassins sur la terre des autres : celle-ci appartenait aux CHATEAUVIEUX, aux HIBON ou aux BEGUE.

char

Un jour mon père a dû avoir un différend  avec le gérant de la propriété BEGUE, qui l’a tout simplement prié de vider les lieux. Ce qui fut fait sans tambour ni trompette. Cela se passait en 1946.

Les hauts de St-André

Je ne sais pas exactement comment cela s’est passé, mais nous avons quitté les Hauts de l’Ouest pour les Hauts de l’Est et avons trouvé un point de chute à Menciol sur le territoire de la commune de St-André. Le terrain appartenait au Crédit Foncier puis plus tard il fut acheté par la Société BELLIER. Les cannes de cette zone étaient broyées à l’usine de Ravine Creuse.

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DIDINE ET VONIEN


Didine était dans sa prime jeunesse l’Ernestine d’Ernest, son père, avant de devenir

Didine Flavonien, depuis son mariage, il y a bien 55 ans de cela !

Son mari, le vieux Flavonien (soixante-quinze ans, bientôt soixante-seize) chantait les cantiques, entonnait les Psaumes, tous les dimanches à l’église ; s’entraînait en outre chez lui, tous les jours que Dieu donne, pour la grand’messe. Et ne voilà-t-il pas que le vieux Flavonien se met un beau jour, un jour maudit, à être pris de folie furieuse :

« L’archange Gabriel m’est apparu !… »

Mais attention ! Le bougre n’affirmait pas cela en communion avec le Bon Dieu, sous la protection de l’archange Gabriel. Il le disait avec l’écume de rage à la bouche. Les yeux injectés de sang. De la main gauche, saisissant Didine par la chevelure, il la force à s’agenouiller sur le sol. De la main droite il tient le sabre à cannes levé, ce sabre qui coupe comme un rasoir !  

 

De la main droite il tient le sabre levé… (Illustr. Huguette Payet.)

 

« L’archange Gabriel m’est apparu ! Il m’a mis en garde : elle se fout de toi ! Elle danse et te pisse sur la tête !…

– Ah ! Vonien !

– Il a ajouté aussi : «  et tu n’as pas qu’une paire de cornes. Tu portes toutes les cornes de tous les cerfs de la Roche-Écrite ! (1) Ton cornage pend jusqu’au bas de ton dos. Il te déchire le kaneson ! (2) On te voit la raie ! »

– Je te jure Vonien !

– Ne jure pas : une pécheresse ne jure pas ! Une Marie-Madeleine ne jure pas ! Avoue plutôt !

– Avouer quoi ? Je n’ai pas…

– Julot ! Julot ! C’est Julot, ton garçon de cour !

– Qu‘est-ce que tu vas chercher là ?

– L’archange Gabriel ! Tu oses déparler de l’archange Gabriel ! Avoue, sinon je te hache, je te tranche, je te découpe ! Je jette ta chouchoute (3) et autres parties impures à la ravine ! Je les donne à manger aux cochons ! »

Et Didine est obligée d’avouer ! Soixante-dix ans sur sa tête ! Fidèle depuis toujours ! Dévouée comme pas deux ! Acceptant sacrifice après sacrifice, … avec de temps à autre un petit plaisir : Vonien et elle n’ont pas passé tout leur temps à prier ensemble, quand même ! « Mon petit cabri massalé, mon cari de bichiques, mon petit rougail saucisses, Ma Didine ! » Ce « petit nom gâté »  lui est resté depuis  que Vonien l’a laissé s’échapper devant témoins. Mais « Ma Didine !  Laisse moi t’embrasser là où c’est doux », c’était valable hier encore, malgré ses soixante-quinze ans. Et aujourd’hui : « Tu vas avouer ! »

Et Didine, la lame du sabre sur la nuque, est bien obligée d’avouer ! Oui à ceci, oui à cela. Il faut avouer tout ce que son homme invente,  tout ce qu’il s’imagine. Tout et davantage encore !

 

Quand Didine a tout avoué, lui, l’homme au grand cœur, magnanime, pardonne :

  • «  Relève-toi femme, Relève-toi ! Tu as fauté, mais comme tu le regrettes, le Bon Dieu et moi, nous n’en tiendrons pas compte dans le carnet de tes péchés » (4).…

Le vieux Vonien et ses visions toujours renouvelées, son archange Gabriel, les prétendues infidélités de Didine, ont fait longtemps subir le martyre à sa femme.

Mais la « fête-chinois » (5) ne se célèbre pas tous les jours que Dieu donne… Un jour Didine se retrouva dans le vieux confessionnal devant le vieux curé aux idées modernes qui depuis deux ans dirigeait la paroisse autrement :

  • « Mon père, je m’accuse d’avoir eu de vilaines pensées… Des pensées de… (Gros sanglots … ). Je n’en peux plus, mon Père.
  • Le désespoir n’est pas un péché, ma fille… Je ne suis pas curieux, mais…
  • Il est devenu fou, mon Père… De temps à autre il lui prend une crise…Il se saisit de son sabre… Et je deviens folle à mon tour. Je deviens folle, folle ! »

 

…Une petite procession se présenta devant le barreau de Vonien…(Illustr. Huguette Payet).

Le lendemain après-midi, aux alentours d’une heure, se présenta une petite procession devant le barreau (6) de Vonien :

« Pé romiasse, écoulasse, écoulorome… » (7)

Oui, en latin – et pourtant cela faisait bel âge et beau temps que l’on ne parlait plus ce langage du temps jadis dans la paroisse ! Le curé, chasuble flamboyante, surplis d’argent, étole d’or, s’avance en premier :

« Pé romiasse, ékoulasse, écoulorome… »

Juste derrière, un peu sur le côté, «  Gadang, gadang. Gadang gadang ! »… L’encensoir voltige dans les mains de Sœur Anita, une jeune sœur qui adore jouer à la ronde avec les enfants… Elle aussi chante, à gorge déployée.

À l’arrière, le seau d’eau – bénite (en fait de l’eau prise au canal)  est porté par Sœur Angèle, une vieille dame qui a élevé quatre enfants et profite qu’ils soient grands et que son mari soit décédé, pour devenir bonne sœur…Sœur Angèle ne chante pas, sa bouche est fermée, à double tour : elle a l’air sérieux de quelqu’un qui porte l’extrême-onction au Pape.

La petite procession franchit le barreau : « Pé romiasse,  écoulasse, écoulorome…Gadang gadang, gadang gadang !… »

Elle s’avance dans l’allée : «  Ete unam, sanctam, catholicam…Gadang gadang !… »

Elle fait le tour de la maison, va vers le pied de Badamier sous lequel Vonien fait la sieste…Qu’il fait bon sous le pied de badamier ! Le feuillage en forme de parasol protège bien du soleil, une brise légère rafraîchit  pour de bon le dormeur. Vonien en profite : le léger souffle de brise fait déjà tomber les feuilles d’or et d’argent semblables aux habits du prêtre. Dans huit jours ce sera fini. 

Vonien dort paisiblement : ce n’est pas un chant en latin – il a toujours été un peu dur d’oreille –  qui le réveillera. Mais c’est « Aspèrzésse mé…Gadang gadang ! » la pluie d’eau –  prétendument bénite –  qui interrompt brutalement son sommeil, qui le fait tomber à bas de son fauteuil pliant. Le bonhomme en reste saisi : il n’arrive même plus à bégayer.

« Parle, si tu es l’archange Gabriel ! »

L’archange ne pipe mot.

« … Tu n’es pas l’archange Gabriel !…Tu es donc le Diable ! Seigneur Dieu, si c’est le Diable, fais-nous un signe !… »

Une petite feuille d’or et d’argent, flamboyante, se détache de l’arbre, plane en tournoyant, descend en douceur…

C’est le signe ! Le signe ! Merci mon Dieu !

Ne racontons pas tout ce qui s’ensuivit… ou alors juste la conclusion ?

On avait fini de chasser le diable qui possédait Vonien ; on lui avait interdit (même sous l’emprise du démon, et sous peine d’excommunication) de prendre en mains un sabre ou un fusil ; on avait déjà tourné le dos pour rebrousser chemin quand la vieille Sœur Angèle s’était écriée :

– « Il revient ! Il est là ! Il n’est pas vraiment parti ! »

Et de poser le seau par terre, de prendre le manche du râteau, appuyé sur le tronc du badamier. Et bababanm, bababanm ! De réduire à néant le diable qui habitait dans l’âme de Vonien, de battre le diable de toute son énergie : bababanm, bababanm !

Et voilà Sœur Anita qui entre dans la ronde avec l’encensoir : un vrai boucanage d’encens ! Le Père s’empare du seau, du goupillon : un vrai déluge d’eau bénite. Soeur Angèle met alors le bâton dans les mains de Didine :

  • « Ma fille, c’est vous surtout qui devez chasser le diable, sinon… »

Et Didine est alors passée à l’action. Elle a cogné le Diable d’importance, l’a battu comme on bat le maïs. Elle a fait le maximum pour faire sortir le Diable de Vonien. Et le Diable de crier, de gueuler, de se débattre, de supplier. En vain. Il a eu droit à sa raclée. Et tant qu’il n’est pas tombé à genoux sur le sol, il a eu sa correction.

Jusqu’à ce jour Le Diable n’est pas revenu. Vonien ne touche plus au sabre. Il aime sa Didine et la respecte ! Parfois, en cachette, ma sœur Angèle en rit encore…

 

Axel Gauvin

(Traduit du créole réunionnais par Dpr974)

Notes :

  1. La Roche-écrite, lieu touristique des Hauts de Saint-Denis où la bonne société dionysienne se livrait naguère à son passe-temps favori : la chasse aux cerfs.
  2. Kaneson : variante créole de « caleçon».
  3. En créole réunionnais : sexe féminin.
  4. En français on tient ses comptes sur un cahier ; à La Réunion plus modestement on avait un « carnet de boutique » chez l’épicier chinois. Pourquoi alors ne pas imaginer un carnet où seraient notés les péchés des chrétiens ?
  5. A La Réunion les Réunionnais d’origine chinoise fêtent entre autres le Nouvel An chinois, la fête de la lune, la fête du Double-dix, celle de Guan-Di etc…mais tout ceci n’a qu’un temps… Il faut rapidement passer au travail, aux choses moins réjouissantes. D’où l’expression créole : « Pas tous les jours la fête-chinois ! »
  6. Le barreau (créole) : le portail.
  7. Version créolisée de la messe en latin.

Qui étaient et que sait-on des premières femmes de Bourbon ? C’est le sujet développé à la médiathèque Alain Lorraine par Angélique Gigan (1), Docteur en langue et littérature françaises, à l’invitation de l’Association Famille Maxime Laope dans le cadre de la célébration de la fête de L’Abolition, ce 20 décembre 2016, lors d’un généreux choral faisant entendre, tour à tour, les voix de la conférencière et des femmes de la famille Laope.

C’est cette conférence que nous vous proposons de découvrir grâce à l’amabilité d’Angélique Gigan qui a accepté que son texte soit édité sur notre site. A défaut de tout retranscrire, nous avons choisi de vous présenter deux articles afférant aux parties II et III de son intervention, reprises fidèlement et centrées plus directement sur le sujet. Après le premier article sur l’identité des premières Bourbonnaises venues de Madagascar, d’Inde et de France (2), voici ce 2ème article.

 

 

Les représentations des premières bourbonnaises dans les textes anciens

Partie III de la conférence d’Angélique Gigan

 

« Il apparaît que dans le Mémoire de Desforges-Boucher, les femmes originaires de Madagascar jouissent d’une bonne réputation, contrairement à certaines Françaises et à l’ensemble des métisses indo-européennes dont il dresse un portrait péjoratif, teinté de misogynie. Nous allons montrer qu’à la misogynie ambiante s’ajoute, dans quelques récits de voyages anciens et écrits d’administrateurs coloniaux, une note sexiste où l’image de la femme bourbonnaise se trouve au carrefour d’un ensemble de mythes discriminants, allant de la Veuve noire à l’Eve tentatrice.

 

Tous ceux qui se sont essayés aux recherches historiques concernant notre île savent que les sources sont difficilement accessibles. Il existe, bien entendu, un état des lieux de la société bourbonnaise sous l’Ancien Régime, notamment grâce aux travaux de Jean Barassin, mais très peu de choses concernent à proprement parler les femmes et leurs conditions de vie. Ce que nous pouvons déduire de la présence de ces toutes premières Réunionnaises, c’est que la distinction blanche/non-blanche ne se fait pas encore véritablement sentir. Les colons français doivent se marier et, dans un contexte où la présence féminine fait défaut, la couleur de peau importait, pour le moment, peu.

 

Couverture du livre Sous le signe de la Tortue, Voyages anciens à L’Ile Bourbon, Albert Lougnon, Azalées éditions

 

  1. L’habit ne fait pas le moine ? Regards de deux voyageurs, Borghesi et Durot, sur les Bourbonnaises (1704 et 1705).

Ce sont dans les récits de voyage anciens que nous pouvons appréhender, même partiellement, le mode de vie de ces premières femmes entre le début du peuplement et le tout début du 18ème siècle. Deux récits de voyage nous livrent des informations de la sorte : il s’agit de celui de Giovanni Borghesi, médecin italien qui a effectué un séjour dans l’île en 1704 et dont le récit est publié à Rome en 1705, et celui de Durot, dont nous ne savons rien, et qui a séjourné dans l’île en 1705 (3).

 

Giovanni Borghesi, une description neutre

Borghesi, écrit que les premiers habitants étaient habillés « ni à l’usage indien ni à celui de l’Europe ». Il met donc en relief une mode vestimentaire propre à Bourbon, qui souligne implicitement une créolisation de l’habillement, empruntant à la fois à l’Inde et à l’Europe. Il dit des Bourbonnaises :

Les femmes en effet portent une chemise suivant la coutume européenne et la robe qui les recouvre, de la ceinture jusqu’aux pieds, ressemble à celle de chez nous [= Italie], excepté que, généralement, elle est de soie ou de toile peinte. Toutefois quelques-unes, en plus de la chemise, portent sur le dos un petit habit, comparable à celui qu’ont coutume de revêtir nos hommes et que nous appelons camisole. De plus, toutes les femmes s’enveloppent la tête d’une petite étoffe semblable à nos mouchoirs ; elle est pliée de telle sorte que deux angles pendent sur le derrière du cou, entre les deux épaules, tandis que les deux autres se nouent sur la nuque (3).

Borghesi indique également que, comme les hommes, les femmes marchent « jambes et pieds nus » : « [I]ls ne portent ni bas, ni chaussures, ne sachant pas les confectionner, inhabiles à cet art comme en tous autres. Ajoutons à cela que les femmes, si simplement vêtues, se marient sans aucune dot. » Le jugement porté sur l’inaptitude des Bourbonnais est sévère, mais il est vrai que la colonie ne dispose pas encore d’école et que les colons, débrouillards malgré une grande pauvreté, se livrent surtout à une agriculture de subsistance (4). Un peu plus loin, Borghesi met en lumière une image de femmes au tempérament courageux, qui n’hésitent pas « au moment même où elles préparaient le dîner » à tuer des pigeons, dont l’île était envahie, « par douzaine avec un bâton, jusque dans la cuisine. »

 

Le double regard de Durot : entre désir et mépris

La description dressée par Durot porte également sur l’habillement, mais est d’une tout autre teneur, offrant davantage de détails à travers un regard visiblement subjugué par la beauté des femmes :

Les femmes à commencer par leur tête, ne se servent point de coiffure, mais portent aussi un mouchoir fin et garni de dentelles, qu’elles nouent par derrière pour tenir leurs cheveux qu’elles ont assez beaux et dont elles prennent assez de soin. Elles ont des boucles d’oreilles ainsi que des colliers d’or ou d’émail rouge. De simples chemises fines leur découvrent la gorge qu’elles ont assez belle et bien placée. Ces chemises, fendues par le haut à la française, ne sont attachés que par deux ou trois boucles d’or rondes. Elles ne portent point de manteau ni de corset, mais une jupe des belles étoffes qu’elles peuvent trouver à acheter des vaisseaux. Elles les font amples et un peu traînantes par derrière, ce qui leur donne un air charmant. Elles ne portent point de bas ni de souliers, pour les mêmes raisons que les hommes, ce qui leur ride les jambes, leur ôtant le seul agrément qui leur manque car elles nous ont paru presque toutes fort jolies, mais, je crois, plus par la longue absence de voir des femmes blanches comme celles d’Europe que par leur beauté naturelle (3).

Le portrait idyllique se trouve contrebalancé par la remarque finale, qui impliquerait que les femmes de Bourbon seraient moins belles que les Européennes et que seul le manque pousserait les hommes à leur trouver autant de charme.

 

Saint-Paul vu par Durot, Voyages anciens à L’ïle Bourbon, A Lougnon

 

  1. Les Bourbonnaises, des femmes dangereuses et frivoles ?

Ce désabusement de l’auteur précède une image peu valorisante des Bourbonnaises vues comme des veuves noires en puissance :

Le commerce de l’amour n’est point banni de leur cœur, mais il est à craindre pour leur mari qu’elles font assassiner par-dessous main, et quelquefois par leurs amants, ce qui était arrivé peu de temps avant notre passage. Un habitant dont la femme était jolie et d’un cœur assez tendre, après une absence de quelques jours fut trouvé poignardé dans un bois sans qu’on pût trouver d’indice pour pouvoir poursuivre sa veuve qui affectait une douleur extrême quoiqu’elle fût dans le chemin de se remarier. Bien que les autres maris vivent dans une grande méfiance de leur femme, les enfermant même lorsqu’ils vont quelque part, elles ne manquent guère à leur faire porter un croissant sur la tête, la chaleur du pays ne les pouvant retenir dans une passion réglée (3).

Il est possible que cette histoire soit vraie. Elle est assez similaire à celle décrite par Desforges-Boucher à propos de Monique Vincendo, veuve à 28 ans de François Garnier, qui aurait disparu de la circulation sans que les autorités aient pu résoudre l’affaire, malgré de nombreuses recherches. Mais les propos de Durot attirent notre attention. N’oublions pas que le regard porté sur les femmes est exclusivement masculin, ce qui implique un ensemble de préjugés d’ordre à la fois sexuel et social.

Commençons par le préjugé d’ordre sexuel : Durot, en faisant d’un cas particulier une généralité, entend activer à propos des Bourbonnaises le stéréotype de la veuve noire. Les femmes apparaissent ici menaçantes et dangereuses pour la gent masculine, s’éloignant ainsi de l’idéal féminin européen où les femmes sont vues comme des modèles de douceur et de charité sur lesquels les hommes assoient leur supériorité. Le texte souligne la méfiance des maris envers leurs épouses, en même temps qu’il pointe implicitement leur tempérament jaloux. Concernant le remariage de la veuve noire citée par l’auteur, il s’explique en grande partie par le fait que le nombre de femmes étant largement inférieur à celui des hommes, très peu d’entre elles restaient célibataires longtemps. Ainsi, à la fin du 18e siècle, l’île ne comptait encore que 297 femmes sur un total de 734 habitants.

Enfin, concernant le préjugé d’ordre social, il relève de ce qu’on appelle la théorie du climat, très en vogue sous l’Ancien Régime et dont Montesquieu est un des principaux représentants (5). En somme, la théorie du climat, qui est un des arguments pour justifier l’esclavage, dit que le climat influe sur toute la personne : ainsi, c’est parce que l’homme de couleur vient d’un climat chaud qu’il est à même d’être esclave, car son corps serait préparé à travailler durement au soleil. La chaleur du soleil engendre en effet un ensemble de clichés, notamment autour de l’oisiveté ou de la lascivité des habitants des pays colonisés, et permet de mettre en relief une opposition stéréotypée entre ces pays et la France, telle que l’opposition entre raison/émotion ou encore vertu/légèreté des mœurs. En ce sens, une femme d’Europe est supérieure à une femme des colonies. Cela est vrai pour Durot qui affirme que la légèreté des mœurs des Bourbonnaises est due, pardonnez-leur !, au climat. CQFD.

 

Détail de la Quatrième de couverture de Sous le signe de la Tortue, Voyages anciens à L’Ile Bourbon, A. Lougnon, Azalées Editions

Autre cliché avancé par Durot et qui va persister longtemps : celui selon lequel les Bourbonnaises raffoleraient des Français de passage : « Elles aiment fort les Français, ne pouvant guère tenir contre leurs pressantes poursuites, et trouvent de concert beaucoup de détours pour éloigner leur mari, pouvant affirmer ce que j’avance par les observations que j’en ai faites sur les lieux » (3).

En plus d’être des veuves noires, les Bourbonnaises seraient d’une avidité sexuelle sans limite, ce qui met implicitement en relief un caractère rusé qui n’est pas sans rappeler le mythe de l’Eve trompeuse, d’autant plus manifeste ici que Bourbon a longtemps été vue par les voyageurs comme un paradis terrestre. L’emprunt à la mythologie chrétienne apparaît d’autant plus manifeste que chez un auteur comme Desforges-Boucher, plusieurs femmes sont explicitement comparées à un démon (6). Le caractère néfaste des Bourbonnaises justifierait selon Durot la pseudo-incapacité des hommes à leur résister, tels des marins happés par le chant des sirènes. Spectateur de scènes galantes, il voit dans le commerce de l’amour un moyen pour les marins de décompresser et de marchander l’amour des femmes en payant avec des habits venus de France.

Ce constat de la légèreté des mœurs des Bourbonnaises est également très présent dans le Mémoire de Desforges-Boucher (6) où il est clairement question de prostitution et autres scandales. Le cas le plus sulfureux évoqué dans son Mémoire est sans conteste celui de Marie Anne FONTAINE : « Creole plus noire qu’un Diable, et qui en a toutes les inclinations ». Elle aurait tenu un « bordel public » (pour reprendre les mots de l’auteur lui-même) ouvert aussi bien aux Blancs qu’aux Noirs.

Mais dans une île, où, de l’aveu du gouverneur lui-même, la plupart des hommes sont des ivrognes, où les habitants ne vivent pratiquement que d’une agriculture de subsistance, que restait-il aux femmes, en-dehors de leur fonction reproductrice ? Leur infériorité numérique faisait nécessairement d’elles des appâts, de sorte qu’aussitôt qu’elles devenaient veuves, elles étaient remariées. Le choix des Bourbonnaises à disposer de leur vie semble dès lors se limiter à deux possibilités : ou mener une vie stable faite de dévotion, une vie de femme et mère dévouée et laborieuse, malgré l’inaptitude des époux, souvent ivrognes ; ou choisir de disposer de leur corps tout en subissant l’opprobre. Il faut bien garder en tête que l’île au début de son peuplement se trouve dans une extrême pauvreté. La prostitution était donc un moyen pour les femmes de subvenir à leurs besoins matériels, et d’obtenir, entre autres, de quoi se vêtir.

Il serait toutefois malvenu et inapproprié de prendre au premier degré les propos de ces différents auteurs, car dans une île où tous les habitants devaient tous se connaître, où la religion catholique jouait un rôle puissant, le moindre écart des femmes était nécessairement sévèrement jugé. Si l’on s’en fie à ces textes, les premières femmes de Bourbon sont l’objet d’une double discrimination : sexuelle, en tant que femme, et raciale, en tant que métisses, noires et blanches habitant les tropiques.

 

Conclusion

Ces premières habitantes de Bourbon, ces femmes françaises, métisses indo-portugaises et malgaches, qui ont donné naissance à de nombreux enfants dans des conditions misérables tout en ayant subi l’ardeur d’hommes plus nombreux qu’elles, étaient d’un courage sans faille, qu’importe leur origine ou la couleur de leur peau. Sans elles, sans leur volonté, sans leurs souffrances, le peuplement de l’île était voué à l’échec. Ces toutes premières femmes ont appris, bon gré mal gré, à s’émanciper autant que faire se peut, face à des maris bien souvent défaillants. La vraie liberté étant celle où l’on s’autodétermine, indépendamment des jugements moraux. C’est aussi cela l’esprit du 20 désanm : le combat pour l’accès à la liberté, celle où chaque Etre humain est finalement maître de lui-même ».

 

Avec nos remerciements à Angélique Gigan pour l’aimable communication de cet article.

 

Pour dpr, Marie-Claude David Fontaine

 

  1. Angélique Gigan : Docteur en langue et littérature françaises. A soutenu en 2013 une thèse sur L’imaginaire colonial dans l’œuvre de Bernardin de Saint-Pierre. Outre la préparation d’une édition critique des Œuvres de Bernardin de Saint-Pierre, elle a participé à des ouvrages collectifs et intervient dans des colloques autour de l’écrivain et sur les thèmes se rapportant à la colonisation sous l’Ancien Régime (récits de voyage, esclavage, représentation de l’Autre et de l’ailleurs).
  2. Le premier article paru sur dpr intitulé Portraits de Femmes à Bourbon de 1663 à 1710 était sous-titré Les premières femmes arrivées à Bourbon. Les deux articles du site sont fidèles au texte transmis par Angélique Gigan, à l’exception de quelques coupures.
  3. Les textes cités de Borghesi et Durot sont intégrés à l’édition de l’ouvrage Sous le signe de la Tortue, Voyages Anciens à L’île Bourbon de Albert Lougnon (ch VI), ed Azalées1992, 1ère ed 1939.  
  4. Prosper Eve, « De l’Esprit inventif à Bourbon du 16e au 19e siècle », in Revue historique de l’océan Indien : Science, techniques et technologies dans l’océan Indien (XVIIe-XXIe siècle), La Réunion : AHIOI, 2006, n° 2, p. 61-62.
  5. Montesquieu, De l’Esprit des lois, éd. Victor Goldschmidt, tome I, op. cit., p. 382 (3e partie, livre XIV, chap. 10).

6. Desforges-Boucher, Mémoire pour servir à la connoissance particulière de chacun des habitans de l’isle Bourbon par Desforges-Boucher [1710]. Ed par J. Barassin, ARS Terres Créoles, 1976. Réédition 2016, Cercle Généalogique de Bourbon et Académie de La Réunion. P.116 (cas d’Anne Bellon) ; p136 (cas Marie Anne Fontaine).


 

Qui étaient et que sait-on des toutes premières femmes de Bourbon ? C’est le sujet développé à la médiathèque Alain Lorraine par Angélique Gigan (1), Docteur en langue et littérature françaises, à l’invitation de l’Association Famille Maxime Laope dans le cadre de la célébration de la fête de L’Abolition, le 20 décembre 2016, lors d’un généreux choral faisant entendre, tour à tour, les voix de la conférencière et des femmes de la famille Laope.

C’est cette conférence que nous vous proposons de découvrir grâce à l’amabilité d’Angélique Gigan qui a accepté que son texte soit édité sur notre site. A défaut de tout retranscrire, nous avons choisi de vous présenter deux articles afférant aux parties II et III de son intervention, centrées plus directement sur le sujet, et vous proposons pour commencer une brève synthèse inspirée largement de l’introduction et de la Partie I relative au contexte historique (2).

« Il était une fois une île peuplée d’hommes » qui vivaient sans femmes. Une île habitée de manière transitoire, de 1646 à 1663, pendant deux courtes périodes de 3 à 4 ans. En 1646, 12 colons rebelles y sont déportés par Jacques Pronis, gouverneur de la colonie française de Fort-Dauphin à Madagascar. En 1654, débarque un groupe de 8 Français et 6 malgaches, rassemblés autour d’Antoine Couillard, dit Taureau (« on trouve également le nom Antoine Taureau, dit Couillard »).

C’est en 1663 que démarre la colonisation pérenne de Bourbon et que les premières femmes arrivent dans l’île. Louis Payen, colon français de Fort-Dauphin s’y installe, « accompagné d’un autre Français, et de 10 Malgaches – 7 hommes et 3 femmes -« . De « l’infériorité numérique » des femmes serait née la discorde. « Tout porte à croire que les tout premiers habitants de l’île sont ces 7 hommes et ces 3 femmes malgaches restés sur place après le départ des 2 Français. » C’est en 1665 que débute administrativement la colonisation de Bourbon avec une impulsion française. L’île compte alors « une vingtaine de Français sous le commandement d’Etienne Regnault et 10 Malgaches, et visiblement toujours que 3 femmes ». « Pour assurer sa pérennité », il fallait donc des femmes !  

Qui étaient ces premières femmes à peupler l’île entre 1663 et 1710 ? Elles venaient de Madagascar, d’Inde et de France. Pour être mariées à des colons. Dans un temps où Bourbon n’était ni l’éden, ni la « pastorale » chantés par certains voyageurs.

C’est ce que montre Angélique Gigan dont l’objectif est « de mettre en lumière le destin de ces premières Réunionnaises dans une perspective à la fois historique, sociologique et littéraire », en soulevant au préalable « deux paradoxes. Le premier est que dans le titre il est question de portrait, sauf que nous ne disposons d’aucune iconographie des femmes dont nous allons parler. Il faut donc entendre par « portrait » une description, une vision des premières habitantes de l’île. Le second paradoxe est qu’il s’agit bien de femmes, mais leur voix manque à l’appel. Tout ce que nous savons d’elles est en effet filtré par le regard masculin, souvent sans complaisance, voire brutal. »

 

 

Les premières femmes arrivées à Bourbon

Partie II de la conférence d’Angélique Gigan

 

« Qui étaient ces femmes et dans quelles conditions sont-elles arrivées à Bourbon au cours des 13 années du peuplement définitif (1663-1676) ? S’il est très facile de trouver le nom de la plupart des premiers Français, il est moins aisé de retrouver l’identité des premières femmes.

 

  1. Les femmes françaises

L’historien Isidore Guët (3) mentionne l’arrivée de cinq Françaises en 1667 (Barassin (4) avance le chiffre de 6). Ces jeunes femmes sont des rescapées d’une traversée périlleuse qui comptait au départ 32 femmes (3). Ces Françaises étaient volontaires au départ, recrutées par la Compagnie des Indes (4). Il s’agit de :

– Antoinette RENAUD, native de Lyon, qui s’était d’abord rendue à Madagascar. Elle épouse Jean Bellon dont elle aura un fils et 6 filles. Desforges-Boucher dit qu’elle est un « démon pour le travail, elle reste jour, et nuit, dans une habitation, qu’elle a au proche de l’Etang » et « vit fort dévotement » (5) ;

– Marie BAUDRY (5), native de Calais. Elle épouse René Hoareau ;

– Marguerite COMPIEGNE, originaire de Picardie, âgée de 15 ans. Elle épouse le fameux François Mussard. Et conformément au proverbe selon lequel « Qui se ressemble, s’assemble », Marguerite Compiègne était réputée pour être particulièrement cruelle envers ses esclaves (5) ; [ NB: L’esclavage se développa fin du XVIIème] ;

– Jeanne DE LA CROIX, originaire de Boulogne-sur-Mer, âgée également de 15 ans. Elle épouse en premières noces Claude Mollet (1667), puis en secondes noces Pierre Hibon (1680) (5) ;

– Léonarde PILLE, native de la Manche qui a épousé Henri Dennemont, puis Jean Brun (1679) (5).

Comme cela était le cas dans la plupart des colonies, ces jeunes femmes, souvent orphelines, étaient issues de classes sociales très pauvres. Le départ vers Bourbon pouvait donc sonner comme un nouveau départ pour ces femmes démunies, notamment à travers la perspective d’un mariage, sans dot. En effet, la France contenant un grand nombre de miséreux, il était apparu judicieux sous l’Ancien Régime de transférer ces pauvres en excès dans la métropole vers les colonies, le but étant de contribuer à l’essor de la colonie sans dépeupler la métropole, ce qui était à l’époque la grande hantise des politiques. Pour exemple, en 1678, (ou 1676, selon les sources) le contingent de 14 jeunes femmes qui arrivent à Bourbon vient de l’Hôpital général de la Salpétrière, « Maison fondée, destinée pour recevoir les pauvres, les malades, les passans, les y loger, les nourrir, les traiter par charité » (6), qui avait une fonction carcérale et de répression contre la pauvreté. De quoi puiser pour peupler les colonies ! A noter que Françoise CHASTELAIN DE CRESSY, une des premières Bourbonnaises, y a été élevée avant de gagner les colonies où elle s’est mariée 4 fois.

On ne peut que conjecturer de la vie de ces femmes : pour nombre d’entre elles, elles sont orphelines et sans ressources ; elles ont subi les affres d’une navigation d’environ 6 à 8 mois où les hommes, plus nombreux qu’elles, devaient les presser de leur envie ardente. La promesse d’un mariage, d’une stabilité matérielle et d’une vie de famille devait apparaître comme une perspective réjouissante si c’était ce qu’elles souhaitaient, (mais nous n’en savons rien). Quoi qu’il en soit, ces femmes, mises à rude épreuve, se révèlent être d’une grande solidité pour avoir résisté à toutes ces contraintes.

Mais qu’en est-il des Indiennes et des Malgaches ?

 

Le Mémoire d’Antoine Boucher et L’Ile Bourbon et Antoine Boucher par Jean Barassin, (couverture du livre et extraits p 54, 55)

 

  1. Les femmes venues d’Inde

Selon les différents éléments rassemblés, la présence des femmes venues d’Inde daterait de 1676. Il y avait 14 filles nées de mère indienne (7), toutes venues de Goa, en somme des métisses indo-portugaises. Nous avons choisi de mentionner 4 d’entre elles qui ont fait l’objet d’une description par le gouverneur Desforges-Boucher dont Le Mémoire est écrit dans les années 1710, après un premier séjour dans l’île de 1702 à 1709. Il s’agit de :

  1. Domingue ROSARIOS dite ROSAIRE, épouse Julien Dalleau. Desforges-Boucher en offre un portait très virulent : « plus noire qu’un Diable, et aussy ivrognesse [que son mari] est ivrogne, et si elle n’a pas l’accomplissement de toutes ces belles qualités attachées au libertinage, c’est qu’elle est trop laide et trop vieille, et que personne n’en veut. » ;
  2. Monique PEREIRA épouse Louis Caron. Desforges-Boucher en dresse un portrait d’une sévérité et d’une misogynie redoutable : « glorieuse comme le sont toutes celles de ce pays la, quoyque sans sçavoir faire, et sans aucune éducation, toute vieille meme qu’elle est elle ne laisse pas de faire parler encor d’Elle ; mais les blancs n’en voulant plus, elle est obligée de se donner aux Noirs, encor a ceux qui en veulent bien, elle a deux grandes filles qui suivent exactement ses traces et qui n’ont aucune bonne éducation […] ». Elle a 12 ans lorsqu’elle épouse J. Arnould en 1692 ;
  3. Thérèse HEROS épouse François Rivière. Desforges-Boucher lui consacre une notice relativement élogieuse : « fort bien élevée et qui a de tres bonnes manieres, mais elle ne les met en usage que pour mal faire, car c’est une femme abandonnée, qui a deux enfans depuis son veuvage » ;
  4. Sabine RABELLE, épouse Gaspard Lautrec. Desforges-Boucher lui consacre une notice en insistant sur son handicap physique tout en lui reconnaissant de la volonté : « borgnesse, et même presqu’aveugle, Cette femme est sans éducation, mais fort bonne personne, vivant très Chrêtiennement, et fort laborieuse ; malgré son incommodité, et a l’aide d’un seul Noir et d’une petite fille, elle cultive suffisamment la terre, pour vivre commodément, et vend même du bléd du surplus de son nécessaire […] ».

Nous ne connaissons pas les conditions d’arrivée de ces femmes venues d’Inde et les principales informations, qui sont peu élogieuses, nous viennent du Mémoire de Desforges-Boucher. Tout au plus, nous avons appris qu’elles étaient destinées à être mariées aux colons de Bourbon et, en tant que telles, jouissaient du statut de femmes libres.

 

Carte d’après Flacourt, image MCDF

 

III. Les femmes malagasses

Les premières femmes malgaches de l’île sont incontestablement les 3 arrivées avec Louis Payen en 1663. Nous savons peu de choses d’elles. Il s’en est suivi d’autres par la suite. D’après J. Barassin (4), les premières étaient au nombre de 15 et 3 d’entre elles étaient stériles. L’identité d’un certain nombre d’entre elles est aujourd’hui connue, à commencer par les 3 femmes malgaches arrivées sur l’île avec Louis Payen et qui sont vraisemblablement :

– Anne CAZE (= CAZO, = RACAZO), née à Madagascar vers 1650. Elle a été l’épouse de Paul Cauzan, puis de Gilles Launay (vers 1678). Desforges-Boucher nous apprend qu’elle possédait « 8 : Nègres et 6 : Négresses, 60 : bœufs, 280 : Cabrits, 15 : moutons, et 30 : cochons, et environ 2000 : Ecus d’argent comptant. Cette femme vit d’une maniere […] exemplaire, devote, tout ce qui se peut, et charitable autant qu’il est possible de l’estre, fort laborieuse, et qui conduit ses noirs comme ses propres enfans, avec lesquels elle cultive un espace de terrain tres considérable ».

Il convient de noter qu’une fois mariées à un colon, les Malgaches jouissaient du statut de femme libre et agissaient en tant que tel en possédant des esclaves, à partir du moment où l’esclavage s’installe à Bourbon dès la fin du XVIIème.

– Marguerite CAZE (= CAZO,= RACAZO), mariée à un esclave malgache de la CompagnieEtienne Lambouquiti(5)

– Marie CAZE (= CAZO,= RACAZO), ancienne esclave malgache de la Compagnie, née à Madagascar vers 1655. Elle a d’abord été mariée à Jean Mousse (ou Moussa), lui aussi esclave de la Compagnie dont elle a eu 2 enfants nés à Bourbon : Anne et Cécile. Desforges-Boucher en dresse un portrait élogieux : « elle vit d’une grande sagesse, fort dévote, et assidüe au service divin ; cette femme vit fort a son aise, et a l’aide d’un seul noir qu’elle a, elle cultive plus de terres que bien d’autres ne font avec un plus grand nombre […]. »

 

Alors que Desforges-Boucher a un avis très sévère et fortement péjoratif sur les femmes venues d’Inde, on constate que son regard sur celles originaires de Madagascar est plus clément. Nous pourrions parler un peu plus longuement de ces premières femmes malgaches, parmi lesquelles Louise SIARAM, Marie MAHON, Marie TOUTE ou encore Marthe MAHOU, mais, à défaut de temps, nous retiendrons particulièrement la personne d’Anne Mousse, qui a été la première femme à naître sur l’île :

– Anne MOUSSE, née à Bourbon en 1688, morte en 1733, fille de Marie CAZE, et de Jean Mousse, deux des 10 Malgaches arrivés sur l’île avec Louis Payen. Elle a épousé Noël Tessier (Français), puis Domingue Ferrère (Portugais). Desforges-Boucher dit qu’elle « fait beaucoup parler d’elle, mais avec cela, tres bonne ménagère ; c’est elle qui fait valoir sa maison, elle vit fort a son Aise ». Sa sœur, Cécile MOUSSE, est née en 1675 et a été mariée à Gilles Dugain.

 

Il apparaît donc que, dans le Mémoire de Desforges-Boucher, les femmes originaires de Madagascar jouissent d’une bonne réputation, contrairement à certaines Françaises et à l’ensemble des métisses indo-européennes dont il dresse un portrait péjoratif, teinté de misogynie. Nous allons montrer dans notre dernière partie qu’à la misogynie ambiante s’ajoute dans quelques récits de voyages anciens une note sexiste où l’image de la femme bourbonnaise se trouve au carrefour d’un ensemble de mythes discriminants, allant de la Veuve noire à l’Eve tentatrice ». [cf Article annexe de dpr]

 

Avec nos remerciements à Angélique Gigan pour l’aimable communication de cet article

 

Pour dpr, Marie-Claude David Fontaine

  1. Angélique Gigan : Docteur en littérature. A soutenu en 2013 une thèse sur  L’imaginaire colonial dans l’œuvre de Bernardin de Saint-Pierre. Outre la préparation d’une édition critique des Œuvres de Bernardin de Saint-Pierre, elle a participé à des ouvrages collectifs et intervient dans des colloques autour de l’écrivain et sur les thèmes se rapportant à la colonisation sous l’Ancien Régime (récits de voyage, esclavage, représentation de l’Autre et de l’ailleurs).
  2. Les Parties II et III sont fidèles au texte transmis par Angélique Gigan, à l’exception de quelques coupures. Pour la clarté du propos, les informations détaillées sur les premières bourbonnaises et les extraits de textes d’auteurs sont marqués par une calligraphie différente.
  3. Isidore Guët, Les Origines de l’île Bourbon et de la colonisation française à Madagascar : d’après des documents inédits tirés des Archives coloniales du Ministère de la Marine et des Colonies, etc., nouvelle édtion refondue et précédée d’une introduction de l’auteur, Bayle, 1888, p.53-54, références tirées des p.93.
  4. Voir J. Barassin, dans son édition du Mémoire pour servir à la connoissance particulière de chacun des habitans de l’isle Bourbon par Desforges-Boucher [1710], p.21.
  5. Desforges-Boucher, Mémoire pour servir à la connoissance particulière de chacun des habitans de l’isle Bourbon par Desforges-Boucher [1710]. Ed par J. Barassin, ARS Terres Créoles, 1976. Réédition 2016, Cercle Généalogique de Bourbon et Académie de La Réunion.
  6. Dictionnaire de l’Académie française [1762, 4e éd.].

7. Tout ce qui concerne les femmes venues d’Inde, voir D. Vaxelaire, 21 jours d’histoire, Orphie, 2015, 240 p. et Frédéric Mocadel Dames créoles. Anthologie des femmes illustres de La Réunion de 1663 à nos jours, tome 1, La Réunion : Azalées éditions, 2005, 272 p. Le chiffre de 14 métisses indo-européennes est confirmé par J. Barassin, op. cit., p. 27. D’après nos recherches, il s’agit de Françoise DOS ROSARIOS, Domingue ROSARIOS dite ROSAIRE, Dominique ROSAIRE, Catherine Mise PEREIRA, etc.